‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 114 sur 218 · INSTRUCTIONS DU DUC DE BERRY · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS DU DUC DE BERRY

les autres saloiis, et peu d'in&tants après^ il vint me chercher et me conduisit dans la salle du Trône, où je trouvai Son Altesse Royale avec beaucoup de monde. Le prince m'emmena à l'écart, et je lui dis s^ns détour que je croyais de mon devoir de le prévenir que je ne pouvais plus répondre de mon régiment, que je venais à l'instant même d'acquérir la preuve de ses mauvaise» dispositions, et que je ne doutais pas qu'il courût se joindre à l'Empereur, aussitôt qu'il serait à portée de le faire. Son Altesse Royale me demanda si je pensais que son régiment de chasseurs (le 6*) ne se battrait pas pour le Roi. < Ni celui-là ni d'autres, Monseigneur, lui répondis-je : si on vous promet qu'ils se battront contre l'Empereur, on vou& trompe. — Mais quel remède y art-il à cela? dit le prince. — Il faut, répliquai'-je, renvoyer tous nos régiments en Flandre, car en les faisant marcher sur Fontainebleau nous les conduisons à Napoléon et nous lui amenons tout ce qui lui manque, de la belle cavalerie et de l'artillerie; en nous éloignant de lui, je serai toujours le maître de mon régiment; qu'une partie de l'armée soit envoyée à marches forcées en Flandre et en Alsace, et nous paralyserons la force de l'Empereur. — Il n'est plus temps, me dit le prince; nous avons engagé la maison du Roi, il faut la soutenir. — Alors, répondis-je, je dois m'attendre à voir mon régiment déserter tout entier. — Si ce malheur arrivait, me répliqua le prince, ne quittez pas votre régiment. — Quoi! dis-je, Monseigneur, si mes hommes passent à l'Empereur vous voulez que je les suive? — Oui, me répondit-il... : au reste, voilà longtemps que nous causons ensemble, cela pourrait donner de l'inquiétude. Allez rejoindre votre régiment, et faites ce que je vous dis. >

J'ai encore cet entretien si présent à l'esprit, que je puis jurer de n'en avoir pas changé un mot, mais il fut plus long.

Je quittai les Tuileries la mort dans l'âme, et je courus après mon régiment, qui était déjà sur la route d'Essonnes; ye trouvai en arrière et hors des barrières plusieurs chasseurs, la plupart soûls, qui parlaient hautement du c Petit Caporal > et du plaisir qu'ils auraient à le revoir.

284 MÉMOIRES DU GÉNÉRAL DE 8AINT-GHAMANS.

En approchant d'Essonnes, je pris les devants pour aller recevoir les ordres relatifs au campement de mon régiment; je rencontrai le marquis de Talhouet, colonel des chasseurs de Berry, qui s'y rendait pour le même objet, et, chemin faisant, nous nous communiquâmes notre manière de penser sur les événements qui se préparaient. Nous étions assez liés depuis que nous nous étions trouvés ensemble à Pétersbourg; nous nous avou&mes réciproquement le peu de fond que nous faisions sur nos troupes, et nous fîmes des vœux pour que l'Empereur usât modérément de la victoire, sans combat, qu'il allait remporter.

En arrivant à Essonnes, nous allâmes trouver le comte de Valmy, sous les ordres duquel nos régiments étaient placés. Il nous indiqua les endroits où nous devions nous rendre, et ensuite il nous parla des dispositions où était la troupe; je lui avouai franchement que je ne croyais pas que mon régiment voulût engager la lutte contre les troupes de l'Empereur, f J'en suis fâché, me dit-il, car c'est sur lui que je comptais pour se battre. » Je lui répétai que je^ ne le croyais pas, Talhouet lui en dit à peu près autant, mais moins ouvertement que moi; ce n'est pas qu'il n'en fût aussi sûr, mais c'est qu'il avait dans le caractère quelque chose de renfermé et de politique que je n'avais pas.

. Je m'informai de la maison du Roi, que Mgr le duc de Berry m'avait dit être engagée et qu'il fallait soutenir; personne ne l'avait vue ni n'en avait entendu parler; je n'y concevais plus rien, et je m'imaginai qu'on l'avait dirigée sur un autre point.

Mon régiment fut placé dans différents villages situés sur la rive droite de la Seine; je rencontrai sur le pont de Corbeil le comte d'Affry, colonel du 4* régiment suisse, le même qui m'avait pris dans sa voiture à Gumbinnen, au retour de Russie; nous nous promenâmes et causâmes longtemps ensemble. Il me dit, comme tous les autres colonels que j'avais vus, que son régiment ne se battrait pas contre l'Empereur; je lui parlai aussi de la maison du Roi; jl m'assura qu'elle était encore dans Paris, et qu'elle n'était pas en état de se présenter devant

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