‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 176 sur 218 · OCCUPATION DE GRENADE · texte numérisé non relu

OCCUPATION DE GRENADE

et son intendant militaire, M. Deiamarre (i), étaient tous deux dépourvus de zèle et de capacité.

Enfin, le 27 juillet, il acquit la certitude que Ballesteros Tattendait dans la forte position de Campillo de Arenas, gros bourg situé sur la route de traverse de Grenade à Jaen. Cette route devient impraticable pour les voitures en approchant de Campillo, et elle est généralement peu fréquentée.

Quoique le général Molitor se fût encore affaibli depuis quelques jours en détachant cinq bataillons et un régiment de cavalerie sous les ordres du maréchal de camp baron Ordonneau (2), pour aller prendre possession de Grenade qu'on savait évacuée par Tennemi, et nous en conserver intactes toutes les ressources, il ne balança pas à faire ses dispositions pour attaquer l'armée constitutionnelle dans sa position de Campillo, et, ayant dirigé de Montes-Icar la division Loverdo et Tavant-garde du général Bonnemains par la route de droite, il suivit avec notre division, une brigade de dragons en réserve et toute l'artillerie, la route de gauche; mais il fallut laisser nos pièces à trois quarts de lieue de Campillo, le mauvais état de la route ne permettant pas aux voitures d'en approcher davantage, et donner deux bataillons à cette artillerie pour la garder, ce qui réduisait la force totale de notre corps d'armée, en combattants, à moins de 7,000 hommes.

Je marchais avec les 4* et 20» régiments de chasseurs en tête de la colonne de gauche, dont le comte Molitor suivait le mouvement, et nous ne tardâmes pas à rencontrer deux esca-

brigade le 11 septembre 1812, baron de l'Empire le 28 avril 1813, chef d'état-major des gardes-nationales de la Seine pendant les Geot-jours, pair de France le 9 novembre 1839; retraité comme général de division en 1848.

(1) Deiamarre (Etienne-Nicolas), né & Beauvais le 21 avril 1774, f l'^" septembre 1838, entré au 23* bataillon de Paris le 20 novembre 1793, élève commissaire des guerres le 27 novembre 1798, intendant militaire le 11 septembre 1823; retraité le 14 août 1834.

(2) Ordonneau (Louis, vicomte), né à Saint-Maurice (Charente-Inférieure) en 1770, f 1855, volontaire à Bordeaux en 1792; se fit remarquer en Bspagne, notamment au siège de Tarragone et aux combats du col d'Ordal et de Villafranca; générai de brigade le 12 juin 1813; se distingua é. Tarmée de Lyon en 1814; pendant la campagne de 1823, fut nommé lieutenant général et gouverneur de Cadix; mis en non-activité en 1829.

drons espagnols qui venaient de Campiilo, sans doute pour reconnaître notre marche; mon escadron d'avant-garde (du 20* régiment de chasseurs) les chargea avec la plus grande vigueur, et les mit dans une déroute complète après leur avoir tué ou pris plus de trente hommes, dont deux officiers supérieurs et plusieurs capitaines; je hâtai alors la marche de ma colonne, car il était important de tomber sur Tennemi avant qu'il eût le temps de se reconnaître, et il n'était pas douteux que cette cavalerie, que nous venions de battre, n'allât lui porter rapidement la nouvelle de notre approche; mais comme elle n'avait pu voir qu'une partie de notre avantgarde, cette rencontre ne pouvait pas apprendre positivement â Ballesteros que toutes nos forces marchaient contre lui, et je pense qu'il n'en eut la conviction que lorsque mes chasseurs parurent sur les hauteurs qui dominent le bourg de Campiilo de Arenas, car, nonobstant les difficultés du chemin, qui n'est qu'un sentier raboteux dans lequel nous ne pouvions marcher que par un, nous le descendions si rapidement et avec tant de confiance, malgré les mouvements des Espagnols que nous découvrions parfaitement, qu'il était clair que l'armée n'était pas loin.

Le sentier par lequel ma troupe débouchait dominait complètement le village, et nous apercevions distinctement dans les rues et sur la place l'infanterie espagnole (dont cependant une bonne partie était déjà formée en bataille à la sortie de Campiilo) évacuer précipitamment cet endroit pour courir occuper les positions où son général voulait nous livrer bataille, et lorsque nous entrâmes dans Campiilo, ce fut au milieu des coups de fusil de ces fantassins, qui n'avaient pas eu le temps de se rallier au gros de leur troupe et dont la plupart furent sabrés et faits prisonniers dans le village même où, du reste, le feu était très vif, ce qui n'empêcha pas les habitants enthousiasmés de nous posséder au milieu d'eux et, dans le délire de la joie de nous voir sabrer aussi vigoureusement leurs compatriotes constitutionnels, de venir m'indiquer les directions qu'il fallait prendre pour attaquer avec avantage l'armée espagnole dans ses positions et me

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donner des renseignements précis sur sa force en cavalerie et en infanterie (i).

