‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 134 sur 218 · MARIAGE DU DUC DE BERRY · texte numérisé non relu

MARIAGE DU DUC DE BERRY

étaient le corps le mieux tenu de toutes ces troupes; les anciens militaires présents à cette revue m'en donnèrent l'assurance en m'en faisant compliment; je veux espérer que nous eûmes le même succès auprès des Parisiens, mais je n'oserais le certifier; dans ces solennités militaires, au milieu d'une grande ville, en présence des rois et des princes, toute la population, le peuple, la bourgeoisie, et même les gens comme il faut, accourent en foule; les femmes surtout ne veulent pas perdre l'occasion de se faire voir; or tout ce monde veut juger en dernier ressort de la beauté et de la bonne tenue des régiments; mais il n'apprécie qu'une chose, c'est le joli et l'élégant dans les uniformes; on se laisse séduire par le clinquant, et souvent le corps le mieux tenu, militairement parlant, est celui qui obtient le moins de suffrages; cela est bien simple; toute cette bourgeoisie et paysannerie ne peut apprécier ni juger le mérite d'une bonne tenue militaire, simple, sévère, et surtout parfaitement uniforme; ils ne peuvent pas davantage reconnaître que les chevaux sont bien embouchés, les portemanteaux bien placés, et mille autres détails minutieux, mais essentiels, et qui n'échappent pas aux anciens officiers de cavalerie, sont nuls à leurs yeux; je me rappelle à ce sujet que, quand le régiment de lanciers de la garde vint parader à Paris, il enleva tous les suffrages de la population de cette capitale, rien seulement que par l'effet des petits fanions bariolés flottant au haut de leurs lances; c'était du reste un fort joli régiment, mais mal monté.

Peu de temps après cette revue, un événement très fâcheux pour moi me dispensa forcément, pour quelque temps, de tout service actif; emporté par un cheval fougueux que j'essayais, il s'abattit au détour d'une rue, et dans cette chute j'eus le malheur de me casser la cuisse; le célèbre Dupuytren me la remit promptement, mais, malgré ses soins, je restai légèrement boiteux par suite de cet accident, qui ne me laissa pourtant pas d'autres traces fâcheuses, car lorsque ma guérison fut achevée, je supportai la fatigue, à pied et à cheval, aussi bien que dans les années antérieures à ma chute. - Ce fut à cette époque que le duc de Berry épousa Marie-

Caroline, princesse deNaples;je me bornerai à la simple mention de cet événement, car étendu alors sur mon lit de douleur, je ne pus être témoin des réjouissances qui raccompagnèrent. Le service de mon régiment étant terminé, le 30 juin nous nous mîmes en route pour Beauyais, notre nouvelle garnison; cette ville, pendant l'occupation de la France par les armées étrangères, avait une garnison anglaise, qui venait seulement d'en partir, et Ton n'avait pas trouvé le temps nécessaire, avant notre arrivée, pour préparer le casernement d'un régiment de cavalerie aussi nombreux que le mien, d'autant plus qu'il fallait convertir une vieille caserne d'infanterie en quartier de cavalerie; nous fûmes donc fort mal établis dans cette vilaine ville, à laquelle ses habitants eux-mêmes donnent avec quelque raison les épithètes de puante, sonnante et médisante, sans doute à cause de la saleté des petites rues, des nombreuses et énormes cloches de la cathédrale (monument d'architecture fort remarquable, mais non terminé) et de l'esprit de la société, qui y est effectivement provinciale et de petite ville, malgré son voisinage de Paris, autant qu'à Brive-la-Gaillarde ou à Quimper-Corentin; au reste je n'y résidai, de ma personne, dans les premiers moments, que le temps nécessaire pour mettre de l'ordre dans cette prise de possession des établissements militaires, et quand j'eus tout vu par moi-même et que j'eus reconnu ce qu'il était nécessaire de faire pour que mon régiment y fût par la suite mieux caserne, je me rendis à Paris où, d'après l'ordonnance de Dupuytren, je devais prendre des bains et des douches d'eaux minérales pour hâter et compléter mon parfait rétablissement; il fallait aussi m'occuper, auprès des généraux de la garde et dans les bureaux de la guerre, d'assurer le succès des demandes en tout genre que j'avais faites pour compléter la mise en état de mon régiment; j'avais d'ailleurs grande envie d'obtenir le commandement d'une brigade de cavalerie de la garde. Le général Montélégier, qui commandait celle formée par mon régiment et les chasseurs à cheval, se trouvait fort protégé par le duc de Berry, dont il était premier aide de camp, et je pensais qu'il ne tarderait pas à être nommé lieutenant général;

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il me semblait donc qu'étant le plus ancien colonel de cavalerie de la garde, et déjà en possession du grade de maréchal de camp, cette place me revenait de droit.

