‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 14 sur 218 · OCCUPATION DE VIENNE · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE VIENNE

monceau (i)et Oudinot, et de quelque cavalerie et artillerie; le reste de l'armée était cantonné dans les environs devienne, tout le monde fort bien et fort content, excepté les Autrichiens.

Quelques jours après son arrivée à Vienne, TEmpereur passa la revue du corps d'armée du maréchal Soult; arrivé devant le front du 4* régiment d'infanterie de ligne, qui avait perdu son drapeau à la bataille d'Âusterlitz dans la charge faite par la cavalerie de la garde russe, il fit réunir les officiers de ce régiment, et, s'étant placé au milieu d'eux et à portée de voix du front du régiment, il leur tint d'un ton très animé le discours suivant (je l'ai transcrit mot à mot un moment après l'avoir entendu, parce qu'il me parut d'une éloquence véritablement militaire; je n'en ai même pas retranché ni corrigé les fautes de français) : — « Où est-ce qu'est € votre aigle? (Moment de silence.) Vous êtes le seul régiment f de l'armée française à qui je peux faire cette question! c J'aimerais mieux avoir perdu mon bras gauche que d'avoir

< perdu une aigle f Elle va être portée en triomphe à Péters-

< bourg, et dans cent ans les Russes la montreront encore

< avec orgueil; les quarante drapeaux que nous avons à eux « ne valent pas votre aigle f Avez-vous donc oublié de vous « défendre contre la cavalerie? Qui commandait le régiment? « Quelles mesures a-t-il prises quand il s'est vu charger par € la cavalerie? Où étaient vos officiers, vos grenadiers? Ne « deviez- vous pas tous mourir avant de perdre votre aigle? € Je viens de voir bien des régiments qui n'ont presque plus

< d'officiers ni de soldats dans les rangs; mais ils ont conc serve leur drapeau, leur honneur; et vous, je vois vos comc pagnies fortes et nombreuses, et je ne puis retrouver mon t aigle dans vos rangs i..«

€ Que ferez-vous pour réparer cette honte, pour faire taire

(i) Dumonceau (Jean-Baptiste, comte de Bergendal), né à Bruxelles le S novembre 1760, f 29 décembre 1821, dragoo au service de la Belgique mai 1787, chef de brigade de la légion belge 15 juin 1792, lieutenant général an service de la Hollande le 11 juin 1795, commandant en cbef de l'armée H le 13 juin 1803, général de division au service de la France le 10 novembre 1810, retraité le 4 septembre 1815.

c VOS vieux camarades de l'armée qui diront en vous voyant : c Voilà le régiment qui a perdu son aigle? (Moment de € silence.) Il faut qu'à la première occasion votre régiment c m'apporte quatre drapeaux ennemis, et alors je verrai si je c dois lui rendre une aigle. »

Ce discours fut prononcé d'abondance, d'un ton de voix très élevé et avec la plus grande véhémence; il fit, sur ceux qui l'entendirent, un effet que je ne puis décrire; je sais bien, pour mon compte, que j'en avais la chair de poule; je me sentais couvert d'une sueur froide, et, par moments, les larmes me roulaient dans les yeux. S'il avait fallu un instant après mener au feu ce même régiment, il aurait certainement fait des merveilles.

Je crois me rappeler que Napoléon rendit une aigle au 4* régiment de ligne à la revue qu'il en passa à Berlin, en 1806.

Nous n'allions pas dans la bonne compagnie de. Vienne; d'abord elle en était presque toute partie avant et depuis notre entrée dans cette ville; ensuite on ne nous y aurait sans doute pas vus de fort bon œil ; mais nous nous en dédommagions avec la mauvaise, qui, bien certainement, était la meilleure, ou au moins la plus agréable pour des officiers jeunes, avides de plaisirs, et qui n'avaient que quelques semaines à passer dans cette grande capitale.

Je fus nommé capitaine (25 décembre 1805, brevet du 14 mars 1806) peu de jours après l'arrivée de l'Empereur à Schœnbrûnn, et membre de la Légion d'honneur, mais je n'en portai la décoration que deux ou trois mois après; le maréchal, en m'annonçant ces deux grâces, me dit que c'était pour me récompenser de ma bonne conduite dans cette campagne, et notamment à la bataille d'Austerlitz. Cet avancement, donné de cette manière, me flatta beaucoup, et je pris la ferme résolution de tout faire pour le justifier et pour en mériter encore par la suite.

L'avancement ne se prodiguait pas dans ce temps-là comme nous l'avons vu depuis; ainsi on trouvera peut-être que deux grâces données tout à coup à un jeune officier, c'était moitié

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