Les montagnes escarpées, dont Ballesteros avait fait occuper les sommets par son infanterie, étaient séparées du bourg de Campillo par quelques hauteurs moins élevées d'où l'on pouvait-arriver à la position de l'infanterie ennemie par une pente moins raide que je ne l'avais pensé au premier coup d'oeil; j'eus promptement, à la tête de mes deux régiments de cavalerie, gravi ces premières montagnes, sous un feu assez vif, mais qui, mal dirigé, nous fit peu de tort (2); bientôt je

(1) Dans des documents sur la bataille de Campillo de Arenas fournis par un militaire qui parait bien instruit et insérés dans VHittoire de la campagne éTEtpagne en 1823, par A. Hugo» il est dit : « Les bataillons du génériû Pelleport et les escadrons du général Saint-Chamans arrivèrent en même temps à Campillo ; appuyée de deux compagnies de voltigeurs des 24* et 39« régiments, la cavalerie débusqua l'ennemi du village, etc. »

Ce détail est totalement inexact : l'infanterie du général Pelleport, malgré Tardeur dont elle était animée, ne pouvait pas suivre ma cavalerie, qui avait constamment marché au trot depuis notre rencontre avec la cavalerie ennemie, et effectivement la tête de la brigade d'infanterie Pelleport n'arriva à Campillo que plus d'une demi-heure après que je me fus emparé de ce village et que je l'eus dépassé pour charger les Espagnols postés sur les hauteurs qui ferment la vallée dans la direction de Jaen et de Gambil ; M. le comte Molilor le sait bien, car il marchait avec cette infanterie; mais si, comme je le crois, les détails que je viens de citer sont extraits de son rapport officiel sur l'affaire de Campillo, il faut penser que ce général en chef a voulu d'abord rehausser le mérite de ses combinaisons stratégiques, par la précision avec laquelle ces diverses colonnes seraient arrivées ensemble sur le point d'attaque, et ensuite avoir une occasion de parler du général Pelleport (qui, du reste, est un excellent général d'infanterie), auquel il voulait dans cette circonstance faire obtenir le grade de lieutenant général, et qui l'eut en effet, mais qui n'avait pas besoin, pour y arriver, d'entrer k Campillo de Arenas en même temps que moi, et qui certes n'aurait pas, lui, dans le récit de cette affaire, commis une pareille inexactitude, car c'est un homme juste et véridique, et il sait bien que ma cavalerie pour débusquer l'ennemi du village n'avait été appuyée d'aucun voltigeur et qu'elle n'en avait pas eu besoin. Plus tard, quand je poursuivais l'infanterie espagnole sur la route de Jaen, sans doute l'appui de nos voltigeurs m'eût été essentiel, mais même dans ce moment-là ils étaient encore en arrière. {Note de V auteur.)

(2) Je reçus dans cet instant une balle qui vint s'aplatir sur le fourreau de mon sabre sans me faire d'autre mal que de m'occasionner une secousse très vive ; mon cheval, frappé à la hanche par le recul du fourreau, en resta boiteux pendant quelques instants.

Dans cette attaque, par ma cavalerie, de l'infanterie ennemie si avantageusement postée, les Espagnols auraient dû nous anéantir par leur feu de mousqueterie, mais ils furent étourdis de notre audace et n'ajustaient pas leurs coups. (NoU de VauUur.)

me trouvai, avec la tête de colonne du 4* régiment de chasseurs, à portée, malgré les difficultés du terrain, de charger la ligne espagnole, et j'ordonnai à l'officier commandant le premier peloton de tomber vigoureusement sur un fort détachement d'infanterie, qui occupait un mamelon d'où il nous fusillait avec avantage; cet officier, pour exécuter mon ordre, piqua des deux, mais son cheval ne se souciait pas d'avancer, et il me sembla que son peloton était de l'avis du cheval; dans le même instant, les deux capitaines de cet escadron tombèrent à la fois, l'un grièvement blessé d'une balle dans le corps, et l'autre, ayant son cheval tué; mon officier d'ordonnance fut aussi démonté de la môme manière; je remarquai à cet instant quelque hésitation dans la tête de colonne et je me lançai en avant, suivi de mon aide de camp, en criant au i" escadron de me suivre, mais il ne bougea pas et force fut de m'arrêter. Un jeune officier du régiment, le comte de Croix (1), me rejoignit alors, et me proposa d'entamer la charge avec son peloton, qui était le 2* dans la colonne; je lui en donnai l'ordre (et il le fallait bien puisque le !•' restait immobile), et suivi de tout son monde il se porta résolument sur le point que je lui avais indiqué; je me lançai en môme temps en avant, et le reste de l'escadron et tout le régiment me suivirent sans balancer; en un clin d'oeil, cette infanterie espagnole fut sabrée, prise ou dispersée. Les bataillons espagnols qui se trouvaient en ligne sur ce point, se voyant abordés et tournés par notre cavalerie dans une position qu'ils avaient crue inexpugnable, se mirent en déroute et gagnèrent à toutes jambes le revers de la montagne, afin de faire leur retraite par la route de Jaen; nous fîmes bon nombre de prisonniers dans cet instant, mais l'escarpement de ces montagnes, coupées d'ailleurs en tous sens par des ravins plus ou moins profonds, ne nous permit pas

(1) Croix d*Heuehin (Ernest-Charles-Eugône, comte de), né à Paris le 27 août 1803, f ^3 °^&rs 1874, élève de l'École spéciale militaire en 1819, sous-lieutenant au 4* régiment de chasseurs en 1821, mis à l'ordre du jour de l'armée d'Espagne et décoré de la Légion d'honneur, accompagna en 1826 le duc de Raguse au sacre de Tempo reur de Rnssie ; démissionnaire en 1832, sénateur de l'Empire le 26 janyier 1852.

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