‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 158 sur 218 · À LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

À LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES

dire, en sortant d'ici, ce que M. le maréchal aura décidé >, et sans attendre une réponse, il sort en fermant la porte et me laisse vis-à-vis du ministre, qui ne savait trop ce que voulait dire cette entrée de ballet et me regardait entre deux yeux en paraissant attendre que je lui en donnasse l'explication.

Quant à moi, j'étais assez décontenancé de cette introduction; cependant, comme je savais que le duc de Bellune me voulait du bien, je ne perdis pas tout à fait la tramontane, et m'approchant de lui en souriant : < Monsieur le maréchal, lui dis-je, Du Coêtlosquet a raison, j'ai effectivement une maftresse qui ne veut pas que je parte de Paris et qui exerce tout pouvoir sur moi depuis vingt et un ans que je suis militaire; cette maltresse, c'est mon devoir; je prends après-demain mon service de semaine auprès du Roi, comme gentilhomme de la chambre, et Votre Excellence ne voudrait pas me faire manquer à ce devoir, qui doit être considéré comme le premier et comme primant tous les autres, puisque c'est celui qui nous approche le plus de la personne de Sa Majesté; je viens donc vous demander de rester encore un mois à Paris, pour faire mes deux semaines du service de bimestre (septembre et octobre), et en même temps je me pourvoirai de tout ce qui m'est nécessaire pour entrer en campagne si l'ordre nous BQ est donné. Je vous engage ma parole d'honneur que le jour même où finira ma semaine de service, en octobre, je courrai la poste sur la route de Toulouse. »

Le ministre commença par jeter feu et flammes contre les généraux qui ne pouvaient pas quitter Paris, et cela me donna l'occasion d'apprendre, au milieu des fougues de sa colère, que les généraux de Vence (1) et Vallin (2), qui, comme moi,

(i) Villeneuve- reiice(Clém6nt-Lom8-Hélion, comte, puis marquis de), né & Paris le 11 février 1783, f le 9 février 1834, gendarme d'ordoonance le 9 février 1807, lieutenant en second le !•' juin 1807, officier d'ordonnance de l'Empereur le 13 novembre 1808, chef d'escadrons au 1" chasseurs le 13 janvier 1811, colonel du 4« régiment de chasseurs le 13 avril 1813, colonel du régiment des hussards de la garde le 8 septembre 1815, maréchal de camp le i3 avril 1817, baron de TEmpire le 15 août 1809, marquis et pair héiÎ6ditaire par succession patemeUe en septembre 1819; grand officier de la Légion d'honneur 1825.

(2) Vallin (Louis, baron, puis vicomte), né à Dormans (Marne) le 16 août

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avaient été nommés à un commandement dans le corps d'observation, étaient encore à Paris, après avoir demandé et obtenu d'y rester quelque temps pour leurs affaires.

Je fis alors remarquer au ministre que ma prétention de séjourner un mois à Paris était sans doute mieux motivée que celle de ces deux généraux, puisque je rentrais seulement la veille d'une tournée d'inspection qui m'avait tenu occupé sans relâche depuis le mois de juillet, que d'ailleurs je n'avais pas d'aide de camp, etc.; enfin je lui récitai le même chapelet qu'à son chef du personnel, et tout en grommelant et en rechignant, il consentit à ce que je demandais, et je m'engageai à me mettre en route pour ma nouvelle destination le 23 octobre.

Je me retirai fort content de ce délai, qui me donnait largement le temps de me reposer et de faire mes dispositions pour une longue absence de Paris et peut-être de France.

Je pris pour aide de camp le capitaine Dalpuget (1), que j'avais eu, en 1814, pour ofiicier payeur dans le l*' régiment de chasseurs à cheval (chasseurs du Roi); je savais qu'il me serait utile, surtout pour le travail de cabinet, et qu'il pouvait être à la fois aide de camp et secrétaire intime; d'ailleurs il avait, comme moi, fait pendant cinq ou six ans la guerre en Espagne, et il en parlait aussi très facilement la langue, ce qui est un immense avantage en campagne, surtout pour un officier d'ctat-major. Je fis aussi toutes les dispositions que je pensai m'ètre les plus utiles en supposant une guerre en Espagne, et après avoir fait mon service à la chambre duB4)i et avoir pris congé de Sa Majesté et de H. le duc d'Angou-

1770, grenadier au l*' bataillon des volontaires de son d4>arteinent le 13 août 1792, colonel du 0* hussards le l*' mars 1807, général de brigade le 5 décembre 1812, colonel en second du 2* régiment des gardée d'honneur en 1814 ; se distingua t Waterloo et au combat de Roquencourt; lieutenant général le 3 juillet 1815 (non reconna), commandant la brigade d^arant-garde de l'armée dee Pyrénées en 1823, lieutenant général le 19 avril 1823; admis au cadre de rés«nre en 1839.

(1) Dalpuget (Semae), né à Paris le 31 août 1789, f 9 juillet 1861, soldat à la 1" légion de réserve le 18 décembre 1807, lieutenant-quartier-maltre le 15 avril 1812, quartier-maître aux chasseurs du Roi le 15 juillet 1814, capitaine au corps d'état-major le 12 décembre 1818, sous-intendant militaire de 1« classe le 22 déoembie 1845; retraité le 31 décembre 1850.

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