‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 125 sur 218 · CRÉATION DE LA GARDE ROYALE · texte numérisé non relu

CRÉATION DE LA GARDE ROYALE

Cette ordonnance du Roi détruisait mes espérances d'avancement, une autre ordonnance me les rendit : on décréta la formation d'une garde royale dans laquelle chacun devait avoir, en y entrant, un grade supérieur à celui qu'il avait effectivement dans l'armée. J'étais colonel : par conséquent, en ayant le commandement d'un régiment de la garde royale, je devenais maréchal de camp ; cette position, d'ailleurs, convenait tout à fait à mes goûts, qui à cette époque étaient exclusivement militaires.

Le lendemain même du jour où parut l'ordonnance du Roi portant création d'une garde royale, je me présentai à M. »le duc de Berry et je le priai de m'appuyer auprès du ministre de la guerre, auquel je comptais demander un des régiments de cavalerie de cette garde. « Mon cher Saint-Chamans, me dit le prince avec beaucoup de bonté, vous arrivez trop tard; tous les régiments de cavalerie de la: garde sont déjà donnés : il aurait fallu faire votre demande plus tdt. »

Gela m'aurait été assez difficile, puisque j'ignorais qu'il dût y avoir une garde royale; mais les bons courtisans et les hommes du conseil du Roi, qui l'avaient su depuis quelque temps, en avaient prévenu sous main leurs parents et leurs amis, et ceux-ci croyaient avoir cause gagnée parce qu'ils nous avaient gagnés de vitesse.

Quoiqu'en fait d'intrigues de cour et d'antichambre je me décourage très facilement au premier obstacle que je rencontre, cependant cette fois-ci je tins bon, car je sentais que ma cause était bonne.

c Je suis, dis-je au prince, aussi apte au service de l'infanterie qu'à celui de la cavalerie, et j'ai commandé des bataillons en campagne et devant l'ennemi. Puisque tous les régiments de cavalerie sont déjà promis, je supplie Votre Altesse Royale de m'en accorder un d'infanterie. »

Même réponse que pour la cavalerie.

J'étais résolu à entrer comme colonel dans la garde royale, et quand j'ai mis quelque chose dans ma tête, après avoir bien raisonné mes droits, je ne m'en dépars pas aisément. Ma position était bonne, et je ne voulais pas me laisser battre^ Je

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Yi8 que le prince s'était engagé vis-à-Yis de plusieurs personnes auxquelles il ne voulait pas manquer de parole, et j'allai frapper à une autre porte.

J'avais connu dans la campagne de Russie M. d'Albignac (1), à cette époque colonel chef d'état-miyor du maréchal Gouvion- Saint-Gyr, et qui venait d'être placé au second retour du Roi conmie secrétaire général du ministère de la guerre. Je courus chez lui porter mes demandes et l'état de mes services : je le connaissais pour un homme droit et juste, et je me sentais fort de mon bon droit. Il me fit d'abord les mêmes réponses que M* le duc de Berry. c Je me réjouis, lui dis-je tristement en parodiant un ancien sage, que vous ayez trouvé dans l'armée française quatorze colonels qui méritent mieux que moi un régiment de la garde; mais j'avoue que je ne me les rappelle pas bien. Ne pourriez*vous pas me mettre sur la voie? >

Il m'en cita plusieurs : je connaissais leur réputation dans Paris, mais ils n'en, avaient aucune dans l'armée, où ils n'avaient jamais paru, et on aurait pu leur appliquer ce mot d'un général des gardes du corps, &gé de soixante ans, qui, passant à deux lieues du champ de bataille de Waterloo sans Le savoir, disait le lendemain matin, en apprenant qu'il en avait été si près : « Mon Dieu I que je suis bête de n'y avoir pas été, moi qui n'ai jamais vu, de champ de bataille I >

< Quoi t disrje avec indignation i }i. d'Albignac, ce sont là les chefs que vous donnez aux régiments de la garde? Ce sont là les miUtaires chargés de veiller autour du trône, et de le soutenir s'il chancelle? Ce sont des écoliers dans le métier des armes que vous allez charger de dresser l'élite de la nouvelle armée française.

— Que voulez-vous? me répondit-il, assez embarrassé, la cour le veut comme cela, elle a indiqué ses choix.

— Et quel rôle joue donc le ministre de la guerre? lui repli-

(1) Albignae (Jean-Philippe- Aymar, baron d'), nô à Bayeuz (Calvados) le sa octobre 1782, f 29 octobre 1823, aide de camp de Ney en Espagne et en Russie, colonel du 188* régiment d'infanterie, maréchal de camp le 11 octobre 1814, aide de camp de GouTion-Saint-Cyr, ministre de la guerre, gentilhomme de la chambre du Roi en 1821 ; mourut pendant la guerre d'£spagne, en 1823.

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