L'ARMÉE ATTAQUÉE A LA CHAMBRE
Yoilà ce qu'avec raison les députés royalistes et les officiers de la garde royale répondaient aux déclamations mensongères du parti libéral, mais le ministère, soit insouciance ou faiblesse, soit qu'il craigntt de se dépopulariser en soutenant les troupes qui avaient bousculé les Parisiens, gardait un silence politique ou répondait mollement; cette conduite était une faute de la part du gouvernement de cette époque, et le parti libéral, dont l'adresse n'est jamais en défaut, répandait hautement le bruit que le gouvernement désavouait la conduite brutale de la garde royale. Déjà les dragons et quelques ofificiers commençaient à se demander s'ils avaient bien fait de charger ces masses d'insurgés, et si on ne leur donnait pas tort aux Tuileries, lorsqu'enûn le Roi, dans une de ses réceptions publiques, au retour de la messe, m' ayant aperçu dans le salon de la Paix, m'adressa les compliments les plus flatteurs et les éloges les plus positifs sur la bonne conduite de mon régiment en cette circonstance. Dès lors toute incertitude cessa, et la ligne de ses devoirs se trouva invariablement tracée pour ce beau et brave corps, qui a depuis si bien montré dans les désastres de 1830 qu'il n'avait rien perdu de son bon esprit.
Mon régiment avait été trop en vue et avait joué un rôle trop actif dans ces événements pour que la fureur du parti libéral ne se déployât pas contre nous: aussi ne nous épargna-t-il aucun des moyens qu'il employait ordinairement contre les royalistes : articles virulents dans les journaux, déclamations de tribune, pamphlets, caricatures et lettres anonymes, nous furent prodigués; ces dernières surtout pleuvaient avec une extrême abondance à mon adresse, et je reconnus l'écriture, quoique déguisée, de deux personnes qui s'étaient servies de cet ignoble moyen pour nous outrager sans péril. L'un d'eux particulièrement était un de mes anciens camarades d'état-major, qui, n'ayant pu obtenir de la Restauration la confirmation du grade de maréchal de camp — qu'un gouvernement provisoire lui avait donné en i814 ou iSiS, s'était jeté avec autant d'ardeur dans l'opposition libérale bonapartiste qu'il en aurait mis à servir le Roi si Sa Majesté
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avait consenti à lui donner les épaulettes d'officier général; je me gardai bien de remettre sa lettre entre les mains du gou< yernement, car il aurait été perdu dans son avancement, auquel il n'avait pas renoncé et qu'il a retrouvé plus tard.
Après les batailles gagnées viennent les récompenses : nos généraux commencèrent par eux-mêmes; le général Montélégier, qui n'avait pas paru dans cette circonstance, ni même mis un uniforme, fut nommé grand officier de la Légion d'honneur, uniquement parce que mon régiment faisait partie de sa brigade; quelque temps après, une décoration d'officier de la Légion d'honneur fut donnée au comte de Saint-Belin (i), premier chef d'escadrons de mon régiment, et puis ensuite... rien. Le général Digeon me fit appeler un matin pour me dire que le gouvernement ne jugeait pas d'une bonne politique d'accorder, pour cette affaire, des récompenses aux troupes de la garde, quoique le Roi y attachât une grande importance et exprimât journellement sa satisfaction de la bonne conduite de la garde et des services essentiels qu'elle venait de loi rendre. < Mais, ajouta-t-il. Sa Majesté et le ministre de la guerre en ont pris bonne note, et votre régiment s'en apercevra aux premières promotions qu'on fera dans l'armée: quant à vous personnellement, on ne peut trop faire pour vous récompenser, et c'est l'avis du gouvernement comme de la cour, mais en cherchant ce qu'on pouvait vous donner, on a trouvé des obstacles partout; il n'y a pas de brigade de cavalerie vacante dans la garde, ainsi il n'y a pas lieu d'y songer en ce moment (cette raison était sans réplique, mais je sus très bien par la suite que, quand même il y en aurait eu une de vacante, elle n'aurait pas été pour moi); quant à la décoration de grand officier de la Légion d'honneur, on y a bien pensé et on voulait vous l'accorder, mais les ministres ont décidé qu'il fallait
(1) De Saint'Belin-Malain (Louis-Prançois-Nicol&s), né le 3 septembre 1780 à ViUeberny (C6te-d'0r), cavalier noble à l'armée de Gondé le !•' joia 1800, au service de rAutriche de 1801 à 1812, a fait contre la France les campagnes de 1800-1805 et 1809, lieutenant au senrice de la France le 5 septembre 1812, maréchal des logis À la l** compagnie de mousquetaires le 6 juillet 1814, chef d'escadrons au régiment de dragons de la garde royale le 10 octobre 1815.