J'eus à ce sujet (le 6 septembre) une conversation avec M. le duc d'Angoulème. Ce prince m'avait, à diverses reprises, témoigné de l'intérêt, je savais qu'il cherchait à s'instruire des détails relatifs au personnel de l'état militaire, et j'espérais m'en faire un appui et pour le présent, et pour l'avenir; je le désirais d'autant plus que je me trouvais placé colonel dans la garde, et par conséquent en pied à la cour, sans avoir aucune autre protection que -mes services, et au milieu d'une foule d'officiers de mon grade qui, au contraire, étaient fortement épaulés; je savais très bien que, dans le temps où nous vivions, les meilleurs services ne mènent à rien si on n'a pas, parmi les puissances du jour, un protecteur influent qui les fasse valoir, et je pensais que M. le duc d'Angoulème, prince d'un extérieur sévère et d'habitudes sérieuses, pourrait m'estimer ce que je valais sous le rapport militaire et me faciliter l'avancement que je mériterais. J'ai pu me tromper en cela, comme en bien d'autres choses.

J'en obtins une audience particulière, et sans préambule, sans phrases, je le priai, tout d'entrée de conversation, de vouloir m'appuyer auprès du ministre de la guerre pour obtenir l'emploi de maréchal de camp commandant une brigade de cavalerie de la garde; je lui exposai toutes les raisons qui militaient en ma faveur, et entre autres que j'étais déjà maréchal de camp et en même temps le plus ancien colonel de cavalerie de la garde; j'étais d'un âge mûr (35 ans); je faisais la guerre sans interruption depuis quinze ans, et, en treize campagnes, j'avais reçu quatre blessures; enfin, ma conduite pendant cette époque militaire, et notamment dans les Centjours, avait toujours été exempte de tout reproche.

Le prince me répondit d'un air fort gracieux qu'il en parlerait au ministre de la guerre, bien que la chose fût contre son opinion (à lui, duc d'Angoulème); car il ne voulait pas que Montélégier, ni aucun autre maréchal de camp, passât alors lieutenant général, c II ne faut plus, de longtemps, donner

d'avancement, continua-tril; il n'y en a déjà eu que de trop depuis notre retour en France; c'est une grande faute que l'on a faite en 1814, et dont j'ai ma bonne part; mais nous avions Dupont pour ministre de la guerre, et au lieu de faire le difficile et de nous arrêter dans nos demandes continuelles et peu motivées, il nous offrait sans cesse pour nos entours et nos protégés des faveurs auxquelles nous n'aurions pas pensé sans lui. Pourriez-vous croire, ajouta le prince en riant, qu'il nous proposait en 1814 de porter, par exception, au complet de guerre, tous les régiments qui portaient nos noms? > Et Son Altesse Royale levait les épaules.

Je ne puis m'empècher de penser en ce moment i la lourde bévue qu'avait commise le général Dupont pendant son ministère en se rendant esclave de la volonté des princes qui, en résultat, au lieu de lui en savoir gré, l'avaient pris, précisément à cause de cela, en déconsidération.

M. le duc d'Angoulème continuait :< Et cette maladroite formation de la maison du Roi, dans quel désordre ne nous a-telle pas jetés? A combien d'avancements ridicules et scandaleux n'a-t-elle pas donné lieu? Quand je vois un maréchal de camp avec la plaque de grand officier de la Légion d'honneur, je me tiens pour dit qu'il sort de la maison du Roi. Combien de décorations prodiguées t (Ces derniers mots d'un ton de pitié et même de chagrin.)

— J'ai entendu dire, répondis-je, que depuis le mois d'avril 1814, on a fait 10,000 nominations dans la Légion d'honneur.

