SERVICE IMPOSÉ A LA GARDE
des princes de la famille royale; ce service consistait en un piquet de garde fourni journellement dans la résidence royale, et en escortes quand Sa Majesté ou les princes sortaient en voiture; mais la grosse cavalerie n'escortait que le Roi, et seulement dans Paris; la cavalerie légère seule, avec les gardes du cofps, escortait le Roi aussitôt qu'il sortait des barrières, et elle était chargée exclusivement de l'escorte des princes, dans et hors Paris; aussi fournissait-elle quelquefois jusqu'à 100 et même 150 hommes (1) d'escorte dans la môme journée, tandis que la grosse cavalerie ne faisait jamais marcher plus de vingt chevaux, et seulement jusqu'à la sortie de Paris, ainsi que je viens de le dire; on comprend que, dans les rues de cette ville si populeuse, les voitures du Roi ne pouvaient aller un très grand train (ainsi les chevaux de la grosse cavalerie ne pouvaient être fatigués); mais il s'en dédommageait bien aussitôt qu'il avait passé les barrières. Je dis qu'il s'en dédommageait, parce que le plus grand plaisir de Louis XYIII était de se faire voiturer au grand galop de huit chevaux, avec toutes les glaces baissées; aussi dans l'été, il était, ainsi que tout ce qui l'accompagnait, tellement couvert de poussière qu'il en était méconnaissable; ses chevaux d'attelage étaient disposés en relais comme nos escortes de cavalerie, et il faisait ordinairement huit et douze lieues en deux ou trois heures; c'était de deux à cinq heures du soir que ces promenades avaient lieu, et par raison de santé qu'il les faisait aussi rapidement : goutteux au point de ne pas pouvoir marcher, même dans sa chambre, il se faisait ainsi secouer en plein air, et les cahots de la voiture étaient le seul exercice qu'il pût faire; c'est pour «ette raison qu'il voulait rouler toujours
(1) Le roi Louis XYIII se promenait cinq jours par semaine, et habituellement il y avait deux ou trois relais de cavalerie légère (chacun de 24 hommes et 1 ofiOcier) disposés hors des barrières; pour la promenade dite des bois de Verrières, il fallait quatre relais, mais c'était la seule. Louis XYIII ne sortait ni les mercredis ni les dimanches, à cause du conseil des ministres et des exercices religieux.
Qu'on joigne à ces escortes celles à fournir journellement aux sept princes et princesses de la famille, et l'on pourra juger de l'énorme quantité d'hommes et de chevaux employés chaque jour à ce service. (Note de foMieur.)
sur le pavé; les cochers avaient défense de le mener sur les bas côtés de la route; il y aurait roulé trop mollement.
On voit, d'après l'organisation de ce service, que puisque trois régiments de cavalerie de la garde pouvaient être casernes dans Paris, il eût été raisonnable d'y en avoir deux de cavalerie légère, et un seulement de grosse cavalerie; c'est sans doute pour cela qu'on fit le contraire; le général BordesouUe établit et fit adopter le principe qu'il appartenait i la grosse cavalerie d'être le plus près possible de la personne â« Roi, et l'on caserna une de ses brigades à Paris et l'autre à Versailles (ce qui donna à cette division un grand avantage de solde et de casernement) (i), tandis que les régiments de cavalerie légère furent établis dans des villes à dix ou vingt lieues de Paris, et même quelquefois à cinquante lieues, car ils eurent pendant plusieurs années la garnison de Cambrai.
Bien que ce service d'escorte fatiguât excessivement la cavalerie légère, hommes et chevaux, les officiers, et même la troupe, le préféraient à celui de la grosse cavalerie, parce qu'il les mettait tous les jours en rapport direct avec les princes et les princesses de la famille royale, qui souvent leur adressaient la parole et avaient des conversations suivies avec nos jeunes officiers, qu'ils connaissaient tous de figure et de nom, tandis que le Roi voyait à peine les officiers qui l'escortaient et ne leur parlait jamais; mais au bout d'un an, on s'aperçut par la quantité de chevaux qu'il y eut à réformer dans la cavalerie légère, et par ceux que perdaient fréquemment nos officiers, que ce service était trop actif, et alors la durée en fut limitée à deux mois au lieu de trois; nous n'en faisions pas moins six mois de service en deux ans auprès du Roi.
Dans le mois de février de cette année, nous eûmes une grande parade aux Tuileries où figurèrent trois régiments de cavalerie de la garde : le !•' de grenadiers à cheval, le régiment de dragons et le régiment de chasseurs; les dragons
(i) Par la suite, quand on eut détrait la caserne de cavalerie située au coin des rues de Grenelle et de Bourgogne, cette division n'eut plus qu'on régiment à Paris; les trois autres furent casemôes à Meauz, Versailles et Beauvais.