‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 141 sur 218 · LE MARÉCHAL REVIENT Â PARIS · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL REVIENT Â PARIS

mais c'était déji beaucoup dans une pareille circonstance; néanmoins, quand je Ûs part de cet entretien à la maréchale Soult, elle se livra au chagrin le plus violent et voyait déjà son mari exilé pour toute sa vie; je la rassurai de mon mieux et je m'efforçai de lui donner l'espérance, que cependant je n'avais pas moi-même , d'une prompte et favorable décision sur la rentrée de son mari en France; nous avions tort tous les deux de n'y pas compter, car le 26 mai de cette même année, c'est-à-dire trois mois après la conversation dont je viens de rendre compte, le Roi signait le rappel du maréchal, et le ministre de l'intérieur, M. Decazes, en l'annonçant à la maréchale, lui disait que le duc d'Angoulême l'avait demandé avec instance à Sa Majesté.

Le dénouement de cette affaire me fut très agréable; j'avouerai d'abord que j'étais flatté d'avoir trouvé et si bien saisi l'occasion de rendre un grand et notable service au général dont j'avais été l'aide de camp pendant huit ans et auquel j'avais dû un prompt avancement et une bonne repu* tation militaire; ensuite, j'avais lieu de croire que M. le duc d'Angoulême, en mettant autant de chaleur et d'empressement à obtenir cette grâce du Roi, n'avait pas perdu de vue l'entretien que j'avais eu avec lui à ce sujet, et que par conséquent il avait mis de l'intérêt à m'accorder ce que je lui avais demandé avec une si vive insistance, et j'en prenais l'idée que j'étais favorablement noté dans son esprit, chose que j'avais toujours fort désirée.

Le maréchal Soult fut bientôt de retour à Paris : lui et sa femme m'écrivirent pour me presser vivement de venir l'y trouver, car j'étais alors à ma garnison de Melun; je m'y rendis effectivement peu de temps après, et aussitôt que je me présentai chez lui, il me sauta au cou avec une extrême tendresse et en versant d'abondantes larmes; il me parla de sa reconnaissance avec une affection chaleureuse qui m'émut aussi au plus haut degré. Il me parut pénétré des bontés du Roi et s'exprima dans les meilleurs termes à ce sujet; il m'assurait en même temps qu'il ne voulait plus jamais se mêler d'affaires politiques et qu'il n'aspirait qu'à vivre tran-

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quille chez lui. Je suis persuadé qu'alors il était de bonne foi dans ces paroles; mais autant en emportait le vent, et quelques mois après il était, autant que jamais, lancé dans les grandes affaires, et au reste cela convenait à ses moyens, à sa position militaire et sociale et à sa grande réputation.

Je passai tout Tété à Melun et je m'y occupai très activement et fructueusement des détails relatifs à l'instruction à pied et à cheval de mon régiment; aussi à la fin de la saison avions-nous gagné prodigieusement sous ces différents rapports, et nous avions aussi acquis dans l'exécution des grandes manœuvres un aplomb que nous n'avions pas eu jusqu'alors.

Je profitai des chaleurs de cet été pour établir à Melun une école de natation sur la Seine; j'y fis successivement passer tous les militaires de mon régiment, et au l*' septembre, il n'y avait pas un dragon qui ne sût nager , et la plupart étaient même devenus très forts dans cet exercice; en cas de guerre, et même en garnison, cette partie de l'instruction militaire peut être d'une grande utilité.

Nous, arrivâmes à Paris le !•' septembre pour prendre notre service auprès du Roi, et nous y fûmes en même temps passés en revue d'inspection générale par le lieutenant général vicomte Digeon.

Cette revue avait lieu au Champ de Mars, et l'inspecteur général y voyait successivement tous les jours deux escadrons : le 23 septembre, un de ces escadrons commandé par le vicomte de Froissard de Broissia(i), ancien militaire ayant fait plusieurs campagnes dans les armées de Napoléon, revenait au Champ de Mars à la caserne, et passait en colonne, marchant par quatre sur la place des Invalides, lorsqu'une calèche d'assez mauvaise apparence et mal attelée voulut couper la colonne que formait cet escadron; mais les dragons ne le permirent

(1) De Froissard-Poligny (Charles-Edouard), vicomte de Broissia, né à Neublans le 4 novembre 1783, gendarme d'ordonnance le 8 février 1807, 80U8-lieulenant au 13* dragons le 16 juillet 1807, lieutenant au 20* chasseurs le 29 mai 1812, capitaine au 20* chasseurs le 28 septembre 1813, capitaine au 2« lanciers le 28 août 1814, capitaine aux dragons de la garde royale le 10 octobre 1815, breveté chef d'escadrons le 28 septenibre 1817; admis au traitement de réforme le 2 mai 1827.

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