‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 171 sur 218 · OVATIONS FAITES A L'ARMEE · texte numérisé non relu

OVATIONS FAITES A L'ARMEE

En 1808, les femmes... mais il faut mettre fin à ce parallèle contraste qui me mènerait plus loin que je ne veux aller et sur lequel on pourrait écrire un gros volume; je me contenterai donc en résumé de faire remarquer qu'en 1808, nous étions venus en Espagne pour appuyer par les armes françaises la trahison infâme que Napoléon avait commise envers le peuple espagnol et la famille roycde d'Espagne et établir son frère sur le trône de Charles-Quint, tandis qu'en 1823, nous venions rendre à ce peuple, alors essentiellement monarchiste et religieux, son roi retenu prisonnier dans Cadix par une armée en révolte et la faction républicaine, et protéger ses prêtres proscrits et persécutés par ce môme parti.

Trois jours après notre départ de Tudela, nous entrions sans la moindre résistance dans l'héroïque ville de Saragosse, où la population nous reçut avec le même enthousiasme que celles de Tafalla et de Tudela. J'y fus logé chez la comtesse de TarreS'Secas y CasteUBIanco^ jeune et jolie Péruvienne mariée et établie depuis peu de temps en Espagne. Nous y fûmes aussi bien accueillis qu'à Tudela; cependant, nos troupes se procurèrent difficilement des vivres dans cette grande ville, bien que tout s'y trouvât en abondance, mais notre intendance militaire et notre administration des vivres s'étaient mises d'avance en rapport avec les autorités locales, soi-disant pour établir le bon ordre dans les distributions, et il s'ensuivit qu'il n'y eut pas de distributions du tout le premier jour, et j'eus le chagrin de voir les chevaux de ma cavalerie rester attachés par le licol pendant trente-six heures dans les écuries de la caserne, sans qu'on pût obtenir pour eux une ration d'orge ou de paille; je passai la journée aux trousses de nos intendants militaires pour faire cesser ce fâcheux état de choses, mais ces messieurs étaient trop occupés à se bien caser dans cette grande ville pour se déranger en faveur de nos chevaux, et j'y perdis mon temps; le lendemain je pris enfin mon parti de parler des grosses dents à cette maudite race, et je reçus peu d'heures après du général en chef comte Holitor l'ordre d'aller établir ma brigade en avant* postes sur la rive gauche de TEbre, à Pina, où, disait-on^

l'armée de Ballesteros avait montré, des tètes de colonnes.

J'eus plusieurs fois dans cette campagne l'occasion de remarquer que le comte Molitor était un très bon général sous les rapports de stratégie et de tactique, mais il ne se mêlait pas assez de l'administration de son armée; il s'en fiait aveuglément pour cela à son intendant militaire, sans exercer sur ce dernier la surveillance nécessaire; aussi étions-nous souvent très malheureux dans son corps d'armée sous le rapport des vivres et des établissements d'hôpitaux, et cependant, en raison de la richesse, de la fertilité et des ressources en tout genre des provinces qu'une armée si peu nombreuse a occupées successivement pendant cette campagne, on aurait dû être parfaitement bien si le général en chef s'était donné la peine de stimuler le zèle de l'administration et d'en surveiller les actes de plus près. Je sais bien que dans son cabinet il dictait à ses secrétaires les ordres nécessaires pour que l'intendant militaire dût pourvoir aux besoins de la troupe, sous tous les rapports, mais quand il avait signé et expédié ces ordres, il s'imaginait avoir fait tout ce qu'il pouvait et devait faire pour l'administration de son armée, tandis qu'au contraire il n'avait rien fait; car ce n'est pas à l'expédition de pareilles mesures qu'un général en chef doit se borner, mais à en surveiller et à en assurer l'exécution, et c'est ce dont il ne s'est jamais occupé. Son insouciance dans cette partie essentielle eût été dans tout pays une faute grave, mais elle devenait énorme en Espagne, où nos succès dépendaient beaucoup plus de la bonne discipline de nos troupes que des combinaisons stratégiques de notre général; or, comment maintenir une exacte discipline avec des soldats auxquels on ne donne pas les rations de vivres qu'ils doivent recevoir? Ils se livrent alors à la maraude, car il faut bien qu'ils trouvent à manger.

Il y avait d'ailleurs malheureusement, dans notre corps d'armée, un fond d'idées d'opposition libérale qu'on pouvait surtout remarquer parmi les intendants militaires et les agents de l'administration, et la plupart de ces misérables n'auraient pas été fâchés de faire manquer, ou au moins de compromettre

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