‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 159 sur 218 · A LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES · texte numérisé non relu

A LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES

léme, je me mis en route, comme je m'y étais engagé, aussitôt ma semaine d'octobre finie, et le 30 du même mois, j'étais à Toulouse. Cette première destination m'était d'autant plus agréable que mon frère, le baron de Saint-Chamans était préfet de la Haute-Garonne déjà depuis longtemps, et que je me trouvais ainsi, à mon arrivée dans cette grande ville, établi au milieu de ma famille; ma sœur, la comtesse de Lambertye, s'était réunie à lui à Toulouse, et y faisait les honneurs de la préfecture.

Je trouvai donc bon gîte et bonne mine d'hôte en y arrivant, et j'y aurais volontiers passé tout l'hiver et en fort bonne compagnie, car il y en a beaucoup dans cette grande ville, si les exigences du service ne m'eussent forcé d'en partir après un court séjour, pour me rendre à Saint-Gaudens, où je devais établir le quartier général de la brigade d'avantgarde. Cette brigade faisait partie de la 2* division du corps d'observation, et le lieutenant général comte Liger-Belair (1), qui commandait en même temps la 10* division territoriale à Toulouse, était, mais seulement de nom, aussi commandant de la â* division d'observation; je savais bien qu'il n'était pas destiné à partir avec nous quand nous marcherions sur l'Espagne, car, outre que ses infirmités ne lui permettaient plus de faire la guerre, le ministre et le général Du Coëtlosquet m'avaient confié tous les deux qu'il ne tarderait pas à être remplacé dans son commandement de Toulouse et de la 2* division du corps d'observation.

Je m'établis à Saint-Gaudens, du 10 au 12 novembre; c'est une petite ville fort triste et dénuée de toutes ressources sous le rapport de la société, mais elle se trouvait dans une position favorable relativement au commandement dont j'étais chargé, et je pouvais en peu d'heures me rendre par de belles communications sur la frontière d'Espagne en passant par la petite ville de Saint-Béat, qui n'est qu'à une lieue

(1) Liger-Belair (Louis), né & Vandœuvre (Aube, le 11 juillet 1772, t en 1834, sous-lieutenant au 29* régiment d'infanterie (Dauphin) le 3 mai 1792, chef de brigade du 3* hussards le 17 pluviôse an VII, général de brigade le 15 novembre 1806; capitule & Baylen avec le général Dupont; général de division le 31 juillet 1811 ; admis à la retraite le 11 mars 1827.

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du Pont du Roi, limites des deux royaumes dans cette partie.

Je trouvai à Saint-Gaudens et dans les villages aux environs le 8* régiment d'infanterie légère commandé par le colonel baron Levavasseur (i); le 4' régiment de chasseurs à cheval, commandé par le marquis de Gastries (2), était i Saint- Martory (quatre lieues de Saint-Gaudens); ces deux corps faisaient partie de ma brigade; mon troisième régiment, le 20' de chasseurs à cheval, était détaché avec son colonel, le comte de Sourdis (3), à Tarbes, où il se trouvait momentanément sous les ordres du général comte d'iArbaud^ouques(4), qui commandait le département des Hautes-Pyrénées.

Je commençai, sans perdre un instant, à mettre tous ces régiments sur le meilleur pied pour entrer prochainement en campagne, et dans les ordres que je leur donnais je comprenais surtout les parties de l'instruction militaire et les exercices les plus utiles pour le temps de guerre active, soit théoriquement pendant les mauvais temps d'hiver, soit en simulacres sur le terrain quand nous avions quelques beaui jours; aussi mes chasseurs à cheval devinrent-ils très forts sur le service des avant*postes et sur le maniement de la lance et du sabre (5). Cette instruction était d'autant piofi

(1) Lêvavoiteur (Charles- Amable), né & Rouen le îi juin 1769, f 17 janvier 1S54, garde à. pied dans la garde constitationnolle du Roi le 19 janvier 1792, sous-lieutenant au 61* de ligne le 25 avril 1792, colonel du 15* de ligne le 21 février 1813, colonel du 8* d'infanterie légère le 17 novembre 1820, maréchal de camp le 11 août 1823, admis au cadre de réserve le 22 mars 1831.

(2) Castriêt (Edmond, marquis de), né à Paris en 1787, sous-lieutenant surnuméraire au 5* régiment de chasseurs le 30 mars 1809, aide de camp du prince d'Eckmûhl le 24 juillet 1811, sous-lieutenant surnuméraire aux gendarmes de la garde du Roi le 1*' juillet 1814, colonel des chasseurs de TAriôge (4«) le 27 septembre 1815.

(3) Sourdû (Ange-Théophile, comte de), né A Paris, gendarme d'ordonnance le 24 mars 1807, sous-lieutenant au 9* hussards le 3 juin 1809, sous-lieutenant aux gardes du corps le 19 juillet 1814, colonel du 20* chasseurs (Var) le 27 septembre 1815.

(4) Arbaud-Jovquet (Bache-Augustin-Philippe, comte d'), né i Aix en Provence le 20 juillet 1770, f 13 avril 1831, chevalier de Malte; sert à l'étranger de 1790 à 1813 ; chef d'escadron au 4* régiment des fardes d'honneur le 12 avril 1813, colonel de la légion de la Charente le 16 août 1815. maréchal de camp le 25 avril 1821.

(5) Il y avait à cette époque, dans chaque régiment de chasseurs à cheval, deux escadrons armés de lances.

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