‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 144 sur 218 · AGITATION DU PARTI LIBÉRAL · texte numérisé non relu

AGITATION DU PARTI LIBÉRAL

meilleurs orateurs de leur parti , tandis qu'au contraire elle était vivement appuyée par le ministère et le parti royaliste. Le grand intérêt que de part et d'autre on mettait à cette question attirait tous les jours, pendant le temps que dura la discussion, une foule immense aux alentours du palais de la Chambre des députés, et les jeunes gens des opinions les plus opposées se trouvant réunis et pêle-mêle aux abords du Palais-Bourbon, il s'ensuivait des querelles et ensuite des duels dont le nombre augmentait tous les jours. Une grande quantité d'officiers de la garde et de gardes du corps, habillés en bourgeois, s'y donnaient rendez -vous pour saluer de leurs bravos, à la levée des séances, les députés royalistes; les libéraux et les bonapartistes s'y réunissaient dans le même but, et un commencement de guerre civile allait éclater sur ce point, lorsque le 3 juin, le maréchal duc de Tarente, major général de la garde royede, défendit expressément, par une circulaire (1), à tout militaire de la garde de paraître aucunement soit en uniforme, soit en bourgeois, dans les groupes qui se réunissaient autour de la Chambre des députés; il nous prévenait en même temps que les gardes du corps avaient reçu le même ordre.

(1) Cette lettre est ainsi conçue :

« M. le major général de service a reçu avis que quelques officiers de la garde se sont trouvés hier, ainsi que des gardes du corps, aux rassemblements qui ont eu lieu autour de la Chambre des députés; on assure qu'il doit y en avoir aujourd'hui un plus grand nombre. M. le maréchal défend expressément & MM. les officiers, sous-officiers et soldats de la garde, de paraître en aucune manière, soit en uniforme, soit en bourgeois, dans les groupes qui pourront avoir lieu autour des séances de la Chambre. MM. les gardes du corps ont reçu le même ordre. MM. les colonels de la garde enverront à cet effet reconnaître s'il existe dans ces groupes des officiers, sous-officiers et soldats de leurs régiments et leur feront donner l'ordre de se reUrer. M. le maréchal se réserve de punir sévèrement ceux qui contreviendraient k cet ordre.

« En vous confiant l'exécution de ces dispositions, M. le maréchal vou& prévient. Monsieur le colonel, que toutes les mesures ont été prises pour prévenir les désordres et que les militaires de la garde, en se mêlant de cette affaire, ne pourraient que nuire & la cause que nous devons tous servir.

« Pour l'aide-major général de service, « Signé : Modènb. » . ; •.

A Jtf. U colonel des dragoM de lajgarde royale.

Mais ces mesures n'apaisèrent pas l'effervescence qui se manifestait de plus en plus, et je reçus le 5 juin au matin de nouveaux ordres très détaillés du major général de service pour le rassemblement de la garde royale en cas d'alerte, et on me prescrivait diverses autres dispositions particulières à mon régiment qui me donnèrent à croire qu'on s'attendait à des mouvements sérieux dansia journée; je me tins en mesure d'y faire prendre à mes hommes, qui, du reste, était parfaitement disposés pour cela, une part active et toute dans les intérêts de la royauté.

Effectivement, dans l'après-midi de ce même jour, les rassemblements tumultueux qui, depuis le commencement du mois, s'étaient formés devant le lieu des séances de la Chambre des députés, prirent un caractère tellement séditieux et insurrectionnel que le gouvernement jugea nécessaire de les faire dissiper par les troupes de la garde royale en garnison à Paris : il n'y avait plus un moment à perdre pour prendre ce parti, car la sédition se montrait également par des groupes nombreux et agités dans divers autres quartiers de Paris, et notamment aux portes Saint-Denis et Saint-Martin et à l'entrée du faubourg Saint- Antoine, sur la place de la Bastille, etc.

Je reçus l'ordre, le 5 dans l'après-midi, de diriger mon régin^ent sur les Tuileries et d'occuper par de forts détachements les quais, le Carrousel, la rue de Rivoli, la rue de Richelieu et la rue Saint-Honoré; notre caserne étant située à cette époque rue de Grenelle-Saint-Germain, au coin de la rue de Bourgogne, nous fûmes promptement rendus sur ces différents points, que nous trouvâmes encombrés d'une foule innombrable de peuple qui vociférait les cris de : < Vive la Charte > , mêlés à ceux de : c Vive l'Empereur i Vive Napoléon I Vive la Liberté! A bas les ministres! A bas les gardes du corps! > C'était un tapage à n'entendre pas Dieu tonner.

J'avais l'ordre de dissiper les factieux en employant d'abord les sommations et les moyens de persuasion : mais, s'ils ne s'y rendaient pas et qu'ils continuassent de se montrer menaçants, de les charger vigoureusement afin de disperser les groupes

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