‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 140 sur 218 · GRACE DU MARÉCHAL SOULT · texte numérisé non relu

GRACE DU MARÉCHAL SOULT

ce prince : je n'ai ni assez d'éloquence ni assez de crédit pour l'espérer, mais je puis m'engager sur mon honneur à lui parler avec toute la chaleur d'un avocat convaincu de l'innocence de son client et avec toute la fermeté et la franchise d'un homme qui ne demande rien pour lui-même et qui est désintéressé dans la cause qu'il défend, t

La duchesse de Dalmatie accepta mon offre; cependant elle me pria de différer de la réaliser; elle voulait, par égard pour les ministres et afin de ne pas se les rendre plus contraires, les consulter avant de s'adresser directement au prince. Elle en parla au général marquis DessoUe, président du conseil, qui lui répondit que ma démarche ne pouvait pas avoir d'inconvénients; je demandai donc à M. le duc d'Angoulême une audience particulière, qu'il m'accorda aussitôt.

Je m'attendais qu'à propos du maréchal Soult il me parlerait du mois de mars 1815 et du règne des Cent-jours, et je m'étais tenu prêt à donner les meilleures raisons possibles non pour justifier, mais pour atténuer la faute commise par le duc de Dalmatie dans ces circonstances. Je voulais surtout parler de son repentir, dont j'étais persuadé; enfin, comme il arrive souvent, j'avais préparé ma défense du côté où l'on ne songeait pas à m'attaquer, car le prince ne proféra pas un mot de reproche pour le maréchal sur cet article.

Aussitôt que Son Altesse Royale m'eut fait entrer dans son cabinet, où nous élions seuls, je lui dis que je venais lui demander une grande faveur et à laquelle j'attachais beaucoup de prix, quoique je n'y fusse pas personnellement intéressé : c C'est même, ajoutai-je, ce dernier motif qui me donne la force de vous en parler, monseigneur, car peut-être ne l'oserais-je pas 8i c'était pour moi ou pour mon frère que j'aurais à intercéder; mais l'absence de tout motif personnel dans cette affaire, le désir d'être utile à un homme trop durement puni, me donnent l'assurance nécessaire pour vous en entretenir. >

Le prince me regarda fort sérieusement et d'un air de bonté qui m'encouragea; j'avoue que j'étais fort ému, et je sentis qu'il fallait aller droit au fait. J'entamai donc chaudement la défense du maréchal Soult, et sans nier le tort qu'il

avait eu d'accepter les fonctions de major général de l'Empereur au moment où il sortait des conseils du Roi, j'établis du moins et je prouvai au prince qu'il n'y avait pas eu trahison de sa part comme ministre de la guerre, et qu'il était tout à fait innocent et du retour de l'tle d'Elbe et de la nullité de la résistance qu'avait .éprouvée Napoléon jusqu'à son entrée dans Paris.

J'ai lieu de croire que le prince était, de son côté, déjà pe^ suadé de la vérité de ce que je lui disais.

Enfin, après avoir lavé le maréchal de la tache dont on avait voulu le salir, je sollicitai M. le duc d'Angoulème de s'intéresser auprès du Roi pour obtenir le prompt retour du maréchal dans ses foyers.

Son Altese Royale m'avait écouté fort attentivement, et elle me répondit sans hésitation qu'elle se sentait naturellement portée à faire ce que je lui demandais et que le rappel des exilés pour fautes politiques était tout à fait dans ses idées, mais que la question relative précisément au maréchal Soult, dont je venais de l'entretenir, avait été traitée peu de jours avant dans le conseil du Roi, et que le maréchal Gouvion-Saint-Cyr, ministre de la guerre, s'était vivement opposé à la rentrée du maréchal, en prétendant que la grande réputation militaire du duc de Dalmatie remuait encore trop de souvenirs dans L'armée, que ce maréchal y jouissait d'un trop grand crédit et exerçait une trop grande influence sur l'esprit de tous les anciens militaires pour qu'il n'y eut pas inconvénient, et même danger, à le rappeler en France en ce moment. < Vous sentez bien, continua le prince, que je ne puis, d'après cela, demander aujourd'hui au Roi de revenir contre ce qui a été décidé dans son conseil il y a peu de jours, mais je ne manquerai pas de saisir l'occasion favorable, quand elle se présentera, pour remettre cet article sur le tapis et tâcher d'obtenir une décision à l'avantage du maréchal Soult; il a en vous un trop bon avocat pour ne pas gagner sa cause. >

Après ces paroles, je ne pouvais pas insister davantage; je remerciai donc avec effusion M. le duc d'Angoulème et je me retirai, n'emportant que de bonnes paroles et des espérances;

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