‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 127 sur 218 · INTRIGUES DE COUR · texte numérisé non relu

INTRIGUES DE COUR

Ha conduite lors du retour de l'Empereur et pendant les Cent-jours avait été si franche et si ouverte, qu'il ne me paraissait pas, malgré leur bonne volonté, que les envieux pussent me faire tort : mais, de quoi les courtisans ne viennent-ils pas à bout auprès des princes avec la calomnie et l'impudence nécessaire pour la soutenir? Ceux qui avaient intérêt à me nuire parce que je ne les protégeais pas, et leurs amis, répandirent le bruit que j'avais eu un entretien secret aux Tuileries avec l'Empereur, qu'il m'avait embrassé, que je lui avais demandé de l'emploi dans son armée, et que j'étais sur le point d'en obtenir au moment où il avait été renversé.

Quelques personnes attachées à Mgr le duc de Berry eurent la complaisance de lui rapporter ces faux bruits, en lui protestant qu'ils étaient de la plus grande exactitude, et ce prince, oubliant la franchise de mes discours et de mia conduite vis-à-vis de lui, le 19 mars, et tout le dévouement que j'avais montré pour la cause royale, commença à me battre froid et à ne plus me parler du tout; il détournait même la tête quand je me présentais pour lui faire ma cour.

Un changement si marqué et si prompt ne pouvait manquer de me frapper; je devinais bien qu'on m'avait desservi auprès de ce prince; mais de quoi m'accusait-on? Voilà ce que je ne pouvais deviner.

Le général Montélégier, qui commandait la brigade de cavalerie dont mon régiment faisait partie, était en même temps premier aide de camp de Mgr le duc de Berry; je l'avais connu assez intimement en Espagne où, comme moi, il avait commandé un régiment de dragons, et je courus lui faire part de mes remarques sur le refroidissement du prince à mon égard, et de mes inquiétudes à ce sujet; au reste, lui dis-je, ma conduite a été si franche, et je me sens si fort de ma conscience, que si le prince continue à me traiter de cette manière, je ne me présenterai plus devant lui, et j'attendrai tranquillement, en continuant à bien servir, que le temps m'ait rendu ses bonnes grâces.

t Gardez-vous-en bien, me répondit Montélégier; à la cour, celui qui se tait est battu; on suppose qu'il avoue ses torts,

puisqu'il ne provoque pas une explication; et d'ailleurs, les princes aiment à être recherchés, surtout les nôtres, qui, d'après le peu de crédit dont ils jouissent dans le gouvernement, sont toujours portés à croire, quand on ne court pas. après eux, qu'on fait peu de cas de leur faveur; vous dites que la froideur du duc de Berry pour vous est très marquée; eh bien I puisque ce n'était pas comme cela avant votre nomination au commandement des dragons de la garde, demandez-lui-en respectueusement l'explication, dans une lettre que je me charge de lui remettre. >

Je suivis ce conseil, et je revis Montélégier le lendemain pour avoir la réponse à mon épftre; je le trouvai sombre et contraint avec moi; il se faisait prier pour s'expliquer, mais je le pressai tellement qu'il ne put pas se taire plus longtemps.

— Puisque vous l'exigez, me dit-il, il faut vous apprendre que des personnes très recommandables, et en qui Mgr le duc de Berry a la plus grande confiance, lui ont rapporté qu'au retour de l'Empereur, vous aviez eu un entretien secret avec lui, aux Tuileries, qu'il vous avait embrassé, et que vous lui aviez demandé de l'emploi dans son armée; vous concevez bien, d'après cela, que le prince ne peut pas vous voir avec plaisir à la tête d'un des régiments de la garde royale.

Ma réponse à cette absurde accusation était bien facile; je commençai par désabuser Montélégier, dont l'air renfrogné au commencement de la conversation m'avait prouvé que j'avais besoin de me justifier aussi à ses yeux, et je le priai ensuite de se charger d'une seconde lettre poux le duc de Berry, dans laquelle j'exposais les faits qui me justifiaient complètement; il me le promit, et je la lui remis une heure après cette conversation.

Après y avoir dit au prince que je connaissais les causes de sa froideur envers moi, je lui faisais remarquer :

i* Que j'avais été destitué de mon commandement le 21 mars par l'Empereur, pour avoir refusé de. paraître ce même jour à la tête de mon régiment i la revue qu'il en avait passée dans la cour des Tuileries, et que j'avais été remplacé le 26 mars

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