‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 173 sur 218 · OPÉRATIONS EN CATALOGNE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS EN CATALOGNE

le commandement duquel sa place était comprise, et de demander des renforts.

Je restai dans cette position environ dix jours, pendant lesquels, ayant tendu une embuscade à la cavalerie de la garnison de Lérida, qui avait la maladresse de venir tous les jours à la môme heure et par le même chemin reconnaître notre position de Soses, je lui sabrai quelques hommes et lui fis des prisonniers; cette affaire était sans importance, mais je fus satisfîiit de la bravoure et de l'ardeur que montrèrent nos jeunes chasseurs, et si leurs chevaux avaient été en meilleur état, ils auraient sabré ou pris tout le détachement ennemi, qu'ils poursuivirent jusque sous le canon de Lérida.

Le 17 mai, ma brigade fut relevée de ces positions par celle du général Bonnemains et je m'avançai sur Balaguer, où disaitron, des détachements de l'armée de Mina avaient paru, mais je ne les y trouvai pas, et ayant reçu l'ordre de pénétrer plus avant en Catalogne jusqu'à ce que j'y eusse rencontré les troupes du maréchal Moncey, ou l'ennemi en forces supérieures, je continuai mon mouvement de Balaguer dans la direction de Barcelone, mais je n'étais encore qu'à trois lieues de la première de ces villes quand les éclaireurs de ma colonne me firent prévenir qu'ils avaient en vue un détachement ennemi assez nombreux; je pris aussitôt un temps de galop pour juger par moi-môme de la force de cette troupe qui, de son côté, nous avait fait reconnaître, il se trouva que c'était un fort parti de l'armée royale du baron d'Eroles qui était sous les ordres du maréchal Moncey; ce détachement avait pour but de communiquer avec notre corps d'armée, et notre rencontre ayant eu lieu près d'Agramunt, je m'établis dans cette ville le 24 mai et je remis au chef des Espagnols différentes lettres que le comte Molitor m'avait envoyées pour faire passer au maréchal Moncey et au baron d'Eroles; j'écrivis en môme temps à ce dernier pour le prévenir que je me trouvais avec une forte brigade d'avant-garde à Agramunt et que les autres divisions du 2* corps d'armée étaient en position à Balaguer et à Fraga.

Le double but pour lequel j'avais été lancé sur la Catalogne

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ayant été atteint, je ne m'arrêtai pas à Agramunt, et le lendemain 25, je rétrogradai sur Balaguer.

Le général en chef comte Molitor, qui était resté à Fraga, ayant reçu mon rapport, se mit aussitôt en marche vers le royaume de Valence, dirigeant d'abord son corps d'armée sur Caspe, où nous passâmes TEbre dans des bacs, et de là sur Téruel. Le général Pamphile Lacroix m'envoya l'ordre de suivre ce mouvement, de manière qu'après avoir formé l'avant-garde du corps d'armée, je me trouvais dans cette marche en faire l'extrême arrière-garde, et comme tel chargé de faire suivre tous les éclopés, les malades, les voitures d'artillerie ou fourgons de vivres mal attelés, et enfin d'arrêter les mouvements de l'ennemi, si, de Lérida, il faisait mine de nous suivre, fantaisie qui au reste ne lui prit pas, et je lui en sus très bon gré; car, avec les embarras que me donnaient journellement les traînards et les malades, pour lesquels il fallait à chaque instant se procurer des moyens de transport, et la difficulté de faire vivre un grand nombre d'hommes et de chevaux dans un pays que les autres divisions du 2* corps venaient de traverser avant moi, si un ennemi entreprenant m'avait suivi et attaqué, j'aurais eu bien de la peine à me tirer d'affaire sans éprouver des pertes notables, d'autant plus que je n'avais pas de secours à attendre, puisque les autres troupes du corps d'armée étaient à deux journées en avant de ma colonne; mais le général Molitor en ordonnant ainsi sa marche avait sans doute compté sur la faiblesse et la lâcheté des généraux constitutionnels, et l'événement prouva qu'en cela il avait bien calculé.

Nous faisions de grandes journées, car les villages sont éloignés les uns des autres dans cette partie de l'Espagne; les chaleurs étaient déjà fortes (dans les premiers jours de juin); nous étions donc très fatigués, et un repos nous était annoncé à Téruel, ville grande et pleine de ressources, mais en y arrivant nous reçûmes du comte Molitor l'ordre de nous diriger sur-le-champ et à marches forcées sur Murviedo, ville dont la citadelle est dans une [très forte position. Les royalistes espagnols s'en étaient emparés depuis peu de

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