EXPLICATIONS AVEC LE DUC D^ BERRT
par le colonel Simonneau, aide de camp du général Ëxelmans;
2* Que, quoique sans fortune, je n'avais pas voulu toucher un jour de solde depuis le départ du Roi jusqu'à son retour;
3* Que le maréchalt Soult, dont j'avais été pendant huit ans l'aide de camp, m'avait proposé, quand il avait été nommé major général, une placé avantageuse dans son état-major, et que je l'avais opiniâtrement refusée;
4* Qu'à la an de mars, j'avais ofKciellement demandé ma retraite au ministre de la guerre, et que cette retraite m'ayant été refusée, j'avais offert ma démission. Je n'avais pu demander ma retraite plus tôt, parce qu'il m'avait fallu quelques Jours pour me procurer les pièces nécessaires;
S*" Que, dans le mois d'avril, j'avais écrit au duc de Feltre, ministre de la guerre du Roi à 6and, pour lui rendre compte de ma conduite, et lui demander les ordres de Sa Majesté; que ma lettre lui avait été remise par M. de Guichen, et que j'en avais reçu la réponse.
Enfin, j'établissais positivement que je n'avais pas vu l'Empereur depuis le 20 mars, jour auquel je l'avais rencontré sur la route de Fontainebleau, où j'étais d'après les ordres du prince, et je défiais qui que ce fût au monde de dire qu'il m'avait vu lui parler depuis son retour, ni que j'eusse été à aucune de ses audiences publiques ou particulières, soit aux Tuileries, soit à l'Elysée.
Il m'était facile dé faire vérifier les cinq premières assertions; quant à la sixième, c'était à mes ennemis et à mes calomniateurs à prouver qu'elle n'était pas exacte. Aucun d'eux ne se présenta pour cela, et il est à croire que cette manière ferme, franche et concise d'établir les faits qui détruisaient leurs odieuses imputations leur ferma la bouche.
Quand le général Montélégier eut lu cette lettre, il la trouva si positive et si forte en preuves, qu'il me conseilla de la présenter moi-même à Mgr le duc de Berry; car, dit-il, quand le prince l'aura lue, elle le frappera, il vous questionnera, et, avec votre bon droit, c'est ce qui peut vous arriver de plus heureux.
J'étais ennuyé de la froideur du prince vis-à-vis de moi et des sots commérages des salons de Paris; ainsi, j'adoptai avidement le conseil du général Montélégier, puisque cela me conduisait à un dénouement plus prompt et plus positif. Je ne suis pas ordinairement aventureux; mon caractère tient plutôt de la circonspection, et, cependant, toutes les fois que je me suis trouvé dans une position douteuse, j'ai choisi pour en sortir le moyen le plus prompt et le plus décisif, quelque imprudent qu'il pût être; c'est une bizarrerie dont je n'ai jamais pu me rendre compte.
Le parti que je prenais, de rechercher une explication avec Mgr le duc de Berry, était effectivement fort scabreux : le prince était d'une extrême vivacité; de plus, il était prévenu contre moi; je ne pouvais le voir seul, et j'avais tout à craindre de son premier mouvement; ne pouvait-il pas, avant de m'avoir écouté assez longtemps pour être désabusé, s'emporter de manière à me mettre dans le cas, par une réponse trop vive, de manquer au respect que je lui devais, ce qui, en me plaçant dans une fausse position, m'aurait sans doute forcé à quitter le service?
Ces considérations ne m'arrêtèrent point, et je me rendis chez lui vers onze heures du matin, après son déjeuner. C'était l'heure où les officiers généraux, surtout ceux employés dans . la garde royale, pouvaient le voir le plus facilement.
Il y avait peu de monde : sept ou huit officiers; le prince, après avoir dit un mot agréable à chacun d'eux, s'avança pour sortir, sans presque me regarder; je m'y attendais, et n'en fus point intimidé; je me plaçai entre la porte et lui, et le priai respectueusement, mais d'une manière ferme, de m' accorder un moment d'entretien; j'éprouvai dans ce moment qu'on est bien fort quand on n'a rien à se reprocher.
Le prince, sans me répondre, et d'un air assez contrarié, m'emmena dans une embrasure de fenêtre, et là, en tirant ma lettre, que je n'avais pas cachetée afin qu'il la lût promptement : c Je sais. Monseigneur, lui dis-je d'un ton pénétré et même altéré, car à cette pensée, ma fermeté m'abandonnait, je sais qu'on m'a calomnié d'une manière atroce auprès de