JE DONNE MA DÉMISSION
part de cette résolution; il la combattit de toutes ses forces, ainsi que plusieurs officiers qui accoururent chez moi, mais leurs efforts furent inutiles; mon parti était bien pris, et rien ne pouvait plus m'en faire dévier.
Les officiers se séparèrent de moi avec regret; j'en eus aussi à les quitter : j'avais formé ce régiment au retour du Roi, en 1814, la plupart des officiers y avaient obtenu quelque récompense, et beaucoup m'étaient attachés, mais ils étaient entraînés vers Napoléon par ce prestige de gloire nationale (si puissant sur les officiers français) attaché au nom de cet homme; il y en eut cependant dix ou douze qui donnèrent leur démission, et quittèrent le régiment en même temps que moi.
Plusieurs personnes m'ont demandé, depuis ces événements, comment il avait pu se faire qu'un régiment qui portait le nom du Roi et qui, par conséquent, était privilégié, eût pu se tourner aussi rapidement en faveur de l'Empereur, et contre le Roi qui lui avait accordé tant de grâces ?
La réponse à cette question est facile, mais elle demande quelque développement.
Par ordonnance du 23 avril 1814, Monsieur, frère du Roi, lieutenant général du royaume, ordonna la création de quatre régiments du Roi (cavalerie), cuirassiers, dragons, chasseurs et hussards; de deux régiments du Roi (infanterie de ligne et légère), et de deux régiments de la Reine (aussi infanterie de ligne et légère). Plus tard, on créa un régiment de lanciers du Roi.
On avait eu un instant l'idée de former une garde royale, à Tinstar de celle de l'Empereur, et c'étaient ces huit régiments qui devaient la composer. Cette idée était bonne, sans doute, et valait certainement mieux que celle de créer des gardes du corps et des compagnies rouges de la maison du Roi, qui augmentèrent notre état militaire d'un état-major énorme et dispendieux et de 5,000 officiers de cavalerie, sans donner au Roi un seul soldat.
En conséquence du premier projet de former une garde
colonel aux hussards de la garde le 17 décembre 1818 ; colonel aux chasseurs du Gantai le 20 juin 1821.
royale militaire, les lieutenants généraux Lagrange (I) et Pajol (2) (je ne parlerai que de la cavalerie) furent chargés de l'organisation des quatre régiments de cette arme; entre autres instructions, ils avaient celle de choisir les plus beaux chevaux et des hommes [d'élite dans tous les corps de cavalerie de l'armée (excepté l'ex-garde impériale), et si les hommes choisis se conduisaient mal dans ces nouveaux régiments, ils devaient, pour punition, être renvoyés dans les corps d'où ils sortaient.
Ce recrutement et cette organisation étaient donc les mêmes que ceux de l'ex-garde impériale.
Je reçus de cette manière 450 hommes d'élite choisis dans 26 régiments de chasseurs à cheval; on leur fit la promesse qu'ils seraient de la garde royale; le général qui nous organisait le leur dit hautement et devant le front des régiments rassemblés.
Tous ces vieux soldats ne laissèrent dans les corps qu'ils quittaient que des hommes moins anciens de service et moins bien notés qu'eux; s'ils étaient restés dans ces corps, ils avaient la certitude de faire partie de la compagnie d'élite et d'avoir part aux récompenses ou aux congés accordés en 1844 aux hommes les plus anciens et les mieux notés ; la persuasion où ils étaient qu'ils entraient dans la garde royale et qu'ils y jouiraient des avantages et des prérogatives toujours attachés à un corps d'élite, pouvait seule les déterminer
(i) Iapranp« (Adélalde-Blaiso-François Lelièrre, marquis de), né & Paris le 21 décembre 1766, f 2 juillet 1833, volontaire au bataillon d'Artois le 21 décembre 1781, sous-lieatenant aux carabiniers le 4 août 1784, colonel du régiment le 8 septembre 1792; il se distingua à la bataille de Valmy; passa le 12 octobre 1792 au 8« régiment de hussards; chef de brigade à l'état^ major de Murât à l'armée d'Italie an VIII, colonel du 7* régiment de chas» seurs le 19 pluviôse an IX, général de brigade le IS juin 1807, général de division le 29 juin 1809, gouverneur de Wesel en 1813, de Mets en 1814» capitaine-lieutenant à la 2* compagnie de mousquetaires le 15 Juin 1814.
(2) Pajol (Claude-Pierre, comte), né é. Besançon le 3 février 1772, s'enrôla en 1791 dans le 1*' bataillon des volontaires du Doubs; sous-lieutenant au 82* régiment d'infanterie (Saintonge) le 12 janvier 1792, aide de camp de Kléber le 1*' prairial an II; nommé chef de brigade par Masséna é. l'armée d'Helvétie; commande successivement le 23* régiment de cavalerie,, puis le 6* hussards ; général de brigade le 10 mars 1807, général de division le 7 août 1812, commandant du 1*' corps de cavalerie pendant les Cent> Jours; retraité le 3 janvier 1816; rappelé & l'activité le 26 septembre 1830; pair de France le 19 novembre 1831.