RÉPRESSION DES TROUBLES
maintenir l'ordre dans le quartier des Tuileries, où le calme ne fut pas sérieusement troublé.
La sédition diminua beaucoup les jours suivants, et le 10 juin les désordres avaient entièrement cessé dans Paris.
U n'est pas permis de douter à ceux qui, comme moi, ont TU de près ces différents mouvements, qu'il n'y eût un vaste plan de révolte formé à cette époque par le parti libéral et le parti impérial (qui dans cette circonstance se confondaient ensemble). Si ce plan avait réussi, il y aurait eu une révolution accomplie en France dans les journées des 5, 6 et 7 juin i820, comme il y en a eu une en 1830, dans les trois journées de Juillet. Les tentatives de séduction vis-à-vis de la troupe, les cris de : « Vive la Charte ! > proférés en opposition aux cris de : t Vive le Roi I » ceux de : « Vive la liberté ! Vive l'Empereur! » ces derniers en plus grand nombre, étaient des preuves bien claires des projets des factieux à cette époque, mais il fallait trouver des frères et amis parmi les soldats de la garde royale, et c'est ce qui n'arriva pas. La fermeté et l'inébranlable fidélité que ces bravés troupes montrèrent en cette occasion déconcertèrent les projets des révoltés, qui avaient espéré s'en faire une avant-garde pour aller dicter des lois à la Chambre des députés et au Roi lui-même dans son palais; la sédition fut donc forcée d'attendre encore et de mieux combiner ses plans, qui, malheureusement, arrivèrent à maturité lors des funestes journées de 1830.
Les chefs du parti libéral dans la Chambre (i) se répandirent à la tribune en déclamations violentes contre le régiment de dragons de la garde : ils prétendirent que les dragons qui avaient chargé dans la rue de Rivoli étaient dans un état complet d'ivresse; qu'un marchand de charbon avait été menacé d'un coup de pistolet; qu'un M. Dubief, orfèvre, avait eut le bras cassé d'un coup de sabre ; que des dragons étaient entrés à cheval dans le passage Delorme, enfin que plusieurs centaines de citoyens paisibles avaient été foulés aux pieds des chevaux, et que ces citoyens s'écriaient avec fureur qu'on
(i) MM. Beiyamin Constant, Laffîtte, Martin de Gray, Demarçay et Casimir Périer.
an MÉliOIRES DU GÉKÉRAL DE SAI5T-CHAliAXS.
n'était pas témoin de scènes semblables i Paris quand les Russes et les Prussiens j tenaient garnison.
A cela les royalistes répondaient que les dragons aTaimt tenu la meilleure conduite et obsenré la plus exacte discipline dans ces moments de trouble, et que pas un d'eux n'avait été pris de vin; que si M.Gomisset des Prés, le marchand de charbon, avait été menacé d'un coup de pistolet, il était certain qu'on s'en était tenu à la menace, puisqu'il n'y avait pas en une amorce brûlée par le régiment de dragons; que ML Dubief, l'orfèvre, faisant partie d'un groupe assez nombreux qui, le 6 au soir, avait refusé de se retirer de la place Louis XV devant les patrouilles de dragons chargées de la faire évacuer, et que la résistance de ce groupe ayant attiré et causé un rassemblement tumultueux, il avait bien fallu que les dragons, pour suivre leur consigne, employassent la force pour disperser tout ce peuple, mais que personne n'avait été blessé sérieusement, et que sans doute le coup de sabre de M. Dubief, l'orfèvre, n'était pas plus dangereux que le coup de pistolet de M. Cornisset, le marchand de charbon; que les dragons vus à cheval dans le passage Delorme y poursuivaient pour les arrêter des individus qui étaient venus les aborder avec le cri de : cVive l'Empereur! > et qu'ils ne faisaient là que leur devoir ; quant aux centaines de personnes foulées aux pieds des chevaux, le nombre en était certainement exagéré, mais il est vrai qu'il y en avait eu un certain nombre dans le moment où il avait fallu employer la force pour dissiper les groupes ; pourquoi ces individus ne s'étaient-ils pas retirés après les sommations qui leur avaient été faites et avaient-ils continué à faire partie d'un rassemblement qui poussait des cris séditieux? qu'enfin il était bien simple qu'on n'eût pas vu de scènes semblables à Paris quand les Russes et les Prussiens y étaient, parce qu'à cette époque il n'y avait pas dans la Chambre des députés une trentaine de libéraux et de révolutionnaires qui, tous les jours, par leurs discours incendiaires excitaient le peuple à la révolte contre le gouvernement du Roi, ainsi que cela avait lieu au moment où nous nous trouvions.