OCCUPATION DE VALENCE
temps, et Tarmée de Ballesteros les y tenait assiégés et les serrait de si près qu'ils se trouvaient réduits à la dernière extrémité surtout par le manque total de vivres et de munitions; ils avaient en conséquence envoyé des émissaires au comte Molitor pour l'en prévenir et lui demander de venir en toute hâte les dégager.
La conservation du fort de Murviedo était importante pour le succès de la campagne, et il était essentiel qu'il ne fût pas occupé par les troupes de Ballesteros; le comte Molitor, persuadé que ce général nous attendrait devant cette place, nous promettait une bataille pour lui en faire lever le siège, et il n*en fallut pas davantage pour rendre des jambes à nos jeunes soldats qui avaient encore plus d'envie de se battre que de se reposer; les six étapes de Téruel à Murviedo furent donc franchies en peu de jours, au milieu de fatigues et de privations inouïes, et nous eûmes le chagrin, en approchant de cette dernière ville, d'apprendre qu'à l'arrivée du comte Molitor, qui, à la tète de la division Loverdo, marchait un jour en avant de nous, Ballesteros s'était précipitamment retiré en abandonnant son artillerie de siège et ses munitions et qu'ainsi la citadelle de Murviedo se trouvait délivrée sans combat.
Ballesteros, dont l'armée se fondait par la désertion, ne s'était môme pas arrêté pour couvrir et défendre Valence, et le comte Molitor y établit son quartier général et nous donna l'ordre de rester à Murviedo, pour y prendre le repos dont nous avions un si grand besoin; nous y séjournâmes du 13 au 24 juin. J'eus pendant ce temps l'occasion de voir souvent le gouverneur royaliste du fort, don José Spueng, et d'avoir de sa propre bouche tous les détails du siège qu'il venait de soutenir; il n'avait avec lui que 3 à 400 hommes armés de fusils, le reste de sa garnison se composait de paysans armés de piques, ou môme de fourches, il avait cependant avec ces faibles moyens repoussé plusieurs assauts. « Mais il était bien temps, ajoutait-il, que l'armée française arrivât; si elle avait tardé deux ou trois jours de plus nous étions perdus, car je n'avais plus ni vivres ni munitions, et les soldats de Balles-
teros, qui tous les jours venaient sous les remparts nous injurier et nous menacer, promettaient bien de ne pas nous faire de quartier. >
Et ils leur auraient certainement tenu parole, car ces bons chrétiens d'Espagnols se faisaient la guerre en vrais Turcs, et ils n'avaient pas de plus grand plaisir que dégorger leurs prisonniers, quand ceux-ci étaient des compatriotes; aussi don José m'assurait-il que, plutôt que de se rendre, il aurait essayé de faire une trouée au travers de l'armée constitutionnelle; mais vu l'exiguïté de sa garnison, il aurait eu bien peu de chances de succès.
Nos régiments, pendant le repos qu'on nous laissa, d'abord à Murviedo et ensuite à Valence, se remirent en état de continuer la campagne avec activité. Un bonheur plus grand encore nous attendait dans cette dernière ville, c'était d'y perdre notre lieutenant général et son secrétaire, sa calèche et son fourgon, car tout ce bagage réuni, personnel et matériel, faisait plus de tort à l'esprit de notre division, en attirant sur le général qui la commandait la déconsidération et les railleries méprisantes des soldats, et même des officiers, que les marches forcées et les chaleurs d'Afrique, dont physiquement nous avions tant souffert : la discipline et le moral de la troupe commençaient à se ressentir de ce fâcheux état de choses; plus nous avancions dans le pays, moins le ménage Pampbile se gênait, et le ridicule de cette position augmentait tous les jours par mille petits détails inconvenants, qui devenaient bientôt publics en raison du peu de soin que le lieutenant général mettait à les cacher, car ce pauvre homme, dans son aveuglement, s'imaginait que nous voyions des mêmes yeux que lui son hideux secrétaire. Ainsi donc pendant l'excessive chaleur de l'été nous étions obligés, pour exécuter nos longues marches, de partir au point du jour et même dans la nuit; les troupes étaient rassemblées et sous les armes à l'heure prescrite, mais le heutenant général différait toujours, sous quelque prétexte, de nous mettre en marche jusqu'à ce que madame eût passé ses bottes et ses culottes, ce qui nous retardait quelquefois de plus d'une heure, et quand