‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 120 sur 218 · DÉTAILS RÉTROSPECTIFS. 2W · texte numérisé non relu

DÉTAILS RÉTROSPECTIFS. 2W

i quitter des régiments où ils étaient connus et considérés.

Mais pendant que les régiments du Roi s'organisaient et que tous ceux qui en faisaient partie se berçaient d'espérances flatteuses, le gouvernement changeait d'idée à leur égard et, passant d'un extrême à l'autre, voulait leur donner le dernier numéro de leur arme; mon régiment apprit ce changement en arrivant à Saint-Germain en Laye; le prêt fut fait à la troupe sur le même pied que dans les corps de la ligne, et le lendemain matin, j'appris que 40 hommes, tous anciens soldats, avaient déserté; les jours suivants, la désertion diminua, mais elle existait encore; le ministre de la guerre, apprenant que ces corps d'élite, pour lesquels on avait déjà fait des frais, allaient se fondre, se hâta de leur donner le n^^l de leur arme, le titre de régiment du Roi, le privilège de porter l'aiguillette, et la promesse de la garnison de Paris ad vitam œternatn.

Ces concessions, tout insignifiantes qu'elles devinrent par la suite, arrêtèrent la désertion, mais non pas le mécontentement, qui alla toujours croissant, car tous les jours ces vieux soldats apprenaient que leurs cadets en ancienneté militaire, qu'ils avaient laissés dans les régiments dont ils sortaient, étaient de la compagnie d'élite, ou décorés de la Légion d'honneur, ou rentrés chez eux avec des retraites ou des congés honorables, tandis que la plupart de ceux venus dans les régiments du Roi étaient privés de ces avantages.

La garnison de Paris leur était une puissante consolation ; on se hâta de la leur enlever, et le 24 janvier 1815, nous nous mtmes en route pour Béthune; leur mécontentement ne connut plus de bornes, et avant leur départ, ils tinrent les propos les plus effrayants; nous en fûmes instruits par les rapports de la police (1).

Le départ de la garnison de Paris, cinq semaines avant le

(1) Police. Extrait dê$ rapporté du 23 janvier 1815*

Le 4*' régiment de chassears à cheval part demain à neuf heures du matin pour Béthmie.

Les militaires de ce corps, surtout les officiers et sous-offlciers, sont en général mécontents de quitter Paris.parce que leur régiment étant régiment du Roi, ils regardent leur départ comme une sorte d'afiront fait à leur titre.

Les agents ont passé une partie de la journée avec nombre de ces mili-

débarquement de l'Empereur, a paru à beaucoup de personnes unepreuve d'intelligence entre ce dernier et le maréchal Soult, alors ministre de la guerre; je ne partage pas cette opinion. Le maréchal Soult, en entrant au ministère, fut offusqué du pouvoir du général Maison, qui, comme gouverneur de Paris, en commandait toute la garnison; ces troupes formaient une belle armée; n'ayant pu réussir à faire ôter au général Maison son gouvernement, il imagina de lui ôter sa garnison, et sous des prétextes d'économie, il éloigna de Paris toutes les troupes qui s'y trouvaient, n'y gardant que quelque infanterie absolument nécessaire pour le service; ces deux généraux ne s'aimaient pas, et cette inimitié fut encore augmentée par des picoteries de société entre leurs femmes.

Mais j'en reviens à ma position après le âO mars.

Ne me voyant pas à la tête de mon régiment à sa revue du 21, l'Empereur demanda où j'étais, et sur la réponse du général Exelmans, il ordonna mon remplacement, qui eut lieu aussitôt en faveur du colonel Simonneau (I), aide de camp de

taires, et ils ont été & portée d'être convaincus que beaucoup d'entre eux sont animés d'un mauvais esprit.

Ils en ont entendu plusieurs qui disaient que les cuirassiers partis le 20 pour Blois avaient crié en route : Vive l'Empereur I et que quelques-uns d'eux se disposaient & en faire autant.

C'est particulièrement dans les chasseurs du Roi qu'on a reconnu le plus de mauvaises tétas ; l'un d'eux disait hautement que les soldats français avaient tout perdu en perdant Napoléon.

• On a entendu nombre de sous-officiers dire entre eux que, partant demain, ils voulaient jouir de leur reste et faire leurs bamboches.

D'autres se sont donné rendez-vous ce soir au Palais-Royal, à. la Halle au blé. {Note de Vauteur.) (i) MINISTÈRE DE LA GUERRE (2* divisiou : Cavalerie.)

« Paris, ce 5 avril 1816.

« Messieurs, je vous préviens que l'Empereur, par décret du 26 mars dernier, a nommé M. Simonneau colonel du régiment que vous administrez, en remplacement de M. de Saint^Chamans.

« Vous voudrez bien le faire recoonaitre en cette qualité et m'en rendre compte.

« Recevez, Messieurs, l'assurance de ma considération,

« Le ministre de la guerre.

« Signé : D a veux, prince d'Eckmûhl.

Au conseil d'administration du 4*' régiment de chasseurs. (Archives de la guerre.)

Simonneau (Pierre-Joseph-Victor), né à Nézignan (Hérault) le 6 dé-

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