INDISCIPLINE DES JEUNES SEIGNEURS
sans en demander la permission i personne, en confiant néanmoins à leurs camarades qu'ils allaient à Paris attendre que le régiment y arrivât; mais ils avaient compté sans leur colonel, et j'écrivis de si bonne encre aux généraux de la garde et au ministre de la guerre, que ces fugitifs eurent à peine le temps de se débotter dans la capitale, et qu'ils revinrent à Ghâteaudun, sinon avec autant d'empressement, du moins avec autant de promptitude qu'ils avaient mis à en partir. Je me trouvai très bien de cette sévérité pour établir tout d'abord sur un bon pied un esprit de discipline exacte parmi tous ces jeunes gens. Hais leurs pères, et surtout leurs mères, qui avaient les grandes et les petites entrées à la cour et chez le ministre de la guerre, me représentèrent dans ces bons lieux sous les couleurs les plus noires. Peu m'importait. Je les laissai crier, eux et bien d'autres. J'avais un but à atteindre : j'y marchai d'un pas ferme dans là route que je m'étais tracée, et j'eus grande raison, car je réussis complètement : ces jeunes gens, qui à la vérité avaient de la légèreté, étaient au fond remplis d'honneur et de bons principes ; ils ouvrirent promptement les yeux à la raison et devinrent en peu de temps, pour la plupart, d'excellents ofiRciers d'escadron, soumis aux règles de la discipline, exacts dans leurs devoirs, subordonnés envers leurs chefs et tout à fait solides dans toutes les parties du service militaire. Quant au très petit nombre de ceux qui se montrèrent incorrigibles, je mis de mon côté une extrême ténacité à les expulser de mon régiment, et ils finirent par aller porter dans d'autres corps leurs mauvaises habitudes militaires et leurs ridicules prétentions.
Trois mois s'étaient passés dans ces détails de garnison si nécessaires à un corps qui s'organise, et dans le mois de janvier 1816, je pouvais déjà piontrer 400 hommes à cheval auxquels les inspecteurs de cavalerie les plus difficiles auraient trouvé peu de chose à reprocher. On reconnut alors la nécessité de nous retirer de Châteaudun; cette ville ne pouvait plus nous contenir, et notre organisation ne pouvait plus y faire de progrès; il n'y avait cependant pas de temps à perdre pour nous mettre à même de l'achever promptement, puisqu'au 1*' avril nous allions prendre notre service près de la personne du Roi, et à ce sujet, il n'est pas hors de propos de dire comment se composait ce service pour les corps de cavalerie de la garde royale.
J'ai déjà expliqué qu'il y avait dans cette garde deux divisions de cavalerie formées chacune de deux brigades, et chaque brigade, de deux régiments. La l'* division de cavalerie, commandée parole lieutenant général comte de Bordesoulle, était forte de deux régiments de grenadiers à cheval, et de deux régiments de cuirassiers ; c'était là la grosse cavalerie. La 2' division, commandée par le lieutenant général vicomte Digeon, était de même composée de deux brigades formées, la première d'un régiment de dragons et d'un régiment de chasseurs, la deuxième d'un régiment de lanciers et d'un régiment de hussards ; c'était la cavalerie légère.
Chaque régiment de ces deux divisions devait faire, par an, trois mois de service spécial auprès de la personne du Roi et