FORMATION DE LA GARDE ROYALE
colonels habiles était moins indispensable; aussi, ce fut là que trouvèrent place quelques colonels de l'émigration et d'autres se disant colonels vendéens, dont la plupart n'avaient jamais revêtu un uniforme ni vu le feu, ce qui ne les empêchait pas d'être pourvus de brevets de colonels» antidatés de quinze ou vingt ans; et ainsi, ils se trouvaient beaucoup plus anciens que les officiers du même grade qui avaient le mieux servi sous Napoléon et fait toutes ses glorieuses campagnes. Le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, après avoir fait échouer les fâcheux projets des princes sous ce rapport, le plus essentiel, puisque la bonne formation des troupes de la garde allait dépendre des colonels qu'on leur donnerait, abandonna en quelque sorte aux protections de la cour, comme un os à ronger, une partie des nominations dans l'état-major de la garde; les lieutenants généraux Bordesoulle (1) et Digeon, pour la cavalerie, Lauriston et Bourmont, pour l'infanterie, eurent le commandement des quatre divisions : je crois que le roi Louis XVIII eut beaucoup d'influence sur ces choix, mais néanmoins pas autant que son frère (depuis le roi Charles X), qui, ne sachant résister à aucune des demandes de ceux qui formaient sa petite cour, quelque déraisonnables qu'elles fussent, encombrait de ses recommandations tous les ministères, et surtout le ministère de la guerre; ainsi les lieutenants généraux Bordesoulle et Digeon, commandant les deux divisions de cavalerie de la garde, étaient tous deux ses aides de camp; M. de Bourbon-Busset (2), qui fut nommé aide-
(i) Bordêioulle (Étieime Tardif de Pommerouz, comte de), né à Lizeray (Indre) le 4 avril 1771, f 3 octobre 1837, cavalier au 2« régiment de chasseurs le 27 avril 1789, sous-Ueutenant le 16 thermidor an II, chef d'escadrons au a* régiment de hussards le 25 floréal an VII, colonel du 22< régiment de chasseurs le 6 nivôse an XIY, général de brigade le 25 juin 1807, baron de l'Empire le 17 mai 1810, général de division le 4 décembre 1812, suivit le roi Louis XYIll à Gand ; chef d'état-major du duc de Berry, commandant de la l** division de cavalerie de la garde royale, comte le 3 mai 1816, gentilhomme d'honneur du dnc d'Angouléme le l** juillet 1820, gouverneur de l'École polytechnique, commandant de la garde à l'armée des Pyrénées, pair de France le 9 octobre 1823.
(2) B&urb&n-Buuêt (François-Louis-Joseph, comte), né à Paris le 4 fé* vrier 1782, f 14 décembre 1856, sert dans la cavalerie blanche de Saûit-i Domingne ; lieutenant au régiment des chevau-Iégers belges (27* chasseurs)
major général de la garde, était un de ses gentilhommes d'honneur; le comte de TrogoiF(i), un de ses aides de camp, était chef d'état-major de la division Bourmont; le duc de Guiche (il était deux ans avant simple lieutenant dans un régiment de cavalerie anglais) obtint le commandement d'une brigade de cavalerie de la division Digeon, comme maréchal de camp et premier écuyer de M. le duc d'Angoulôme; le général Montélégier, nommé commandant de l'autre brigade de cette division, était premier aide de camp de M. le duc de Berry, etc. Vous voyez bien que chaque prince avait sa part : au reste, beaucoup de ces choix étaient bons, et la plupart des officiers que je viens de nommer avaient bien servi et bien fait la guerre dans l'armée impériale.
Après avoir pourvu tous ces gros bonnets de l'état-major des princes, il fallut songer à caser aussi les jeunes fils, neveux, cousins et protégés de toute espèce de leur cour et de celle des princesses, car la plupart de ces débutants dans la carrière militaire venaient d'être licenciés avec les quatre compagnies rouges et deux des compagnies des gardes du corps de la maison du Roi; or, pour les faire entrer dans la garde royale, ce n'était plus au ministre de la guerre qu'il fallait s'adresser, mais uniquement aux colonels des régiments, puisque, ainsi que je l'ai déjà dit, nous avions le choix de nos officiers pour la première formation; en général, nous tînmes bon contre les demandes ridicules des courtisans, et nous luttions avec succès quand Monsieur, comte d'Artois, qui n'y allait pas de main morte quand il était poussé par ses
en 1806 ; fait prisonnier par les Anglais à la bataille de Talaveyra, colonel aide-major des gendarmes da Roi en 1814, maréchal de camp le 18 mars 1815, pair de France le 23 décembre 1823, chef d*état-major de la garde royale pendant la campagne de 1823, lieutenant général le 25 mai 1825, démissionnaire en 1830.
(1) Tro^o^ (Joachim-Simon-Louis de), né à Quimper le 22 novembre 1762. sous-lieutenant en 1782, il prend part à la guerre de l'indépendance en Amérique, émigré en 1790 et sert à l'armée des princes, puis en Aatriche ; revient en France avec les alliés en 1814; colonel aide de camp du comte d'Artois le 12 février 1814, maréchal de camp le 3 septembre 1814 ; accompagna le Roi à Gand; chef d'état-major du duc de Berry pendant les Oent-jours, aide de camp du Roi le 4 novembre 1824; accompagna le comta d'Artois en 1830; mis en réforme le 20 août 1830