— Cela ne pouvait être autrement, reprit-il. Quand mon père, Berry ou moi, nous partions pour faire une tournée en province, on nous chargeait de répandre à profusion les décorations sur notre route. »

Il en revint ensuite à ma demande et me fit diverses objections qu'il me fut facile de combattre, car mes prétentions n'étaient pas exagérées, je puis même dire qu'elles étaient fondées en droit. Il s'enquit, avec détail, du sort des officiers de mon régiment et de la troupe; je l'assurai que tous étaient aussi bien traités qu'ils pouvaient l'être, vu le mauvais état des finances du pays, et cela était vrai.

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Entre autres raisons qu'il m'opposait, il m'objecta que, depuis le dernier retour du Roi jusqu'Ace jour, on n'avait pai$ nommé de généraux. < Excepté yautré(l),ajouta*t-il,qui commandait la légion de l'Isère, lors d^B événements de Grenoble; au reste, c'est une mauvaise tète* Savez-vous ce qu'il m'a dit, à moi parlant? C'est que s'il avait été le maître, il aurait fait conduire le préfet de Grenoble pieds et poings liés à Paris pour y répondre de sa triste conduite danfs .toute cette affaire. Et Vautré avait tort de dire cela, continua-t-il, car M. de Montlivault (2) est un bon sujet du Roi et un hiomme de moyens. »

Je n'avais rien à répondre sur cet article, et Son, Altesse Royale poursuivant, me dit : c Mon général Saint-Chamans (3), je ne veux pas que vous pensiea^ à présent à quitter les dragons de la garde; ils sont fort bien entre vos mains, c'est un très bon régiment, dont l'esprit est excellent, et j'en suis d'autant plus content que, dans l'origine, on avait beaucoup crié contre lui, mais on a été forcé d'en revenir, »

Je pensai que c'était contre moi qu'on avait crié, car on rencontre partout des envieux et des gens portés à nuire, surtout à la cour. Je répondis, en faisant une profonde inclination,- que Son Altesse Royale ne m'ayant pas légèrement accordé ses bontés, j'espérais bien qu'elle ne me les retirerait jamais, et que par la suite elle me ferait retrouver les avantages que je perdrais peut-être en ce moment. Il ne répondit rien, et je me retirai.

Cette conversation, dans laquelle M. le duc d'Angoulème me parut raisonner fort juste et avec beaucoup de bon sens sur notre position militaire, offrait, à l'époque où elle eut lieu, des traits assez intéressants pour que je voulusse en conserver le

(1) Vautré (Victor, baron)» né à Dompaire (Vosges) le 40 mai 1T70, 1 16 mai 1849, garde à pied du Roi le i*" avril 1792, colonel du 9« régiment dlnfanterie le 17 août 1809, maréchal de camp le 17 juillet 1816; admis au traitement de réforme le 22 mars 1831.

(2) Jfon(Hvau/< (Casimir-Maurice Guy on, comte de), 1771 f 1846^ chevalier de Malte avant la Révolution, émigré, intendant des domaines de l'impé* ratrice Joséphine de 1811 à 1814, préfet des Vosges en 1814 et de liséré en 1815, où il se signala par un zèle exagéré.

(3) Manière amicale de parler, que ce prince employait souvent.

souvenir; je la mis donc aussitôt en écrit, et j'ai la certitude de n'y avoir rien changé.

Je prolongeai peu mon séjour à Paris. L'été fut effroyable; la pluie par torrents ne cessa pas de tomber un seul jour; les blés, dans presque toute la France, pourrirent, soit sur pied^ soit en javelles, et l'on put prévoir une famine pour Tannée suivante.

Ce n'était pas un été favorable pour faire usage des eaux minérales; aussi me ifirent-elles peu d'effet, et j'étais de retour à Beauvais dans le mois d'octobre; je pouvais déjà me tenirà cheval, même aux allures vives, et je m'occupai dès lors activement de remettre mon régiment dans le meilleur état pour notre prochain service à Paris, qui devait commencer le !•' janvier 4817, d'après notre nouveau règlement.

