LA MAISON CIVILE DU ROI
être porté des premiers, mais que l'autre moitié était réservée pour le baptême du duc de Bordeaux et qu'il avait l'assurance formelle qu'à ce moment-là, qui ne pouvait être éloigné, j'y serais compris, qu'il valait mieux tard que jamais, et qu'il me conseillait de ne pas jeter le manche après la cognée.
D'après cette lettre il fallut bien prendre patience, et je me résignai, avant de donner ma démission, ainsi que j'en avais le projet après un pareil dégoût, à attendre le baptême du prince nouveau-né.
Entraîné par la suite de mon récit et par le plaisir de parler de choses qui me sont personnelles, j'ai sauté par-dessus la naissance de M. le duc de Bordeaux, qui eut lieu le 29 septembre de cette année. J'étais à Melun en ce moment, et je puis dire que le bonheur et l'enthousiasme de nos dragons égalèrent et surpassèrent tout ce qu'on éprouva dans les provinces les plus royalistes de France. Dans la division de cavalerie légère de la garde royale, tous les militaires, depuis le simple soldât jusqu'au grade le plus élevé, connaissaient de vue la famille royale et avaient été à portée, pour la plupart, d'apprécier la véritable bonté de ces augustes personnages; il n'y avait pas un homme dans mon régiment qui ne désirât vivement voir nattre un prince héritier du trône; l'accompUssement de ces vœux fut un bonheur général, mais peut-être plus particulièrement senti de ceux qui, tant de fois et de si près, avaient entouré cette illustre famille.
Je passai tout Thiver et une partie du printemps à la garnison de Melun (moins les mois de janvier et de février, pendant lesquels nous fîmes à Paris auprès du Roi un service tout à fait dénué d'événements); mais ma famille et des amis zélés me tenaient assez au courant de ce qui se passait à la cour. Les nouvelles places créées dans la maison civile du Roi et la moitié qui était mise en réserve pour faire des heureux à l'époque du baptême du duc de Bordeaux, tenaient les ambitions très éveillées, et je me rappelle que le général de Lauriston, ministre de la maison du Roi à cette époque, m'a dit depuis que, pour les seize places de gentilshommes de la chambre qui restaient à donner, il y avait plus de sept cents demandes : malgré ces nombreux concurrents, mes correspondants de Paris m'assuraient si positivement que ma nomination était certaine que je me tins tranquille. Effectivement à la fin d'avril je reçus le même jour plusieurs lettres, et deux entre autres du général de Lauriston et du général Digeon, qui m'annonçaient ofiBciellement que le Roi m'avait nommé ^^tilhomme de la chambre. Mon régiment venait à Paris pour le baptême du duc de Bordeaux; ainsi j'arrivais tout à point pour me faire habiller, prêter mon serment et prendre langue sur le service de cour auquel j'allais être tenu par ma nouvelle charge.
Il y avait, d'après la nouvelle organisation de la maison civile du Roi, ainsi que je l'ai déjà dit, trente-deux gentilshommes de la chambre titulaires^ car le nombre des honoraires