RÉPRESSION DES TROUBLES. 9T
et de les empêcher de se réunir de nouveau pour troubler l'ordre public.
Nous nous conformâmes exactement à ces instructions, mais il était impossible de rien faire entendre à ces furieux, au milieu de leurs cris et du tumulte qui avaient encore redoublé au moment où nous étions arrivés. Pendant longtemps les officiers de mon régiment, auxquels j'avais reeom* mandé la plus grande modération, afin d'éviter les malheurs qui étaient à craindre pour cette populace entassée dans les rues, retinrent leur troupe, qui ne demandait qu'à tomber sur ces factieux (car, en général, quelle que soit l'opinion du soldat, quand il en a une, il ne demande pas mieux que ée taper sur les bourgeois), lorsque les chefs de la révolte, prenant notre immobilité pour de l'hésitation, essayèrent de parlementer avec les dragons dans l'espérance sans doute, en les flattant, de les attirer dans leur parti et de leur faire trahir leur devoir; ainsi les plus avisés parmi ce peuple révolté s'avançaient vers la troupe rangée en bataille en kd criant : < Vive la Charte! nous ne voulons que la Charte qu'on oous a promise : vous n'êtes pas des Suisses ni des gardes du corps, vous êtes de braves soldats français, vous ne ferez pas de mal à des Français >; et tandis que par ces paroles insidieuses ils cherchaient à séduire et à capter les dragons, d'autres individus, placés en arrière de ceux-là et confondus dans la foule, poussaient le cri répété de : « Vive l'Empereur! »
Il fallut bien alors faire finir ces scènes scandaleuses; une plus grande modération aurait été dangereuse et coupable, j'ordonnai donc à quelques pelotons de se lancer vivement sur les rassemblements dont nous étions entourés, en recom* mandant aux officiers de veiller à ce que leurs hommes ne se servent de leurs armes qu'en cas de nécessité absolue, car nous espérions que la vivacité de l'allure des chevaux sufll* rait pour disperser tout ce peuple, et effectivement il en fiit ainsi. Les 8 à 10,000 hommes qui encombraient les rues que nous étions chargés de nettoyer furent dissipés en un instaiit sans que la cavalerie eût tiré^un seul coup de pistolet; quelques-uns plus mutins, ayant essayé de saiùr les chevaux par
la bride, furent atteints de légers coups de sabre, mais le nombre en fut minime; une plus grande quantité fut blessée par les pieds des chevaux: pas un homme ne périt sur les divers points où mon régiment fut obligé de charger. Dans cette journée, un seul individu fut tué d'un coup de fusil sur la place du Carrousel par l'infanterie de la garde.
Au même moment des scènes semblables avaient lieu dans d'autres quartiers de Paris et notamment dans la rue Saint- Antoine, où des attroupements considérables d'hommes armés de bâtons étaient rassemblés et criaient : « Vive l'Empereur i Vive la liberté I » (ces deux personnages auraient été sans doute fort étonnés de se trouver accolés ensemble, car il faut se rappeler la liberté dont on jouissait sous le règne de Napoléon, pour mieux apprécier celle dont les Bourbons nous avaient dotés.) Dans ce quartier, des tuiles et des pierres furent lancées sur la troupe, mais un escadron de gendarmerie réuni à un escadron de mon régiment, à la tète desquels s'était mis le maréchal duc de Reggio, eurent bientôt dissipé ces rassemblements sans faire usage de leurs armes et en employant les mêmes moyens qui nous avaient si bien réussi dans le quartier des Tuileries.
De fortes averses qui survinrent pendant une partie de la soirée contribuèrent encore à calmer les Parisiens en les forçant de se séparer pour chercher des abris; à dix heures du soir, la tranquillité était rétablie dans les quartiers où elle avait été le plus troublée, et à onze heures nous rentrâmes dans nos casernes, fort contents d'avoir pu, pendant cette journée, prouver la solidité de notre dévouement au Roi, sans avoir été forcés pour cela de répandre le sang des Français égarés.
Les 6 et 7 juin, nous fûmes encore sans cesse en mouvement: des désordres presque semblables à ceux qui avaient éclaté le 5 eurent lieu â la porte Saint-Denis et dans les rues et boulevards des environs; ils furent réprimés de la même manière par le l*' régiment de grenadiers à cheval de la garde commandé par M. de la Rochejacquelein, et par le !•' régiment de cuirassiers de la garde. Un homme seul fut tué d'un coup de sabre par un cuirassier; mon régiment continua à