Nous arrivâmes effectivement à Paris le 31 décembre 4816 pour prendre notre service le lendemain et faire en môme temps les visites de corps auxquelles les officiers de la garde royale étaient tenus le 1" janvier de chaque année, d'abord chez le Roi, ensuite chez les princes de la famille royale, enfin chez les ministres et chez les maréchaux et généraux de service dans la garde royale. C'était à n'en pas finir, et les trois ou quatre premiers jours de l'année se passaient en courses perpétuelles pour couler à fond toutes ces visites du jour de Tan, dont on s'était fait un devoir, et qui étaient devenues une gène et un ennui pour tous, visitants et visités.

Ce service se passa fort tranquillement, le Roi sortant peu l'hiver; la goutte dont il était affreusement perclus ne lui permettait pas de grandes promenades extérieures, et iV y avait aussi moins de courses à faire pour les chasses des princes.

Les mois de janvier et de février se passèrent donc sans fati- ^es, et nous étions de retour le l*' mars à Beauvais. Peu de temps après, nous y apprtmes que la compagnie des gardes du corps dite compagnie de Noailles (1), s'étant mise en quelque sorte en état de rébellion contre ses chefs, le Roi

(i) Noailles (Pbilippe-Louis-Marie-Antoine de), prince de Poix, duc de Moochy, né à Paris le 21 novembre 1752, f 15 février 1819, entra an corps d« carabiniers en 1768 ; colonel dn régiment de Noailles en 1774, marécbal de camp en 1788, commandant de la garde nationale de Versailles en 1790, capitaine des gardes du corps en 1814, pair de France le 4 juin 1814, lienienaat général le 8 août 1814.

l'avait cassée et avait ordonné qu'elle fût rétablie, mais avec d'autres éléments; cet événement fit quelque sensation à Beauvais, parce que le prince de Poix, ou le duc de Mouchj, [qui commandait cette compagnie, ayant sa terre d'habitation dans les environs de Beauvais, beaucoup de jeunes gens des premières familles du pays servaient dans cette compagnie. J'appris par ma correspondance de Paris qu'on y était assez embarrassé sur la manière dont on opérerait pour réorganiser ce corps sur de nouvelles bases et particulièrement sur le mode de recrutement qui serait adopté à cet effet; j'avais déjà eu la pensée de proposer que les gardes du corps se recrutassent parmi les sous-officiers de la garde royale et de l'armée; j'y trouvais de grands avantages pour le bien du service en général et pour les régiments de la garde et les compagnies des gardes du corps en particulier; l'occasion me parut donc favorable pour produire cette idée, puisqu'il fallait recruter tout d'un coup une compagnie tout entière, ce qui exigeait un grand nombre de sujets à présenter en même temps.

J'écrivis en conséquence à M. le duc d'Angouléme, et je lui faisais observer dans ma lettre qu'il était à craindre qu'avec la promptitude qu'on voulait employer pour reformer cette compagnie, il ne s'y glissât des gens mal intentionnés, ou des hommes tarés qu'on accepterait faute d'avoir le temps nécessaire pour se procurer des renseignements certains siir tous les individus qui se présenteraient; j'indiquais alors le moyen qui me paraissait le meilleur pour parer à cet inconvénient et arriver ainsi à une bonne formation.

Je proposais donc de choisir dans chacun des régiments français de la garde, infanterie et cavalerie, quatre sou8-o£Bciérs désignés par les colonels sous leur propre responsabilité, et réunissant toutes les conditions requises pour l'admission dans les compagnies des gardes du corps, excepté celles relatives à la fortune (car on n'aurait pas trouvé parmi nos sousofficiers assez d'hommes recevant de leurs parents, ou sjBnX à eux, la pension exigée annuellement des jeunes gens qui se présentaient pour les gardes du corps); ainsi les 14 régiments d'infanterie et de cavalerie de la garde fournissaient déjà un

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noyau de 56 hommes d'élite; je proposais en même temps de prendre, toujours dans la garde royale, deux sous-officiers d'artillerie à cheval et deux d'artillerie à pied. Enfin j'ajoutais que si ce mode de recrutement des sous-officiers de la garde royale pour les compagnies des gardes du corps paraissait bon, on pourrait l'étendre aux régiments de cavalerie de la ligne, où Ton trouverait plus de sous-officiers distingués que dans l'infanterie, et demander un sous-officier par régiment, ce qui donnerait encore 47 hommes, non compris les régiments d'artillerie à cheval, d'où il fallait éviter de tirer des sous-offlciers instruits.

