‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 118 sur 218 · SON ENTRÉE A PARIS · texte numérisé non relu

SON ENTRÉE A PARIS

était très surexcité; il était monté sur un cheval blanc.

C'est ce même général qui, avec sa femme, a suivi l'Empereur à rtle Sainte-Hélène.

A rentrée de la barrière de Paris, nous trouvâmes cinq ou six cents personnes, tout populace, qui attendaient leur héros; les cris, les vociférations, le tumulte furent extrêmes dans cet endroit : Vive l'Empereur I A bas les nobles! A bas la calottel voilà ce que j'entendis distinctement à plusieurs reprises.

Aussitôt après avoir passé la barrière, on nous fit tourner à gauche pour prendre les boulevards neufs, que nous suivîmes jusqu'à la place des Invalides; nous traversâmes le pont Louis XYI, et tournant aussitôt après à droite, nous longeâmes la rivière et le jardin des Tuileries, et nous entrâmes dans la cour du château par la grille qui est vis-à-vis du pont Royal; il était alors près de dix heures du soir; il n'y avait presque personne dans les rues, du moins dans celles que nous avions traversées.

La cour du château des Tuileries était pleine de gardes nationaux, avec leur musique qui jouait des airs analogues à la circonstance, comme : Où peut-cn être mieux qu'au sein de sa famille^ et Veillons au salut de P Empire, etc. Quelques pièces de canon étaient braquées contre les différentes entrées du château; précaution bien inutile, car certainement personne ne songeait à troubler Napoléon dans sa prise de possession.

Nous nous mhnes en bataille, faisant face au château; je ne vis point arriver la voiture de l'Empereur, ainsi je ne puis rien dire de la manière dont il fut reçu à sa sortie du carrosse, et à son entrée dans le château.

Une demie heure après, le général Exehnans (i), sous les

eomte de l'Empire le SS mai 1S09, adljudant général de l'Empire en lSi5; aecompagna l'Empereur à Sainte-Hélène, publia les Mémoires de Sattito- Hélènê, rentra dans l'armée après iS30; condamné par la Chambre des pairs à, vingt années de détention pour l'échaufTourée de Boulogne; enfermé à, Ham, il fut relAché après l'évasion du prince Louis-Napdéon; admis & la retraite comme général de brigade le 17 mai iS50 ; fut réintégré dans les cadres après le coup d'État.

(1) Exelmaiis (Remy-Joseph-Isidore), né à Bar-sur-Omain le 13 novembre 1775, t 82 janvier 18S2, volontaire au 3« bataillon de la Meuse le 0 septembre 1791, sous^ieatenant le 1"' bnunaire an V, aide de camp de Morat

ordres duquel était mon régiment, sans que j'en fusse prévenu officiellement, me fit dire de conduire ma troupe à la caserne de la rue de Grenelle, et de faire donner deux francs à chaque homme pour qu'ils pussent vivre; cette précaution était bonne, car il était onze heures du soir, les soldats avaient encore la tète échauffée de ce qu'ils avaient fait dans la journée, ils avaient faim et soif, et si on ne leur avait pas donné quelque argent pour acheter ce dont ils avaient besoin, il y aurait certainement eu pillage de quelques boutiques dans ce quartier.

Je fis cette avance de ma poche, et je fus ensuite longtemps sans pouvoir en obtenir le remboursement.

La révolution du mois de mars étant terminée, le Roi et les princes hors du royaume ou près d'en sortir, il me parut que je n'avais plus rien à faire au service, et je résolus de me retirer : la manière dont j'aurais pu désormais me rendre utile à la cause du Roi en restant à la tète de mon régiment n'aurait été qu'une suite de démarches basses et empreintes de duplicité; elles répugnaient à mon caractère, naturellement franc; le 21 mars au matin, je notifiai donc hautement l'intention où j'étais de quitter le commandement de ce régiment, st je chargeai un officier, assez bon maquignon, de faire vendre mes chevaux, qui ne m'étaient plus bons à rien et . me devenaient à charge.

Peu d'instants après, je reçus une lettre du général Exelmans qui me prévenait que mon régiment faisait partie de sa division, et me donnait ordre de le conduire à midi sur la place du Carrousel pour y être passé en revue par l'Empereur.

Je lui répondis aussitôt que ma santé ne me permettant plus de servir activement, j'avais remis le commandement au major Le Nourry (l),que je fis aussitôt appeler, et auquel je fis

le 1"' prairial an IX, colonel du !•' régiment de chasseura le 6 nivôse an XIV, général de brigade aide de camp de Murât le 14 mai 1807, général de division le 8 septembre 1812^ grand chancelier de la Légion d'honneur le 15 août 1849, maréchal de France le 10 mars 1851.

{i) Le Nourry (Amédée-Charles-Louis), né à Craconville (Eure) le 8 juillet 1777, 1 18 janvier 1825, cavalier an 19* chasseurs le 21 mars 1704» souslieutenant le 5 janvier 1799, miyor à la suite des chasseurs du Roi le.l*' septembre 1814; cesse ses fonctions le 29 mars 1815; lieutenant-

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