‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 112 sur 218 · AGITATION DU CORPS D'OFFICIERS · texte numérisé non relu

AGITATION DU CORPS D'OFFICIERS

tout pour le revoir; fies voisins me parurent approuver cette réponse. Je ne jugeai pas à propos de leur parler davantage, et je mis sur-le-champ le régiment en marche sur Ham, où nous devions aller coucher.

A moitié chemin de Saint-Quentin à Ham, nous rencontr&mes\les chasseurs de la garde qui retournaient à Cambrai; le général Lion (1) était à leur tête; je m'arrêtai peu à causer avec lui; je ne le connaissais pas, et je craignais, si les deux régiments communiquaient ensemble, que le mien en prît un plus mauvais esprit que celui qu'il manifestait déjà; j'envoyai un chef d'escadrons à la queue du régiment pour empêcher que personne ne restât en arrière, et je continuai ma route. Je remarquai avec plaisir que toutes ces vieilles moustaches de la garde avaient l'air abattu, et qu'ils étaient embarrassés de la démarche qu'ils venaient de faire.

Une hexire après, je rencontrai le chef d'escadrons Ravault de Eerboux (2), officier d'état-major de S. Exe. le duc de Feltre, alors ministre de la guerre; il se rendait en poste auprès du général Lion pour vérifier si, effectivement, les chasseurs de la garde rentraient dans leur ancienne garnison et témoignaient de meilleurs sentiments; je le mis au fait de tout ce que j'avais remarqué, et je lui conseillai de profiter

(1) lÀon (Jean-Dieadoimé, comte)» né à Morialmé (Bas-Rhin) le 28 octobre 1771, t 8 août 1840, soldat au Royal-Liégeois le 10 septembre 1789, sous-lieutenant le l"" pluviôse an II, colonel du 14* régiment de chasseurs le 30 avril 1800, baron de l'Empire, colonel-major du régiment des chasseurs de la garde le 10 août 1800, général do brigade le 23 juin 1813, maintenu par Louis XVIII comme major des chasseurs de la garde, lieutenant général le 13 mars 1815; admis dans le cadre de réserve le 15 août 1839.

(2) Ravault dé K»rboux (Adrien-Gbarles-MBrie), né à Paris le 22 février 1773, sous-lieutenant au 12* hussards le 5 mai 1800, officier d'ordonnance de Dupont le 25 avril 1814, chef d'escadrons le 10 juiUet 1814, major de la place de Brest le 14 février 16S5, admis, à la retnaite le 24 décembre là43.

Note adreaée à S. Exe, le due DoudiauwHe et figurant au doitier du eomtê Kerboux.

« Quelques jours avant le 20 mars, M. le due de Feltre, ministre de la guerre, envoya M. de Kerboux seul pour arrêter la colonne du général Lefebvre des Nouettes, qui marchait sur Paris ; il la trouva à Chàteav- Thierry, commandée par M. la général Lyon; par les seules voies de la persuasion, il la fit rétrograder aux cris de : Vive le Roi t » (Archives de la guerre).

U$ MÉMOIBES DU GÉKÉBAL DE 8AI5T-CHAlfANS.

de rabattement où Us étaient pour en obtenir ce qu'il voudrait; je reris cet officier le 18 mars, jonr de notre arrÎTée à Paris, et il m'apprit que le général Lion lui avait rapporté que des officiers de mon régiment étaient venus lui offirir de se réunir à lui, de marcher ensemble sur Paris, et de m'arréter si je ne voulais pas y consentir; c'était une suite du même plan de Saint^uentin, d'après lequel on voulait me livrer à Lefebvre-Desnouettes.

J'arrivai avec mon régiment le 18 mars à Paris; l'aspect de cette ville n'était rien moins que rassurant; beaucoup d'émotions, beaucoup de cris, mais pas une mesure qui pût faire croire qu'on arrêterait le torrent dont nous étions menacés. Toute la maison du Roi était encore dans Paris et paraissait peu en état de faire campagne; les volontaires royaux étaient à peine armés, et le surlendemain Bonaparte devait être aux Tuileries.

Je me présentai, à mon arrivée, chez Mgr le duc de Berry; Son Altesse Royale déjeunait; elle eut la bonté de me faire asseoir à sa table, où il y avait beaucoup de monde, entre autres les généraux Rapp et Belliard. Le prince me demanda avec gaieté si j'étais sûr de mon régiment : ma réponse fut affirmative, ne jugeant pas qu'il fût à propos, devant tout le monde, et des domestiques, de faire soupçonner l'affreuse vérité; mais le soir, je retournai chez le prince, et Son Altesse Royale m'ayant pris à part dans son cabinet, elle m'ordonna de lui dire sur mon honneur et conscience ce que je pensais de mon régiment : je lui dis alors que je ne pouvais répondre de la manière dont nos hommes se conduiraient, et qu'il était possible que si une troupe dévouée engageait chaudement Taffaire, ils se battissent contre les troupes de l'Empereur pour soutenir celles qui se seraient déjà engagées; et je le pensais : le prince ne m'en demanda pas davantage.

Je vis dans la journée M. le duc de Feltre; il me confirma ce que le chef d'escadrons Ravault de Kerboux m'avait dit de deux officiers de mon régiment qui avaient proposé au général Lion de m'arrèter, et il m'ordonna de les renvoyer au dépôt, à Béthune, en m'indiquant deux autres officiers pour les remplacer.

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