‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 177 sur 218 · POURSUITE DE BALLESTEROS · texte numérisé non relu

POURSUITE DE BALLESTEROS

de pousser plus loin nos avantages; si nous avions été en plaine, il ne se serait pas, après cette charge vigoureuse, sauvé un seul homme de l'infanterie ennemie, d'autant plus qu'elle était abandonnée de sa cavalerie, qui ne donna pas du tout dans cette bataille.

Après avoir ainsi débusqué les troupes de Ballesteros des positions qu'elles occupaient vis-à-vis de nous, je fus forcé, pour me mettre à leur poursuite, de faire un mouvement par ma droite, afin de descendre sur la route de Jaen, mais cette route n'était autre chose qu'un torrent à sec, si étroit et si tortueux que nous n'y pouvions marcher que par deux, et sans trouver d'emplacement pour nous former en pelotons; aussi quelques hommes d'infanterie espagnole, qui s'étaient ralliés, nous y arrêtèrent par un feu très vif et presque à bout portant sur la tète de ma colonne (1); étant privés de notre infanterie, nous nous trouvâmes entassés dans ce misérable sentier, sans avancer ni reculer, mais au même instant, les généraux Bonnemains et Loverdo, qui poussaient vigoureusement devant eux les troupes de Ballesteros qui leur étaient opposées, débouchèrent sur ma droite, et je me trouvai ainsi libre de mes mouvements; ces deux généraux ayant fait, peu de moments après, leur jonction avec l'infanterie du général Pelleport, à la tête de laquelle marchait le comte Molitor, ces troupes réunies s'élancèrent sur les masses d'infanterie espagnole qui essayaient de se rallier de position en position et les poursuivirent si vivement, malgré Tescarpement de ces montagnes, que l'ennemi ne put tenir sur aucun point, ni reformer une ligne de bataille ; sa déroute devint

(1) M. de Vernège, capitaine k Tétat-major général de notre corps d'armée, et qui, après m'avoir apporté un ordre du comte Molitor, était constamment resté près de moi, fut grièvement blessé dans cet instant d'une balle dans le corps : je voulais l'envoyer, par quelques chasseurs, à l'ambulance, mais ce brave jeune homme ne voulut pas me quitter que la bataille ne fût totalement finie : il mourut quelque temps après à Grenade des suites de cette blessure ; il était fils d'un de mes anciens amis.

Combarel de Vemège (Ciarlos-Marie-Louis-Paul), né à Chartres le 15 octobre 1792, f Grenade 30 septembre 1823, brigadier dans la garde nationale à cheval de Paris le 10 avril 1814, maréchal des logis & la compagnie des gendarmes du Roi avec le grade de capitaine le 6 juillet 1814.

complète et les crêtes de ces hauteurs étaient couvertes de fuyards.

Quanta ma cavalerie, elle se trouvait, à cette fin de journée, annulée par les difficultés insurmontables du terrain, qui nous rendaient simples spectateurs des succès de notre infanterie, marchant toujours en avant au pas de course.

La nuit seule mit fin à la poursuite et permit à Ballesteros de se retirer dans le plus grand désordre sur Cambil avec les débris de son infanterie; sa cavalerie avait depuis longtemps effectué sa retraite.

Les résultats de cette belle affaire, où les savantes dispositions du général Molitor furent si brillamment exécutées par les généraux et les troupes de son corps d'armée, eurent la plus grande influence sur le succès définitif de la campagne, et pour traiter sans interruption ce sujet, je dirai tout de suite que Ballesteros, consterné des pertes énormes qu'il avait faites, et de l'audace qu'avaient déployée les troupes du 2* corps, en lui enlevant si rapidement des positions que, la veille encore, il regardait comme inabordables, reconnut qu'il ne pouvait plus soutenir la lutte. Il envoya donc, dès le lendemain 29 juillet, un officier en parlementaire au comte Molitor pour lui demander une capitulation; cet officier nous rejoignit à Iznallos, où le quartier général du corps d'armée resta pendant les trois jours qui suivirent la bataille. Les conditions du traité furent bientôt réglées, et il fut définitivement signé, le 4 août, à Grenade, où, dès le l**, le général en chef avait établi son quartier général. D'après cette capitulation, Ballesteros reconnaissait l'autorité de la régence établie à Madrid pendant l'absence du Roi, et s'engageait à la faire reconnaître par les généraux de son armée et les commandants des places dans l'étendue de son gouvernement ; il promettait, en outre, d'établir ses troupes dans les cantonnements qui lui seraient assignés par le comte Molitor.

Ainsi l'armée française, occupée au siège de Cadix et que le duc d'Augoulème, venant de Madrid, rejoignait à cette époque, n'avait plus à craindre d'être troublée dans cette importante opération, ses flancs et ses derrières se trouvant

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