‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 178 sur 218 · BALLESTEROS CAPITULE · texte numérisé non relu

BALLESTEROS CAPITULE

parfaitement assurés par la soumission des troupes de Ballesteros; ce fut le premier événement décisif qui nous fit entrevoir prochainement le terme de cette brillante campagne. Du reste, le général espagnol entra si franchement dans la nouvelle direction qu'il venait de prendre, qu'il écrivit à S. A. R. le duc d'Angoulême pour obtenir d'être employé avec ses troupes à coopérer à la délivrance du roi t'erdinand VIL

Le comte Molitor fit son entrée dans Grenade le 1*' août à la tête de son corps d'armée; tous les officiers généraux et les états-majors y furent logés, ainsi qu'une bonne partie de nos troupes; je m'établis dans la maison du marquis de Lugros, un des riches propriétaires de ce pays, et ma cavalerie fut cantonnée dans de bons villages aux portes de Grenade, dans cette plaine si fertile nommée la Vega de Grenada; il fut alors loisible aux troupes du 2« corps d'armée de prendre un peu de repos. On conçoit le besoin que nous en avions après une campagne aussi active et dans une saison où des chaleurs africaines brûlent les provinces que nous venions de parcourir à marches forcées; la plus grande partie du mois d'août fut donc laissée aux régiments de toutes armes pour reposer les hommes et les chevaux, qui alors ne manquèrent plus de rien, et les mettre en état de recommencer, s'il était nécessaire, de nouvelles expéditions de guerre; c'est ce qui ne tarda pas à arriver, du moins pour une bonne partie de notre corps d'armée.

Un plus long séjour dans les cantonnements nous aurait sans doute été utile, mais une division de troupes constitutionnelles établie à Malaga sous les ordres du général Zayas, et dont Riégo (1) vint de Cadix prendre le commandement, donnait encore quelques inquiétudes au comte Molitor; elle était forte de 5,000 à 6,000 hommes d'assez bonnes troupes; il résolut de la faire attaquer par deux colonnes agissant séparément, aux ordres des généraux Bonnemains etLoverdo; le premier marcha sur Malaga par Alméria, tandis que le

(1) Général très exalté dans les principes libéraux et Tun des plus ardents promoteurs de la révolution qui avait éclaté en Espagne en 1820.

dernier se dirigeait par la grande route de Grenade à Malaga, qui traverse les villes de Santa-Fé et d'Antequera; le général Loverdo me demanda au général en chef pour commander son avant-garde; on me consulta pour savoir si cela me convenait, tout en étant bien sûr de ma réponse, qui ne pouvait être qu'affirmative. Les troupes sous mes ordres pour cette expédition se composaient du 20* régiment de chasseurs, du 10* régiment de dragons, commandé par son colonel le baron Yillate, et de deux bataillons d'infanterie.

J'eus le chagrin, avant de quitter Grenade, d'y voir mourir le comte de Sourdis, colonel du 20* régiment de chasseurs et qui n'avait pas quitté ma brigade depuis notre entrée en Espagne; son lieutenant- colonel (M. Tessier de Marouse) fut nommé colonel de ce régiment, par suite des avancements accordés à notre corps d'armée après la victoire de Gampiilo; je reçus à la même époque ma nomination de grand officier de la Légion d'honneur, et le comte Molitor, en me la remettant, me donna à entendre que les grâces du prince à mon égard ne se borneraient pas là. Mes aides de camp et officiers d'ordonnance obtinrent également des récompenses , ainsi que beaucoup d'officiers qui avaient combattu sous mes ordres à Gampiilo et que, par suite de leur bonne conduite dans cette bataille, j'avais désignés comme dignes d'avancement.

L'expédition de Malaga se mit en marche le 30 août; j'établis mon avant-garde le même jour à Lachar, le 31 à Loja, et le !•' septembre en avant d'Antequera, grande ville où le général Loverdo logea avec son infanterie et son artillerie; nous y apprîmes que Riégo était encore à Malaga (neuf lieues de distance), et qu'il employait les mesures les plus violentes pour se procurer des troupes et de l'argent.

En conséquence le général Loverdo me fit partir dans la nuit du 2 au 3 septembre pour aller camper avec Tavantgarde à la Venta de Linarès où, si je ne trouvais pas l'ennemi, je devais prendre position et passer la nuit du 3, pour marcher ensuite sur Malaga le 4 de grand matin; lui-même devait suivre cette direction avec son infanterie et son artillerie, à quelques heures en arrière de moi.

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