INSPECTIONS DE CAVALERIE
Sans le désir que j'éprouvais de terminer au plus vite mon inspection, j'aurais pu m'amuser dans cette grande ville, car j'y trouvai plusieurs hommes de ma connaissance qui y occupaient les emplois les plus marquants et y tenaient fort bonne maison, entre autres le marquis de Jumilhac(l), lieutenant général, commandant la division militaire, le comte de Murât, préfet du département, et M. Baudon, receveur général des finances du département du Nord. Tous me firent fête, et tous les jours c'étaient de nouvelles invitations, mais je n'acceptai qu'un ou deux dîners dont je ne pouvais me dispenser, et, après avoir terminé sur ce point, je me rendis à Abbeville, pour y voir le 11* régiment de chasseurs, qui était commandé par le comte de Fontenilles (2), et après l'avoir inspecté dans le plus grand détail et y avoir redressé bien des choses qui n'allaient pas à ma fantaisie, ni comme elles devaient aller, je me rendis à Yalenciennes pour y terminer ma tournée d'inspection par le 3* régiment de chasseurs, commandé par M. Desmichels (3). Ce dernier colonel était le plus instruit et le plus capable des quatre colonels que j'avais
prisonnier des Russes le 7 frimaire an XIV, après avoir reçu douze blessures dans un engagement qui précéda Aasterlitz; chevalier de l'Empire avec dotation le 14 février 1810, colonel du ï9« régiment de chasseurs le 4 septembre 1813, maréchal de camp le 30 Juillet 1823, retraité le 5 avril 1834.
(1) De Jumilhae (Antoine-Pierre-Joseph, marquis), né & Paris le 31 août 1764, sous-lieutenant au régiment du Roi-infanterie le 31 août 1777, lieutenant-colonel le 21 juillet 1791, lieutenant-colonel dans la garde constitutionnelle du Roi le 1'' janvier 1792, licencié le 5 juin 1792, sert en Angleterre puis major de cavalerie dans la légion portugaise le 30 août 1808, général de brigade le 18 août 1818, lieutenant général le 30 août 1814.
(2) De Fonienillet (Auguste, comte), né à Toulouse le 10 avril 1779, entré an service aux hussards volontaires le l'^" octobre 1709, sous-lieutenant au 10* dragons le 10 septembre 1801, adjudant-commandant le 1«' mars 1812, sous-lieutenant à la 5« compagnie des gardes du corps le 1<' juin 1814, colonel des chasseurs de l'Isère le 27 septembre 1813, colonel du 1*' régiment dee grenadiers à cheval le 3 mars 1824.
(3) DeemieheU (Louis-Alexis, baron), né à Digne le 15 mars 1779, cavalier au 13* hussards le 21 prairial an II, sous-lieutenant aux chasseurs de la garde des consuls le 5 nivôse an IX, colonel du 31* régiment de chasseurs le 14 octobre 1811; commande le 4* régiment de chasseurs pendant la campagne de 1815; licencié le 24 novembre 1815, colonel du 3* régiment de chasseurs en 1821, maréchal de camp le 30 juillet 1828, lieutenant général le 31 décembre 1835.
eu à inspecter; aussi m'arrêtai-je quelques jours de moins avec lui qu'avec les autres.
Toutes ces inspections m'avaient excessivement fatigué, et je comptais bien me donner du bon temps à Paris et à la campagne, et mettre le meilleur ordre dans mon travail d'écritures avant de l'envoyer au ministre, mais en arrivant chez moi à Paris, j'y trouvai une lettre qui m'attendait depuis quelques jours et par laquelle le lieutenant général comte Du Coêtlosquet (1), chef du personnel au ministère de la guerre, m'invitait à me rendre sans délai auprès de lui; j'y étais effectivement le lendemain matin de bonne heure, et je pensais que c'était pour quelque affaire de l'inspection que je venais de terminer, mais après m'avoir retenu à déjeuner avec lui, il me fit entrer dans son cabinet où, nous trouvant seuls, il me dit que l'intention du Roi étant de donner plus d'importance au corps de troupes réuni sur la frontière d'Espagne, sous le prétexte et le titre de cardon sanitaire^ mais en réalité pour surveiller les mouvements révolutionnaires qui depuis deux ans avaient éclaté dans ce malheureux royaume, le ministre avait résolu d'y rassembler un véritable corps d'armée organisé en divisions et brigades sous le nom de corps d'observation des Pyrénées, et que Son Excellence m'avait désigné pour commander une des brigades d'avantgarde de ce corps, qu'on était fort pressé à Paris d'en avancer promptement la formation, et que tous les généraux qui devaient en faire partie avaient déjà reçu l'ordre de se rendre en poste dans les Pyrénées, mais toutefois en gardant le secret le plus absolu sur leur destination. « Ainsi donc, ajoutat-il fort sérieusement, le ministre compte bien que vous vous mettrez demain en route, et voilà vos lettres de service et les instructions qui vous guideront. »
Je fus fort étonné et même contrarié de cette communica-
(1) Coêtloiquel (Gharles-Yves-César-Gyr, comte du), né à Morlaix le 21 jail- Idt 1783, f 1836, engagé volontaire au 10* régiment de hussards le 23 octobre 1800, aide de camp de Lasalle le 3 janvier 1806, colonel commandant le 8* hussards le 11 août 1812, général de brigade le 15 octobre 1813. aidemajor de la garde royale le 8 septembre 1815, lieutenant général le 25 avril 1821 ; rentra dans la vie civile en 1830.