CRÉATION DE LA GARDE ROYALE
quai-je avec feu. N'est-il pas là pour soutenir contre les prétentions des courtisans les justes droits des anciens soldats qui se sont déYoués à la cause royale ? Se contentera-t-il de recevoir les ordres des princes, ou plutôt de leurs favoris, et de porter à signer au Roi le travail qu'on lui aura dicté? Ne veut-il entrer pour rien dans la composition de l'élite de l'armée? »
Je continuai sur le même ton, et j'obtins enfin de M. d'Albignac qu'il remettrait le jour même au ministre de la guerre une note que j'allai préparer, et dans laquelle je m'expliquai avec autant de chaleur, mais avec plus de ménagement que je ne venais de le faire dans la conversation.
Le succès en fut prompt: je vis le lebdemain le ministre de la guerre à son audience publique, et il m'assura avec beaucoup de bonté que, si on formait effectivement une garde roy&le? je serais le premier colonel proposé au Roi pour y commander un régiment de cavalerie).
Le maréchal 6oùvion-Saint-Cyr mettait encore en doute, malgré l'ordonnance rendue, qu'on formât une garde royale, parce qu'il s'y opposait de toutes ses forces : cela n'était pas dans ses idées, mais ses raisons ne furent pas goûtées dans le conseil des ministres, et la création de ce corps fut décidée.
Le ministre me tint parole : je ne le vis plus jusqu'aux nominations, mais je me rappelai à son souvenir par M. d'Aïbignac, qui me témoigna un véritable intérêt dans cette circonstance, et le 8 septembre 1815, je fus nommé au commandement du régiment des dragons de la garde royale et maréchal de camp.
Par le conseil de M. d'Albignac, je revis, la veille de ma nomination, M. le duc de Berry pour lui demander son appui dans un moment intéressant, en lui annonçant que le ministre me proposait au Roi pour le régiment de drivons de la garde. < Vous êtes nommé, me dit le prince fort affectueusement; c'est une affaire arrangée et qui ne pouvait pas manquer : on ne vous opposait que des gens qui ne pouvaient pas lutter contre vous. > Je me retirai, fort joyeux, en pensant que les chances tournaient bien vite à la cour.
Par Torganisation première de la garde, les colonels furent chargés de la nomination de leurs corps d'officiers. Nous fûmes pendant quelque temps de petits ministres, et je recevais tous les jours cinquante ou soixante officiers qui venaient me supplier de les admettre dans mon régiment; on m'adressa plus de 400 demandes pour cinquante emplois dont je pouvais disposer. Je tâchai de faire le meilleur choix possible dans ce grand nombre de postulants : je me fis des ennemis de ceux que je refusai, et les élus ne me surent aucun gré de ce que je faisais pour eux (!)•
Pendant que je m'occupais avec un zèle continu à choisir de bons officiers parmi le grand nombre d'hommes qui se présentaient, et à attirer dans mon régiment les gens de mérite qui ne s'étaient pas offerts et dont je connaissais les services, les intrigants qui avaient espéré avoir des régiments de la garde et qui n'en avaient pas, les gens de cour qui voulaient y placer leurs parents et leurs amis et qui n'y voyaient point jour avec des colonels tout militaires et qu'ils ne connaissaient pas, tous ces gens-là s'occupaient à trouver des défauts ou des inconvénients majeurs dans les colonels nommés, afin de BOUS expulser de ces places avant que nous fussions entrés en fonction; aussi tous les jours était-ce quelque nouvelle calomnie sur notre compte, et on annonçait d'avance la destitution de plusieurs d'entre nous, sans doute pour en donner l'idée, qu'on n'osait pas ouvertement mettre en avant. Des salons de Paris, ces bavardages arrivèrent à la cour, et ils y prirent une telle consistance qu'il nous fut facile de voir qu'on nous y regardait de mauvais œil.
(1) Le régiment des dragons de la garde royale, créé par rordonnance du Roi da !•' septembre 1815, a commencé à ee former le !•' novembre 1815.
Le 27 décembre 1815, M. le lieatenant général Digeon, aide de camp de S. A. R. Monsieur, frère du Roi, et commandant la 2* division de cavalerie de la garde, organisa définitivement ce régiment et reçut le serment de fidélité au Roi, prêté individuellement par tous les militaires en faisant partie.
Le régiment des dragons de la garde royale a été formé par des enrôlés volontaires venus soit des départements, soit de différents corps de Tancienne armée.
Son organisation s'est faite à Ghàteaùdun. [Noie dé Vauteut.)