RETOUR A PARIS
lion; j'aurais sans doute éprouvé un vif chagriQ,siune armée française était entrée en Espagne, de n'en pas faire partie, mais ce n'était pas de cela qu'il s'agissait pour le moment; il fallait aller s'établir en observation dans les Pyrénées, probablement pour tout l'hiver, afin d'y commander une ligne d'avant-postes établis le long de la frontière d'Espagne, et cette destination ne me plaisait aucunement; d'ailleurs, je postillonnais depuis deux mois d'un régiment à l'autre pour ma tournée d'inspection, et je me trouvais physiquement et moralement très fatigué, et au moment où je comptais me reposer de cette vie exclusivement militaire, on m'envoyait précipitamment à 200 lieues de Paris, pour y recommencer non seulement une inspection des corps qui formeraient ma brigade, mais encore pour organiser une chaîne d'avant-postes et un service de surveillance active vis-à-vis des révolutionnaires espagnols, ce qui ne me paraissait nullement plaisant.
J'arrivais d'ailleurs à Paris le 20 septembre, pour faire ma semaine de service auprès du Roi, comme gentilhomme de la chambre, et j'aurais été fort contrarié d'être privé de cet honneur pour aller m'enfermer dans quelque mauvais bourg des Pyrénées.
D'un autre côté, je sentais bien qu'il n'y avait pas moyen de refuser la nouvelle destination, toute de confiance, que le ministre me donnait, mais je résolus de gagner du temps; j'en avais d'ailleurs un véritable besoin pour faire mes préparatifs d'entrée en campagne, car il n'était pas douteux que ce prétendu corps d'observation, qu'on organisait si promptement et sur le pied de guerre, ne fût destiné à être l'avant-garde de l'armée française qu'on ne tarderait pas à faire entrer en Espagne.
Je représentai donc au comte Du Coêtlosquet, avec lequel j'étais depuis longtemps dans la plus intime familiarité, que comme nous n'étions pas en présence de l'ennemi, il ne me paraissait pas d'une si grande urgence que je parte dès le lendemain pour Toulouse (d'où je devais me rendre sur le point des Pyrénées qui me serait plus tard indiqué); qu'il me fallait des chevaux et des équipages de guerre que je n'avais
pas en ce moment, qu'il m'était aussi nécessaire de me mettre en quête et de faire choix d'un aide de camp, car je savais que celui qui m'avait suivi dans mon inspection ne voulait pas faire partie de l'armée d'Espagne (il s'en était déjà expliqué ouvertement avec moi, sans prévoir cependant que je dusse y être envoyé si prochainement), enfin, et cette considération était la plus forte, je n'entendais pas, pour aucun motif, renoncer à l'honneur de faire mon service de gentilhomme, qui allait commencer dans deux jours.
A toutes ces raisons dont le général Du Coëtlosquet ne pouvait méconnaître la justesse, il ne faisait d'autre réponse que de me mettre sous les yeux ma lettre de service, où il m'était ordonné de me rendre sans délai au quartier général de la 2* division du corps d'observation, dont je devais commander la i'* brigade dite d'avant-garde (cette brigade se composait de deux régiments de cavalerie, un régiment d'infanterie légère et deux pièces de canon), c Vous sentez bien, mon cher ami, me disait-il, que je ne peux rien changer d'un ordre aus8i positif signé du ministre > ; et il me faisait remarquer qu'au bas de l'expédition de cette lettre le duc de Bellune avait ajouté unpost-scriptum de sa propre main ainsi conçu :c Partez sur-le-champ et gardez le secret le plus absolu sur votre destination. »c Au reste, ajoutait Du Coëtlosquet, comme il n'y a que lui-même qui puisse revenir sur sa décision, je vais, si vous le désirez, vous mener chez lui et nous verrons ce qu'il vous accordera après avoir entendu vos raisons, t
J'acceptai avec empressement sa proposition, et cinq minutes après nous étions dans le cabinet du ministre, où il travaillait seul en ce moment. Le généi:al Du Coëtlosquet, qui avait conservé de son ancien jnétier de colonel de hussards et d'aide de camp du fameux général Lasalle un grand fond de blaguê militaire, lui cria en entrant : c Monsieur le maréchal, voilà Saint-Chamans qui a, à Paris, une maîtresse qui ne veut pas qu'il parte; aussi depuis une heure qu'il me donne de mauvaises raisons il n'a rien gagné avec moi. Il espère être plus heureux avec vous; aussi je vous l'amène et je vous le laisse... *; puis se tournant vers moi : c Mon cher ami, vous viendrez me