‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 124 sur 218 · RETOUR DU ROI · texte numérisé non relu

RETOUR DU ROI

sibles pour expulser les Bourbons du royaume de France, et ces hommes, qui se disaient Français par excellence, ne rougissaient pas de demander aux souverains alliés un prince étranger pour roi de France; déchus de cet espoir, ils voulurent imposer au Roi des conditions, et, à les entendre, il aurait fallu que pour rentrer dans l'héritage de ses pères ce monarque se fût affublé d'une cocarde tricolore^ c'est-à-dire des couleurs teintes du sang de Louis XYI et de ses plus fidèles serviteurs; ces intrigues durèrent quelques jours, mais c'était la dernière agonie de ces inC&mes, reste déshonoré des patriotes de 1793 et des plus furieux bonapartistes.

Cependant, le Roi était arrivé à Ermenonville (quatre lieues de Paris); je m'y rendis aussitôt, et je fus presque témoin, en y entrant, d'un événement fâcheux; le marquis de la Grange qui, au 20 mars, était capitaine de la i'* compagnie des mousquetaires de la maison du Roi, y étant venu aussi pour présenter ses respects à Sa Majesté, fut entouré par plusieurs mousquetaires et gardes du corps, de ceux qui avaient accompagné le Roi à Gand et qui, croyant avoir à lui reprocher sa conduite à l'époque du 20 mars, se jetèrent sur lui en le maltraitant, lui arrachèrent ses épaulettes, son épée et ses décorations (avec d'autant plus de facilité qu'il était manchot) et le comblèrent d'outrages : je désapprouvai hautement ces excès, qui devenaient encore bien plus coupables en étant commis dans la demeure du Roi, et, pour ainsi dire, sous ses yeux.

Je fus fort bien reçu du Roi et des princes; Mgr le duc de Berry me fit même l'honneur de m'embrasser en me témoignant sa satisfaction delà conduite que j'avais tenue dans ces circonstances difficiles; le Roi me dit qu'il aurait soin de moi.

D'Ermenonville, Sa Majesté vint à Saint-Denis, car les intrigues des jacobins lui fermaient encore les portes de Paris, quoique les Anglais et les Prussiens en fussent maîtres; nous conjurions tous le Roi et les princes d'y entrer, en les assurant qu'avec la seule escorte de Français fidèles qu'ils auraient à leur suite, il n'y avait à craindre aucun événement f&cheux; mais Sa Majesté ayait sans doute, dans sa haute

sagesse, de bonnes raisons pour différer cet heureux moment, et ce ne fut que quelques jours après, le 8 juillet, qu'elle fit son entrée dans sa capitale, où elle fut reçue avec toute la joie et l'enthousiasme que devait produire un si beau jour; les troupes alliées, sans doute par un motif de délicatesse bien louable, ne parurent point rassemblées en armes ce jour-là : au reste, il n'y en avait pas besoin, et les Français, même ceux qui n'étaient pas royalistes de cœur, étaient si dégoûtés du règne de l'Empereur que tous se faisaient une fête du retour du roi légitime.

Il était hors de doute que la première opération du gouvernement royal serait de licencier l'armée et d'en créer une nouvelle. Je jugeai qu'il fallait tirer parti de cette circonstance pour obtenir de l'avancement et un placement avantageux dans la nouvelle armée. Je présentai à M. le duc de Berry un mémoire que j'adressais au ministre de la guerre; alors le duc de Feltre, pour demander le grade de maréchal de camp, et le prince l'apostilla de la manière la plus favorable. Je trouvai le duc de Feltre bien disposé pour moi; mais au moment où j'allais obtenir ma nomination, le ministère changea, et ce fut le maréchal Gouvion-Saint-Cyr qui fut nommé ministre de la guerre.

Son premier soin en arrivant au ministère fut d'arrêter tout avancement; le Roi rendit une ordonnance à ce sujet, et cette mesure était bonne, car les prétentions de chacun lors de ce second retour de Sa Majesté étaient encore plus élevées qu'en 1814, et avec quelque apparence de raison; car, au moins, pendant les Cent-jours, plusieurs militaires avaient donné au Roi légitime de véritables preuves de dévouement, chose qui n'était pas arrivée avant le retour du Roi en 1814, époque à laquelle cependant les épaulettes et les croix de Saint-Louis s'étaient données à boisseaux. Si on avait suivi les mêmes errements au mois de juillet 1815, nous aurions été inondés de généraux et de cordons de tous les ordres, et nous aurions, vu en France ce qu'on voit en Biscaye, où tout le monde est gentilhomme et où les paysans labourent leur champ l'épée au côté et le plumet au chapeau^

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