ENTRÉE EN ESPAGNE
altercations avec son lieutenant général le comte de Loverdo (1), ce dernier l'avait mis aux arrêts forcés, sans armes, et avec ordre de marcher à la queue de sa brigade. Je trouvai la punition sévère, surtout devant l'ennemi, et infligée à un officier général commandanUce jour-là Tavant-garde du corps d'armée, et le lendemain j'allai trouver le général en chef comte Molitor pour lui en exprimer ma surprise et essayer s'il n'y aurait pas moyen de faire cesser ce fâcheux état de choses; mais le général en chef, qui, je crois, était prévenu de longue main contre Potier, avait déjà profité de cette .occasion pour demander qu'il fût envoyé dans un autre corps d'armée, et deux jours après il fut remplacé dans le commandement de sa brigade par le général Bonnemains (2), tandis qu'il alla luimême prendre celui d'une brigade faisant partie des troupes qui devaient rester en observation devant Pampelune. Je ne le revis plus qu'en France, après la paix conclue, mais je sus qu'il avait fait une triste campagne et sans résultat avantatageux pour lui.
Notre corps d'armée se déploya dans la plaine, à une portée de canon des fortifications de Pampelune, et le comte Molitor, après avoir ainsi montré ses forces à la garnison de cette place et aux habitants qui en couvraient en foule les remparts, envoya un officier en parlementaire sommer, au nom du roi Ferdinand VII, le gouverneur d'en ouvrir les portes à l'armée française. Mais cette démarche fut sans résultat, et au fait le gouverneur, qui pour le moment n'avait pas d'attaque sérieuse à craindre de notre part, aurait été bien inepte ou bien lâche
(i) Loverdo (Nicolas, comte de), né le 6 août 1773 à Cêphalonie (lies Ioniennes), f 26 juillet 1837, aspirant dans l'artillerie le 17 septembre 1792. colonel et chef d'état-major de la division Boudet, & Essling; sous-chef d'état-major de Tannée de Portugal le 21 avril 1810, général de brigade le 19 novembre 1813, lieutenant général le 14 juillet 1815.
(2) B&nnemainê (Pierre, baron), né à Tréauville (Manche) le 13 septembre 1773, adjudant-major de la garde nationale de la Manche le i*' avril 1792, sous-lieutenant le 20 mai 1793 au 12« régiment de dragons, colonel dn 5* régiment de chasseurs le 20 septembre 1806, baron de l'Empire avec dotation le 19 mars 1808, général de brigade le 6 août 1811, général de division le 3 juillet 1815 (non reconnu), général de division le 22 juin 1823, gentilhomme de la chambre du Roi au mois d'avril 1828, placé dans le cadre de réserve en 1840.
de nous livrer sa place. Il fallut donc s'en éloigner afin de continuer notre marche 8urSaragosse,qui était notre premier point de direction et où, disait-on, le général Ballesteros, à la tête d'une belle et nombreuse armée, nous attendait pour nous livrer bataille; nous devions ensuite, après nous être emparés de Saragosse, nou^ diriger vers la Catalogne, dans le but d'établir une communication directe entre le 4* corps d'armée qui opérait dans cette province sous les ordres du maréchal Moncey et le gros de l'armée française en Espagne.
Le lieutenant-général de Conchy (1), à la tète d'une faible division, resta devant Pampelune pour en observer la garnison.
Dans notre mouvement de cette ville sur Saragosse, nous traversâmes un pays tout à fait religieux et royaliste qui, n'étant plus comprimé par la crainte qu'inspirait la garnison de Pampelune, nous vit arriver et nous reçut avec une joie et un enthousiasme que nous n'avions pas encore trouvés au même degré parmi le peuple espagnol^ dont l'accueil, lors de nos premières marches sur son territoire, sans être hostile, avait été assez froid; mais, plus nous avancions dans l'intérieur, plus je découvrais de motifs d'espérer un bon succès dans la guerk« que nous entreprenions. Les populations ayant en tète leurs autorités, et surtout les curés et les ordres religieux, se portaient en masse au-devant de nous dans l'ivresse du plaisir, et je me rappelle notamment qu'en entrant dans la petite ville de Tafalla, les habitants enthousiasmés du bonheur de voir les Français, s'étant fait indiquer le général qui commandait cette avant-garde, se ruèrent en foule autour de mon cheval pour me baiser la botte, et ils y mettaient tant d'ardeur que je vis le moment où ils me jetteraient par terre. A la porte de cette même ville un rassemblement de moines nous attendait avec des rafraîchissements de toutes espèces, et ces bons Pères^ après
(1) De Conchy (Vioceat-Martel, baron), né A Gutscard (Atsn«) le 81 janvier 1768, sous-lieutenant au 56* d'infanterie le i*' avril 1792, commandant du 25* régiment d'infanterie légère en janvier 1810, général de brigade le 8 février 1813, lieutenant général le 21 avril 1821, commandant de la 7* division du 3* corps de Tarmée des Pyrénées; mort le 26 août 1823, pendant le blocus de Pampelune.