OPÉRATIONS EN ANDALOUSIE
Je ne trouvai pas de postes ennemis à la Venta de Linarès, mais le propriétaire de ce mauvais cabaret m'assura que Riégo était encore dans Malaga et qu'on disait, dans le pays, qu'il nous attendait pour nous livrer bataille ; c'était tout ce que nous demandions, et quand je communiquai ce renseignement aux troupes que j'avais avec moi, il répandit la joie dans les bivouacs, et on pouvait de fort loin entendre nos cavaliers et nos fantassins rire et chanter pendant toute cette belle nuit d'été.
Le 4, i trois heures du matin, nous étions en route, et à sept heures j'arrivais devant Malaga, sans avoir rencontré âme qui vive à qui je pusse demander ce qui s'y passait; on était cependant dans le moment des vendanges, et nous approchions de la ville en traversant les plus beaux vignobles qu'il soit possible de voir, mais d'après l'habitude que j'avais du peuple espagnol, il était clair pour moi que, puisque les autorités et les notables de la ville n'étaient par sortis de Malaga pour venir au-devant de nous, c'est que l'ennemi y était encore; je faisais donc mes dispositions pour tourner la ville et attaquer les troupes qui s'y trouvaient, lorsqu'un o£ficier . espagnol, précédé d'un trompette, se présenta en parlementaire devant moi, et m'apprit tout d'abord que Riégo, avec la plus grande partie de ses troupes, était parti la veille au soir, ne laissant dans Malaga qu'une arrière-garde sous les ordres du général Porras pour y maintenir l'ordre ; c'était donc ce dernier qui envoyait vers moi pour me proposer une convention, d'après laquelle il me remettrait la ville sans coup férir, en même temps qu'il se retirerait avec ses troupes sur Yelez- Malaga (direction que Riégo avait prise).
Je rejetai bien loin ces propositions, et je chargeai le parlementaire de faire connaître à son général qu'il n'obtiendrait d'autre condition que de se rendre prisonnier de guerre avec toutes les troupes sous ses ordres; je prévins en outre cet ofiBcier que, si dans un quart d'heure je ne recevais pas une réponse satisfaisante, je commencerais l'attaque.
Pendant que le général Porras se consultait sur ce qu'il avait i faire d'après ma réponse, j'appris, par un habitant,
que le régiment de cavalerie espagnole dit les dragons du Roi sortait de Malaga au même instant en prenant la route de Yelez-Malaga; j'ordonnai aussitôt au colonel Tessier de Marouse de marcher lestement à la poursuite de ce régiment avec le 20* de chasseurs et de charger vigoureusement tout ce qui, à son approche, ne mettrait pas has les armes : je fis en même temps prévenir le général Porras que j'entrais en ville avec les troupes sous mes ordres et que j'y traiterais en ennemi tout militaire espagnol que j'y rencontrerais en armes; mais ce général arriva bientôt lui-même au-devant de moi pour m' annoncer qu'il se rendait prisonnier de guerre avec tout son monde. Je lui fis signer une capitulation, et je m'empressai de faire occuper par un bataillon d'infanterie le fort de Malaga que Riégo avait armé, le port et les points militaires importants; je me dirigeai ensuite avec quelque infanterie et le 10* régiment de dragons sur la grande place de Malaga, où un bataillon espagnol mit bas les armes i notre approche et nous livra deux pièces de canon attelées qu'il conduisait avec lui, ainsi que leurs caissons.
Dans le même moment, quelques coups de feu se firent entendre dans la direction de la route de Culmenar, et j'envoyai un escadron de dragons reconnattre ce qui se passait sur ce point; au bout d'une demi-heure cet escadron me ramena prisonnier un fort beau détachement d'artillerie légère espagnole, fort de plus de 100 hommes bien montés, qui, n'ayant pas voulu mettre bas les armes, cherchait i sortir de la ville pour rejoindre la division de Riégo. Cette artillerie avait en tète ses officiers; c'était la plus belle troupe que j'eusse jamais vue en Espagne.
Pendant que nous obtenions ces brillants résultats dans l'intérieur de la ville, le 20* régiment de chasseurs n'était pas moins heureux sur la route de Yelez-Malaga, et quoique le régiment de los dragones del Re, à la poursuite duquel je l'avais lancé, fit sa retraite avec une grande précipitation, il ne put éviter d'être joint par notre cavalerie légère près d'Iznate, où le colonel Tessier de Marouse le fit charger avec beaucoup de résolution; mais la cavalerie espagnole, au lieu de croiser