‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 160 sur 218 · CONCENTRATION DE MA BRIGADE · texte numérisé non relu

CONCENTRATION DE MA BRIGADE

nécessaire que^ à l'exception de quelques officiers, notre jeune armée ne comptait dans ses cadres qu'un très petit nombre d'hommes qui eussent fait la guerre; il j avait déjà plus de sept ans que nous étionâ en pleine paix, et tous les soldats et les sous-officiers de l'armée de 1814 et de 1815 étaient rentrés dans leurs foyers après avoir fini leur temps de service. Ces occupations militaires, la correspondance à tenir avec le général comte Liger-Belair, celle que, d'après les ordres du ministre de la guerre, j'entretenais directement, soit avec lui, soit avec le général Du Coêtlosquet, me prenaient une bonne partie de mon temps, mais ce qui exigeait lé plus de soins et d'attention était la police* à établir dans nos cantonnements et surtout sur la chaîne des avant^postes répartis le long de la frontière : une surveillance active était d'autant plus indispensable sous ce rapport qu'on s'inquiétait outre mesure, à Paris, des points de contact qui pouvaient s'établir entre nos jeunes soldats et les révolutionnaires espagnols, et à presque tous les courriers, je recevais à ce sujet de longues dépèches du ministre de la guerre, qui était vivement poussé sur cet article par son collègue le ministre de l'intérieur, chargé de la police générale du royaume. Tantôt Leurs Excellences écrivaient (lettre du 31 octobre) qu' c il se formait en Espagne

* et près de nos frontières un corps de partisans destiné à i faire une tournée en France, et composé de libéraux, réfu-

< giés italiens et français; ce corps devait être sous les ordres « d'un officier général français, qui se déguisait sous le nom

* de Legros et dont on n'avait pu savoir le véritable nom; mais

< on savait qu'un des deux généraux Lallemand (1) commani derait sous lui; quatre cents uniformes de l'ancienne garde

< impériale française étaient en dépôt à Saint-Sébastien; des-

< tinés aux réfugiés et aux transfuges français , avec les « armes et les munitions nécessaires. Un second corps orga-

< nisé de même et dans le même but, composé de réfugiés

(1) Les doux frères LaUemand s'étaient tellement compromis dans le parti bonapartiste et oontre les Bourbons» é, l'époque da 20 mars 1815, qu'ils durent, après la porte de la bataille de Waterloo, se réfugier en pays étranger; on les supposait, en 1822, ralliés aux révolutionnaires espagnols. {Noté de raukur,)

c napolitains et piémontais, commandé par Oliaî, Ausoldi et c Régis, se formait à Barcelone et Girone : ces corps n'atten- « daient pour entrer en France que les avis des meneurs du c comité de Paris, avec lesquels ils étaient en grande corresc pondance. Des écrits incendiaires, des proclamations au nom « de Napoléon II, étaient imprimés et devaient être répandus c dans le corps d'observation pour y provoquer une défection c à laquelle on le croyait disposé. >

Enfin on citait deux ou trois officiers ou généraux français, résidant en ce moment même en France, comme fort compromis dans toutes ces menées révolutionnaires.

Une autre fois (lettre du 3 novembre), < Nantil et Delàc motte (1) étaient débarqués dans un port sur la côte de t Biscaye avec le projet d'organiser un bataillon de déserteurs c français et de venir ensuite se présenter ainsi devant nos f troupes dans le but d'exciter nos soldats à la désertion, f tandis que divers officiers ou agents espagnols, parmi lesc quels on citait don Augustin Fernandez, administrateur des c tabacs de la Havane, don André Pachez et son frère c don José l'adjudant général devaient entrer en France sous c divers prétextes pour y répandre des proclamations incenc diaires. >

Ces balivernes, inventées et colportées par la police de Paris pour se donner quelque importance et surtout pour se faire allouer plus d^ fonds secrets, étaient ordinairement signées par M. Franchet-Despéreux, directeur de la police à cette époque; il fallait que cet homme créât lui-même ces faux bruits, ou qu'il fût bien grossièrement joué par ses agents pour donner une pareille importance à de telles billevesées; d'un autre côté, le lieutenant général Liger-Belair, qui ne voulait pas être en reste avec les trembleurs de Paris, m'écrivait de Toulouse le 45 novembre qu'il était instruit que les francs-maçons du rit de Misraïm et d'autres rits, cherchaient à accaparer nos soldats et nos sous-officiers aûn de s'en faire des partisans et de les diriger dans une mauvaise voie.

(1) Officiers français compromis récemment dans une conspiration militaire libérale et qui s'étaient réfugiés en pays étranger.

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