‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 111 sur 218 · RETOUR A PARIS · texte numérisé non relu

RETOUR A PARIS

Sur ces entrefaites, on vint me prévenir que plusieurs officiers, réunis au café, avaient résolu d'aller avec leurs compagnies joindre les chasseurs de la garde, pour soutenir l'entreprise de l'Empereur; que d'autres s'occupaient à faire faire des drapeaux tricolores pour les délivrer le lendemain matin aux hommes et provoquer ainsi le mouvement insurrectionnel; on m'avertit aussi que ces mêmes officiers devaient venir au point du jour chez moi, me déclarer positivement qu'ils voulaient pour chef l'empereur Napoléon et que tout le régiment était prêt à les suivre.

Je commençais à voir la vérité et à sentir tout le malheur de ma position. Et que pouvais-je faire? Je me trouvais, avec huit ou dix officiers de confiance, seul de mon opinion, au milieu de tout un régiment composé d'anciens militaires qui soupiraient après leur premier chef.

La nuit que je passai fut cruelle : je me voyais déçu dans l'espérance que j'avais eue jusqu'alors d'amener au Roi un beau et fidèle régiment pour soutenir le trône dans cette terrible circonstance. Je voyais, après quatorze ans de bons services, le déshonneur terminer ma carrière militaire et mon pays en proie à tous les malheurs de la guerre civile.

Avant le jour, un voyageur venant de Paris demanda à me parler. Je le fis entrer avec empressement, et je reconnus, à mon grand étonnement, M. Viennet (1), aide de camp de M. le général Montélégier(2), premier aide de camp de M. le duc de Berry. Cet officier, avec lequel j'avais été prisonnier de guerre

(1) Viennet (Jean- Paul-Guillaume), né à Béziers le 18 novembre 1777, f au Val-Saint-Germain le 10 juillet 1868, lieutenant dans l'artillerie de la marine le 26 mars 1796, capitaine en 1813; passa à l'armée de terre et se distingua à Lutzen et à Bautzen ; prisonnier de guerre à Leipzig, aide de camp de M. de Montélégier en 1814, chef d'escadrons d'état-major en 1818, retraité en 1827; contribua & l'établissement de la monarchie de Juillet; membre de l'Académie française le 18 novembre 1830; rappelé à l'activité, il fnt promu lieutenant-colonel en 1834; admis à la retraite le 5 mai 1836; pair de France le 7 novembre 1839.

(2) Bemon (Gabriel-Gaspard-Achille-Âdolphe» dit Montélégier, vicomte), né à Romans (Drôme) le 6 janvier 1780, f 2 novembre 1825, cavalier au 7* régiment bU de hussards le 30 floréal an VI, lieutenant aide de camp du général Davout an vn, colonel du 26* régiment de dragons le 19 avril iSll, général de brigade le 30 mai 1813, lieutenant général le 25 avril 1821.

f7$ MÉMOIRES DU GÉIIÉBÀL DE 8AI5T-CHAMANS.

et en ^ j'airais toute eonfiance, me dît qa'il Toyageaît fêr ordre de Soa Altesse Royale pour aToir des renseigBements sur les bonnes on mauYaises dispositions de la garde à cheval; il m'apprit la défection du colonel Labédoyère (I), le désordre qui régnait à Paris, la soumission des chasseurs à cheyal, qui retournaient à Cambrai, leur ancienne garnison, et la fuite de Lefebvre-OesBOuettes.

Cette dernière nouvelle me fit grand plaisir; j'espérai qu'elle me servirait à ramener des esprits échaufliés et égarés à Tidée de leurs devoirs envers le Roi. Je me hâtai de faire appeler chez moi les officiers dont je croyais avoir le plus à me méfier, et de leur faire connaître la soumission des chasseurs de la garde. Plusieurs parurent en douter et me donnèrent à entendre qu'ils étaient prêts à se réunir avec leurs soldats à TEmpereiir. Je fis aussitôt sonner à cheval et, le régiment étant réuni sur la place d'Armes, je parcourus les rangs pour causer familièrement avec les hommes, comme j'en avais l'usage quand je voulais m'en faire mieux entendre que par la voie de l'ordre du régiment. Je les trouvai mornes : ces vieux soldats à l'air sévère et même revèche, qui avaient coutume de rire avec moi, semblaient alors ne pas m'entendre. Je leur demandai s^ls voulaient quitter leur colonel, et l'un d'eux me répondit que Napoléon était son premier colonel et qu'il sacrifierait

. (1) Labédoyère (Charles -Angélique-François Huchet, comte de), né à Parti le 17 avril 1786, f 19 août 1815, s'enrôla à vingt ans dans le corps dos gendarmes d'ordonnance, aide de camp de Lannea, raccompagna en Espagne, le suivit pendant la campagne d'Autriche, se distingua à Ratisbonno et à Essling, où il fut blessé; aide de camp du prince Eugène en 1812 et en 1813, colonel du 112* d'infanterie, se couvre de gloire à Lutian; reçut on 1814 la croix de Saint-Louis et le commandement du 7* da ligne; se rallia à l'Empereur, le suivit à Waterloo; général de brigad«; arrêté le $ août 1815 et passé par les armes le 19 août 1815.

Malgré ses vingt^huit ans, Labédoyère fut proposé deux fois pour le gracU de général pondant la campagne de France. Ces deux propositioas, du 2t janvier et du 21 février 1814, sont rédigées dans ces termes par le général Gérard :

« Le colonel de Labédoyère est l'un des plus dignes d'être promu an grade do général. U a toutes les qualités nécessaires pour commander une brigade avec distinction et communiquer à sa troupe l'élan et la bravoure dont U est lui-même animé. C'est pour le bien du service teui <|uo je demande ce grade, car je n'ai connu le colonel de Labédoyère que sur le champ de bataille. » (H. HooseAia, 18 i 5^ p. 247.)

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