‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 15 sur 218 · CAPITAINE ET DÉCORÉ · texte numérisé non relu

CAPITAINE ET DÉCORÉ

trop; je me serais effectivement regardé comme récompensé avec la décoration de la Légion d'honneur, mais il faut aussi faire attention aux circonstances; le gain de la bataille d'Ansteriitz, de cette bataille si importante qui rendait TËmpereur mattre de toute FAUemagne, était attribué, en grande partie, au corps d'armée du maréchal Soult, et au maréchal luimême; et les troupes sous son commandement immédiat y avaient effectivement contribué plus qu'aucune autre, car elles s'étaient battues depuis huit heures du matin jusqu'à cinq heures du soir, et toujours très vivement et contre des forces bien supérieures en nombre; le maréchal avait en tête le général en chef russe Buxhowen (1) et la plus grande partie de l'armée russe qui, le soir, se trouva presque entièrement détruite; ce corps du maréchal Soult, qui était de 22,000 hommes le 2 décembre au matin, n'était plus que de 16,000 le soir; le maréchal, qui me voulait beaucoup de bien à cette époque, me présenta à l'Empereur comme ayant rendu des services essentiels dans cette circonstance et peut-être comme capable de plus grands encore dans la suite, et l'on me donna sur-le-champ tout ce qu'on pouvait me donner : je n'ai pas toujours été aussi heureux.

L'Empereur, avant son départ de Schœnbrûnn, eut une entrevue avec l'archiduc Charles; elle eut lieu dans un rendez-vous de chasse; le maréchal Soult y accompagna l'Empereur : je n'en puis rien dire, ne m'y étant pas trouvé.

(1) BtixKowen (Frédôric-Guillauine, comte de), oé & Magnusdal (Livonie) en 1750, f 1811, entra au service en 1769, général en 1789, combattit en Hologoe avec Souvaroff de 1791 à 1794; gouverneur do Saint-Pétersbourg sons Paul I*', il tomba en disgr&ce et se retira en Allemagne ; rappelé par Alexandre I*', il commanda l'aile gauche des Russes & Austerlitz, fit la conquête de la Finlande en 1809, feld-marscball.

Nous partîmes de Vienne, conformément au traité de paix, dans le mois de janvier de cette année; le maréchal établit d'abord son quartier général à Saint-Pôlten, où nous restâmes une quinzaine de jours, fort ennuyés de séjourner dans cette bicoque en sortant d'une si grande ville; nous y menions cependant une vie assez agréable; nous chassions souvent dans des parcs ou des réserves où le gibier était abondant; quelques femmes aimables, et d'une vertu facile, avaient quitté Vienne pour suivre l'armée; nous étions bien logés et nous faisions bonne chère, à bon marché; notre sort n'était donc pas si malheureux, mais nous étions gâtés par nos succès, et d'ailleurs les honmies, et surtout les militaires, sont rarement contents de leur position, même quand elle est bonne.

De Saint-Pôlten nous allâmes à Lintz, où nous restâmes près de deux mois; cette ville, grande et bien peuplée, nous offrait plus de ressources que Saint-Pôlten ; nous y menâmes à peu près le même genre dévie, mais avec plus d'agréments.

L'attachement et la confiance que le maréchal Soult m'avait témoignés semblaient s'accroître tous les jours; je passais une grande partie du temps â écrire sous sa dictée, dans son cabinet, les ordres qu'il donnait pour l'administration de son corps d'armée, les subsistances, les cantonnements, l'instruction, la police et la discipline, les hôpitaux, etc.; il n'oubliait rien, et il était propre aux plus petits détails comme aux plus grandes opérations; je ne crois pas qu'il soit pos-

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