RÉCOMPENSES PRODIGUÉES
fatuité, de la hauteur et de la nullité des officiers des compagnies des gardes du corps et des compagnies rouges, et comme tant d'autres, j'aurais désiré y entrer avec de l'avancement. Enfin, comme tout le monde, j'étais indigné de la faiblesse et de l'incapacité de notre gouvernement, et, comme tant d'autres, je fus désolé de l'événement qui le renversa peu de temps après.
« Dans 1m crises poUtiqaes, le plos diffi-
« die, pour on bounéte hooiine, n'est pu de
« faire son deroir, nuis de le oonnsltre. •
{Pentiei sur divers sujets et Diseews
politiques, psr BL os Bonalo.)
Je reçus l'ordre de partir de Paris avec mon régiment pour me rendre à Béthune, où nous devions arriver le 1* février. Ce changement de garnison mécontenta beaucoup la plupart des officiers et des soldats qui, lors de la formation de ce corps, ayant eu l'espoir, je dirai môme la promesse, de faire partie de la garde royale, se consolaient un peu par les avantages et les plaisirs de la garnison de Paris d'avoir été trompés dans leurs espérances. Des murmures très vifs éclatèrent; je les réprimai, je parlai à tous les hommes et je réussis à les calmer, au moins pour le moment, puisque de Paris à Béthune je ne perdis pas quatre hommes par la désertion, sur 500 dont se composait mon régiment.
Le séjour de Béthune était triste pour des militaires accoutumés depuis longtemps à la garnison de Paris; de là se renouvelèrent les regrets et un mécontentement très vif contre le gouvernement, qui, disaient-ils, avait manqué aux promesses qu'il leur avait faites, en les renvoyant de Paris pour les placer dans une des moins bonnes garnisons de France (i).
(1) Il était tout simple que nous n'eussions pas une meilleure garnison que Béthune, puisque depuis huit mois que nous étions à Paris, les meilleures avaient été données aux autres régiments. Mais les anciens miUtairas aiment mieux grogner que de raisonner. (Note de l'auUur.)
RETOUR DE L*EMPEREUR. m
C'est dans ces dreoiiBtaneeB que nous reçûmes la nourelle da débarquement de TEmpereur. Je l'appris le 9 mars au matin; je me rendis aussitftt aux casernes, je rassemblai les escadrons, je parlai vivement aux hommes des bontés que le Roi avait eues pour eux, je leur recommandai de se tenir prftts à paitir et à entrer en campagne, car je croyais que nous allions combattre Tex-empereur; enfin, je n'attendis pas les ordres du gouvernement pour m'efforcer de dispo&er favorablement les esprits pour la cause royale, et je me flattai d'y avoir réussi. J'appris par la suite que, le même jour, des officiers et des sous-officiers de mon régiment s'étalent réunis pour boire à la santé de l'Empereur et jurer de le seconder de tout leur pouvoir dans son entreprise (i).
Je reçus le 9 au soir, par un aide de camp, Tordre de mettre mon régiment en marche sur Ârras, d'où je devais, d'après un ordre du maréchal Soult, encore ministre de la guerre, me diriger sur Ch&lons (Marne).
Le iO, j'étais Arras; le 11, à Cambrai. En y anÎTant, je trouvai les journaux remplis de détails sur la marche et les progrès de l'Empereur; je craignis que quelques militaires de mon régiment ne se fissent de fausses idées à cet égard, et je donnai un ordre le soir même pour être lu le lendemain matin, avant le départ, à chaque compagnie rassemblée z ect ordre portait en substance que < nous ne devions concec voir aucune inquiétude; que les troupes, restées fidèles au « Roi, étaient en mouvement de tous côtés, et que l'Empe*
(1) Protestation de fidélité adressée au Roi par les officiers du i*' chas* seurs (chasseurs du Roi) insérée au Moniteur du 13 mars 1815 :
A Son ExeêlUnce U Miniitre de la guerre.
Monseigneur, dans la circonstance imprévue où se trouve la France, le régiment du Roi, premier de chasseurs à cheval, éprouve le besoin de mettre an pied du trône l'assurance bien sincère de son dévouement à son bon Roi et à son auguste famille.
n supplie Votre Excellence d'obtenir de 8a Mij^sté qu*£Ue veuille bien nous rapprocher des lieux où nous pourrons Lui donner les plus fortes preuves de notre attachement à sa personne. Kous avons l'honneur, etc.
Le colonel comte de Saint-Chaiuns.
(Suivrai leë tigntUureê.) Béthane, le 9 man 1816.
f reur et ses vils agents auraient le sort qu'ils méritaient >.
£n arrivant, le 12, à Saint-Quentin, je sus par le Maniieur que Napoléon était à Lyon. Je fus étonné de la rapidité de sa marche, mais je me persuadai que nous lui livrerions bataille entre Lyon et Paris; je comptais encore sur le bon esprit de mon régiment : cette espérance ne fut pas de longue durée.
J'allai voir le commissaire des guerres de la ville; on m'avait dit qu'il me donnerait des renseignements sur le mouvement insurrectionnel du régiment des chasseurs à cheval de la garde, commandé par le général Lefebvre-Desnouettes (1); le bruit courait dans la ville, d'ailleurs assez mal disposée, que ce régiment, marchant sur Paris, était à Compiègne, où l'artillerie de la Fère, les grenadiers à cheval de la garde et le 6* régiment de chasseurs s'étaient réunis à lui. Le commissaire des guerres me confirma la nouvelle de l'insurrection des chasseurs de la garde, mais il ne put me donner d'autres détails.
Le temps était très mauvais; aucun groupe dans les rues n'annonçait de fermentation; je vis les officiers du régiment, et tout me parut tranquille.
A dix heures du soir, au moment où j'allais me coucher, je reçus l'avis que le régiment de chasseurs de la garde, de Tartillerie et d'autres troupes (car, en fait de rapports de guerre, on grossit toujours les objets) étaient à Ham (quatre lieues de Saint-Quentin). Cette nouvelle m'inquiéta faiblement; les Français n'étaient pas en guerre entre eux, et je ne donnai aucun ordre : je pensai que si j'établissais un poste aux portes de la ville, j'alarmerais mon régiment, sans pour cela éviter d'être haché dans la ville si on venait m'y attaquer, et je sentais trop la nécessité de contenter les soldats dans la circonstance où nous étions pour vouloir les établir au bivouac par un temps affreux.
(1) Lefêbtfre-Detnotuttet {Charles), né à Paris le 14 septembre 1773, chasseur dans la garde nationale parisienne le l*' décembre 1789, sous-lieutenant au 5* dragons le 15 février 1793, aide de camp du premier Consul le 1*' février 1800, chef de brigade du 18* dragons le 30 décembre 1802, générai de brigade le 19 septembre 1806, colonel commandant les chasseurs de la garde le 18 janvier 1808, général de division le 28 août 1808, condamné à mort par contumace le 11 mai 1816» mort en mer le 22 avril 1822.