Je représentais au prince qu'on devait attendre de cette mesure de grands avantages; elle donnerait à la compagnie de Noailles, à sa formation, 60 instructeurs de cavalerie, d'infanterie et d'artillerie, tous hommes choisis dans l'élite de la garde royale; les chefs de cette compagnie pourraient compter entièrement sur ces 60 hommes qui, ayant déjà bien servi, étaient rompus à la plus exacte discipline et à la subordina* tion la plus respectueuse vis-à-vis de leurs chefs ; ainsi avec ce noyau on donnerait facilement à la nouvelle compagnie un bon esprit de corps et des idées saines et droites sur toutes les habitudes et les exigences du service militaire; enfin ce passage de 60 sous-officiers de la garde royale dans une compagnie des gardes du corps devait favoriser l'esprit d'union qu'il était si important d'établir et de fomenter entre les deux corps d'élite, et, d'un autre c6té, l'ambition des sous-officiers de la garde, qui quelquefois s'inquiétaient en pensant qu'il y avait peu de moyens pour eux de passer officiers, se trouverait satisfaite quand ils verraient un si grand nombre d'entre eux recevoir tout à coup l'épaulette et le grade d'officier.

La réponse du prince ne se fit pas attendre : elle était favorable (1); il la terminait cependant en me faisant remarquer

(i) Cette lettre est ainsi conçue :

« Parif, le 16 avril lSi7. .

« Monsieur le général comte de Saint^Ghamana, j'ai lu avec intérêt votre dernière iettre. Vos idéês'sur la réorganisation de la compagnie de Noailles me semblent renfermer des ynes utiles; j'en ak causé avee un des capi*

que, ne se mèlaDt en rien des affaires du gouyemement, il ne pouvait faire autre chose que de mettre sous les yeux du Roi la lettre que je lui avais écrite touchant la nouvelle formation de la compagnie de Noailles.

Peu de temps après je sus que les mesures que j'avais proposées dans cette circonstance avaient été presque entièrement adoptées, non seulement pour le cas présent, mais encore pour l'avenir, et qu'ainsi les vacances qui surviendraient dans les emplois de gardes du corps du Roi seraient remplies en partie par des sous-officiers tirés des corps de la garde royale.

A la même époque, le duc d'Orléans (1), revenant d'Angleterre, arriva à Beauvais, où il s'arrêta pour dîner et coucher; je n'étais pas prévenu parle ministre de la guerre, ni d'aucune autre manière, de son passage; le préfet, le maire, ni le général commandant le département ne l'étaient pas plus que moi; ainsi donc on ne lui devait aucun honneur et on ne lui en rendit aucun; au reste, on n'aurait pas eu le temps de s'y préparer, car il y avait à peine un quart d'heure que j'étais instruit de sa prochaine arrivée lorsque je vis ses voitures traverser la ville.

Je fis aussitôt rassembler le corps d'officiers, en petite tenue comme il était déjà, pour le présenter à M. le duc d'Orléans, et je fis demander à ce prince par M. de Montmorency, son aide de camp, s'il voulait nous recevoir. Cet officier revint un moment après me dire que Son Altesse me recevrait sur-lechamp, mais seul, et m'indiquait en même temps l'heure à laquelle le corps d'officiers serait admis en sa présence.

Je me rendis aussitôt à l'auberge où il était descendu et où je trouvai réunis dans la même chambre M, le duc et Mme la

t&ines des gardes du corps, et je mettrai bous les yeux du Roi ce que vous me mandez à ce sujet ; je ne puia pas faire davantage, puisque je ne me mêle en rien des affaires du gouvernement, n'ayant aucun droit de le faire. Votre régiment a sans doute repris ses exercices à Beauvais ; c'est avec plaisir que je le verrai quand le service du Roi le rappellera à Paris* « Recevez l'assurance de mes sentiments d'estime pour vous.

« Votre affectionné, >

« Loqis-Antoinb. »

. (i) Depuis Louis-Philippe l«% roi des Français. . .

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