VIVE L'EMPEREUR! M
pour rester, vint m'embrasser et me dire adieu; je le chargeai à voix basse de voir ma famille à Paris, et de lui dire que le lendemain je serais avec elle, et probablement pour ne plus la quitter.
Au même instant, les trompettes sonnèrent la marche, nous passâmes le pont de Gorbeil, et nous primes la grand'route d'Essonnes à Fontainebleau,
A ime lieue d'Ëssonnes environ, nous rencontrâmes le 4* régiment de chasseurs qui se repliait sur Paris d'après l'ordre qu'il en avait reçu; du plus loin que nous aperçûmes ce régiment, quelques officiers vinrent me demander la permission d'aller au-devant de ce corps, m' assurant qu'ils lui feraient crier c Vive l'Empereur 1 » et l'emmèneraient à Fontainebleau; je leur défendis positivement, et dans le but d'affermir encore plus le 4* de chasseurs dans sa fidélité au Roi, j'ordonnai aux officiers de dire en passant à ceux du 4* que nous allions faire une reconnaissance contre les troupes de l'Empereur.
Je frémis, en cette circonstance, de la position où je me trouvais, car avec les intentions les plus droites et les plus pures, si ces officiers avaient exécuté leur dessein, j'aurais pu passer ensuite pour un chef de parti, débauchant les troupes du Roi pour les mener à Napoléon.
Le comte de Yence, colonel du 4* régiment de chasseurs, vint me dire bonjour et marcher quelques instants avec moi a la tète de mon régiment. Il me fit la guerre en plaisantant sur la profonde tristesse où il me voyait plongé; il y avait trop de témoins, dont je me défiais, autour de nous, pour que je pusse lui faire part de ma position.
Je rencontrai un quart de lieue plus loin le général Alphonse Colbert (1) , et le colonel Jacquinot (2) du !•' régiment de
dn géoôral Pire, capitaine aux chasseurs du Roi en 1814, démissionnaire le io mars 1615, chef d'escadrons anx lanciers de la garde royale le 2 avril 1880, en demi-solde le SI août 1830.
(1) Colberi (Louis^Pierre-Alphonse, comte de), né à Paris le 29 juin 1776, f 2 juin 1843, soldat au 7* bataillon de Paris, colonel du 9* hussards le li janrier 1612, général de brigade le 9 juillet 1814, lieutenant général le 18 mai 1838.
(2) Jacquinot (Jean-Baptists-Nicolas), né à Viiry-sur-Mame le 10 avril
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lanciers; je les tirai à part et leur appris ce qui se passait, et le départ du Roi qu'ils ignoraient entièrement; je leur dis aussi que j'allais prendre ma retraite et que je ne voulais plus servir dans une armée aussi indisciplinée et qui se déshonorait; ils me parurent fort affectés de ces nouvelles, surtout le général Colbert, qui s'écria plusieurs fois avec un son de voix très altéré : < Et voilà comme on compromet de braves gens I >
Nous dépassâmes Pont-Thierry, et un peu plus loin, apercevant un village sur la droite de la route, j'y envoyai ma troupe sous prétexte de faire rafraîchir les hommes et les chevaux, mais effectivement pour éviter de rencontrer l'Empereur, qui ne pouvait être éloigné, car plusieurs courriers passés depuis le matin à Essonnes y avaient dit hautement qu'ils allaient le chercher et qu'on l'attendait à Paris; je suppose qu'ils lui étaient envoyés par M. de la Valette (1).
J'entrai seul dans une petite auberge sur la grand'route, dans un village dont j'ignore le nom, pour y manger un morceau, car j'étais exténué. Je trouvai, dans cet endroit, quelque cavalerie formant Tavant-garde de l'armée de l'Empereur (des 4* régiment de hussards, 6* lanciers et i3* dragons). Nous avions rencontré un quart d'heure avant un détachement de cavalerie de la même armée, qui avait remis en passant à nos hommes des paquets.de proclamations et de décrets de Napoléon.
Il n'y avait pas une demi-heure que j'étais dans ce village,
1768, f 19 juin 1845, lieutenant au i" bataillon des volontaires nationaux de laMeurUie le 20 août 1791 , colonel du l**" chevau-li^gors-lanciers le 5 août 1813, colonel du i*' régiment de lanciers le 16 août 1814; en non-activité le 16 février 1816, lieutenant du Roi de la place de Besançon le 15 août 1821, retraité le 12 août 1834.
(l)Ia Valette (Antoine-Marie Chamant, comte de), né à Paris le 14 octobre 1769, t le 15 février 1830, garde national de la Seine à la Révolution, s'engagea à la légion des Alpes formée par Baraguay d'Hilliers dont il devint l'aide de camp, destitué le 13 vendémiaire , aide de camp de Bonaparte à l'armée d'IUUie, épousa peu après Louise de Beauharnais, nièce de Joséphine, ministre en Saxe et en Hesse, directeur général des postes, conseiller d'Etat, comte de l'Empire le 3 juin 1808, pair des Cent-jours le 2 juin 1815, destitué le 24 juillet 1815, condamné à mort le 19 novembre par la cour d'assises de la Seine, s'évada la veille de son exécution et resta caché à Paris jusqu'au 10 janvier 1816, gracié par Louis XVIII le 19 janvier 1820, rentra en France, où il vécut fort retiré jusqu'à sa mort