‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 162 sur 218 · EMBARRAS CRÉÉS PAR LA POLICE · texte numérisé non relu

EMBARRAS CRÉÉS PAR LA POLICE

même du désaccord qui régnait parmi les divers membres du ministère, relativement aux affaires d'Espagne; le duc de Bellune voulait intervenir activement et ouvertement, fournir des armes, des munitions, etc., aux troupes royales dites V Armée de la foi et se mettre en mesure de faire entrer en Espagne l'armée française qui y pénétra au printemps suivant, tandis que M. de Villèle, président du conseil et ministre des finances, et M. de Corbière, ministre de l'intérieur, répugnaient fort à intervenir et désiraient maintenir la France dans une ligne de stricte neutralité; dans cet état dé choses, il est arrivé qu'au moment où le duc de Bellune me faisait prévenir confidentiellement que des caisses de fusils expédiées pour l'Armée de la foi, soit par ses ordres secrets , soit par suite d'entreprises commerciales, étaient en route et devaient incessamment franchir la frontière sur un point situé dans mon commandement, en me prescrivant de favoriser leur passage par tous les moyens qui étaient en mon pouvoir, les autorités civiles recevaient en même temps du ministre de l'intérieur les instructions les plus positives pour ne laisser entrer en Espagne ni armes ni munitions de guerre, et j'ai pu un jour prévoir la chance où je me trouverais forcé de faire charger les douaniers français par les troupes françaises pour nous conformer, les uns et les autres, aux instructions que nous recevions du gouvernement.

Au reste l'Armée de la foi, qu'on voulait bien appeler la Vendée espagnole, était si misérablement organisée que, quand nous lui aurions fourni des milliers de fusils, elle n'aurait pas été plus en état de lutter contre l'armée constitutionnelle; aussi le baron d'Eroles, général en chef royaliste et digne par son zèle, sa bravoure et ses moyens militaires de commander à de meilleurs soldats, après avoir essayé de lutter pendant peu de temps contre les troupes constitutionnelles qui, sous les ordres de Mina, lui faisaient une guerre active, finit par être mis dans une déroute complète, et son fantôme d'armée fut si bien dispersé que, n'ayant plus autour de lui un seul homme de troupe, il se trouva bien heureux de pouvoir arriver à mes avant-postes, et il me

tomba comme du ciel, à Saint-Gaudens, le 11 décembre, avec trois officiers d'état-major espagnols et le comte de Crénolle (1), générai français mis en retraite depuis quelques années et qui avait été en amateur faire cette campagne avec l'Armée de la foi : c'était pour le moment tout ce qui se trouvait réuni du grand état-major de cette armée.

Le baron d'Ëroles se présenta cbez moi dès son arrivée à Saint-Gaudens, et me demanda un entretien particulier que nous fixâmes pour le lendemain matin, car il était déjà tard et il se trouvait très fatigué des courses des jours précédents.

Il commença notre conversation en me priant de faire connaître à mon gouvernement que, s'il n'était promptement appuyé par les troupes françaises, il n'était plus en position de continuer la guerre en Catalogne; que les bommes^dont il pouvait disposer dans cette province commençaient à se décourager, qu'ils manquaient de tout, armes et munitions de toutes espèces et d'habillements; qu'il n'y avait pas dans cette armée, pour les commander, d'officiers capables, et qu'enfin elle se trouvait tellement dispersée, par suite de la défaite qu'elle avait essuyée le 28 novembre, qu'il n'avait plus connaissance que d'une centaine d'hommes réunis à Sterry.

Je l'assurai que je ne perdrais pas un moment pour faire

passer au ministre de la guerre les renseignements qu'il me

donnait sur la position de l'Armée de la foi, et, effectivement,

j'en fis le sujet d'une dépêche confidentielle qui fut expédiée

e jour môme.

Il me fallut subir ensuite un long récit de ses opérations militaires pendant les deux derniers mois : il attribuait ses revers à la trahison d'un des chefs de l'Armée de la foi, nommé Romanîllo ; mais dans tout ce qu'il me dit à ce sujet, j'aperçus plutôt de la mésintelligence et de la jalousie de commandement entre eux et incapacité de la part de Romanillo que trahison dans ce dernier.

(1) De Quengo, comte de Crénolle (Guy-Auguste-François), né i Paris le 6 juin 1764, cadet gentilhomme au régiment de Béam le 6 juin 1776, souslientenant le 3 février 1778» émigré , ne rentre en France qu'en 1614, maréchal de camp le 20 août 1814, retraité le 20 décembre 1820.

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