‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 154 sur 218 · ANECDOTES SUR LA COUR · texte numérisé non relu

ANECDOTES SUR LA COUR

achevée on l'appelait Sodôme^ à cause de la mesquinerie de son dôme (Sot dôme) .

17 janvier, — Ily avait aujourd'hui plus de monde qu'à l'ordinaire au déjeuner du Roi, nous étions vingt-deux à table, et comme on était forcé de se serrer un peu, cela a occasionné un petit brouhaha — chuchoté au moment où l'on s'asseyait, — ce qui a empêché pendant un instant d'entendre le Roi, quand il a commencé à offrir des plats qui étaient devant lui; il m'a semblé qu'il en prenait quelque humeur, et il a bourré un mattre d'hôtel qui ne le servait pas à son gré; cependant, après le déjeuner, il a été fort gai dans son cabinet; quand Madame en a été sortie, il a parlé de la naissance du duc d'Aumale, dont Mme la duchesse d'Orléans est accouchée fort lestement hier à neuf heures du soir, et Sa Migesté a dit que la duchesse d'Orléans devait être à présent comme Mme de Beuvron était autrefois; et aussitôt il a raconté à cette occasion qu'à une de ses couche», Mme de Beuvron avait dit à son mari : < Mon petit, donne-moi une prise de tabac, je l'ai bien gagnée, car je viens de te donner un garçon, je l'ai bien senti au passage. > On a bien ri de cette histoire.

Le Roi a ajouté qu'à une autre couche de Mme de Beuvron, où elle eut trois enfants, Mme Rouillé de Jouy, sa mère, qui logeait avec elle, avait recommandé qu'on vtnt l'avertir quand sa fille ressentirait les premières douleurs. Effectivement un jour, un domestique entre précipitamment chez elle, de grand matin, et lui dit : « Madame, Mme votre fille accouche. » Mme Rouillé, qui était au lit, commence aussitôt à s'habiller, mais à peine a-t-elle mis un de ses bas qu'un autre domestique entre et lui dit : c Madame, votre fille est heureusement accouchée d'un garçon. » Mme Rouillé se remet tranquillement au lit, mais bientôt le premier domestique accourt de nouveau : c Madame, Mme votre fille accouche encore. — J'y cours », dit Mme Rouillé; et elle avait déjà remis ses bas quand le second domestique rentre et lui annonce que sa fille est heureusement accouchée d'une fille, c Dieu soit louét > dit la bonne Mme Rouillé, et elle se recouchait quand on vint l'avertir que Mme de Beuvron sen-

tait de nouvelles douleurs; mais cette fois elle n'eut pas le temps de se rechausser avant qu'on vtnt de la part de sa ôUe lui dire de ne pas se déranger et qu'elle était heureusement accouchée d'un autre garçon. Mme Rouillé se remit au lit, s'endormit promptement et ne fut plus réveillée.

Le Roi nous a conté cette histoire, qu'il nous a assuré être vraie dans tous ses détails, avec beaucoup d'esprit et de gaieté. Tout le monde en riait aux larmes, et lui-même ne pouvait s'empêcher, tout en contant, de rire aux éclats.

18. — Le duc de la Châtre, premier gentilhomme de la chambre (i) est très malade; le Roi en demande souvent des nouvelles.

Le Roi, après le déjeuner, étant dans son cabinet, noms a conté que, voyageant en Allemagne avec M. deBombelles (2), à présent évêque d'Amiens, il (le Roi) demandait toujours dans les auberges du vin du Rhin, tandis que M. de Bombelles ne demandait jamais que du vin du Necker. c Je m'en garderai bien, répondit M. de Bombelles, car si je demande du vio du Rhin, on m'apportera de même du vin du Necker et on me le fera payer le double. >« Et cela était vrai », ajouta le Roi.

19. — J'ai perdu les notes que j'avais prises. sur cette journée.

20. — Il y avait beaucoup de monde aujourd'hui au déjeuner du Roi. Aussitôt que Madame a été sortie du cabinet avec ses dames, le Roi nous a raconté des anecdoctes et cité des vers beaucoup plus que gais et tellement libres et chargés de gros mots que je ne les rapporterai pas ici.

2i. — Il n'y avait aujourd'hui au déjeuner du Roi absolument que le service de Sa Majesté. Madame et les autres personnages qui ont coutume d'y venir étaient allés à Saint- Denis pour le service anniversaire de la mort de Louis XVI.

(i) La Châtre (Claude-Louis, duc de), né à Paris le 30 septembre 1745, f le 13 juillet 1794,lieuteoaiit au régiment de Ctimbrésis lel**" février 1756; maréchal de camp le 9 mars 1788 ; émigré ; rentré en France en 1814 ;-lientenant général le 14 septembre 1814 pour prendre rang du 9 mars 1798.

(2) BambêlUi (Marc-Henry, marquis de), né à Bitche en 1744, f 1821, sert k l'armée de Gondé ; entra dans les ordres et fut aumônier de la duchesse de Berry; évéque d'Amiens en 1819.

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