‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 180 sur 218 · OPÉRATIONS EN ANDALOUSIE · texte numérisé non relu

OPÉRATIONS EN ANDALOUSIE

le sabre avec nos chasseurs, mit pied i terre et se rendit, excepté quelques hommes des mieux montés qui s'enfuirent à toute bride à Yelez-Malaga et qu'on ne put atteindre; le colonel Tessier ramena prisonniers à Malaga : un colonel, un lieutenant-colonel, un chef d'escadrons, seize officiers et cent quarante hommes montés.

Par suite de la capitulation du général Porras , une grande quantité de canons, de mortiers, de munitions de guerre et d'effets militaires, ces derniers appartenant à l'armée de Riégo, tombèrent en notre pouvoir, et je m'empressai d'en faire prendre possession par des officiers d'infanterie et de cavalerie, afin de mettre de l'ordre dans cette riche capture et d'en assurer les ressources à l'armée française : un grand nombre d'officiers sans troupes qui se trouvaient à Malaga à la disposition de Riégo, et qui avaient négligé d'en partir avec lui^ furent fait prisonniers, et je les fis surveiller avec soin.

Pendant que je donnais des ordres à cet égard et que je m'occupais avec beaucoup d'activité de tous ces détails, si importants à régler dans une grande ville port de mer, le le générai Loverdo arriva avec son infanterie et son artillerie; il approuva vivement tout ce que j'avais fait. Peu d'instants après, le général royaliste espagnol don Juan Caro (1) arrivait avec une troupe assez nombreuse venant de la Serrania de Ronia, position où il commandait depuis quelque temps dans le but d'éclairer le flanc gauche et les derrières de l'armée qui faisait le siège de Cadix.

Nous ignorions où Riégo se dirigerait après avoir quitté Yelez-Malaga^ il fallait envoyer des reconnaissances sur divers poiats pour en avoir des nouvelles, et je destinai à ce service quelques chefs de guérillas royalistes qui s'étaient rendus à nous, quand ils avaient vu que nous marchions sur Malaga (et que le général Loverdo avait mis sous mes ordres); mais ils me furent de peu d'utilité; ces partisans pensaient plus à gagner de l'argent et à satisfaire des haines particu-

(1) Frère du célèbre marquis de la Romanà.

lières qu'à faire la guerre dans Tiiitérèt de leur Roi; plusieurs étaient de simples paysans qui ne savaient même ni lire ni écrire, et l'un d'eux, malgré le peu d'illustration de son origine, voulant singer nos anciens preux, ne signait les lettres et les ordres qu'il dictait à son secrétaire qu'avec l'empreinte du pommeau de son épée.

La journée du 5 septembre me fut laissée pour faire reposer l'avant-garde, qui, depuis notre départ d'Antequera, avait fait un service fort actif et éprouvé de grandes fatigues; les chevaux de la cavalerie étaient sur les dents et déferrés. Malaga est un des points les plus brûlants du climat de l'Espagne, et je me rappelle à ce sujet que près de Velez- Malaga je vis, pour la première et probablement pour la dernière fois de ma vie, de belles et nombreuses plantations de canne à sucre avec lesquelles, au reste, ces barbares d'Espagnols fabriquaient du sucre détestable, de même qu'avec les plus belles olives de l'univers ils ne font que de mauvaise huile, la plus puante qui se puisse imaginer et qu'ils mangent comme excellente.

Les renseignements du pays, non plus que les rapports de nos reconnaissances, ne nous éclairèrent ni sur la direction ni sur les projets de Riégo; nous pensions qu'il voulait se porter sur Carthagène, où le général révolutionnaire Torrijos avait réuni quelques troupes et, en montrant beaucoup d'exaltation, annonçait qu'il ne se soumettrait pas; la forte division de Riégo, réunie à la sienne, pouvait former un corps d'armée qui, appuyé à une place forte comme Carthagène, nous aurait occasionné de longues tracasseries; mais pour arriver sur ce point, Riégo devait rencontrer la colonne du général Bonnemains, qui l'aurait certainement battu; il n'en était pas moins essentiel pour nous de le suivre, afin, dans ce dernier cas, de le prendre entre deux feux et de lui couper toute retraite. Je me rendis donc dans ce but, le 6 septembre, à Yelez-Malagra avec deux bataillons du 29* d'infanterie, le âO* régiment de chasseurs et le 10* régiment de dragons, mais je ne pus rien savoir de positif sur les mouvements, et nous restâmes deux jours dans cette incertitude qui désolait le général Loverdo,

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resté avec son infanterie et son artillerie à Malaga; il avait à y réorganiser l'administration de cette riche province que, suivant le système des révolutionnaires, Riégo venait de bouleverser. Le général Loverdo attendait donc, pour se mettre à sa poursuite, que nous eussions acquis des données certaines sur la marche du général espagnol; d'ailleurs il ne pouvait engager dans les montagnes ni son artillerie ni les convois de prisonniers et de malades.

Enfin, après avoir recueilli bien des renseignements qui se démentaient les uns les autres, j'appris, le 8 au matin, que Riégo se dirigeait sur Fornes, ce qui pouvait faire supposer qu'il marcherait sur Alhama et Loja, pour ensuite se jeter sur les cantonnements de Ballesteros, dont la ligne s'étendait de Lucena à Ubeda. Je me hâtai de faire partir le 20* régiment de chasseurs pour Alhama, afin d'éclairer cette direction et de tomber sur la colonne de Riégo, si effectivement elle avait pris cette route, et je transmis en même temps cette nouvelle au général Loverdo, en lui mandant que je me mettrais moi-même en marche avec le reste de l'avant-garde dans quelques heures, pour arriver à Alhama dans la nuit, à moins qu'un nouveau renseignement ne contrariât celui que je lui envoyais et que je regardais comme exact.

Effectivement, ce mouvement de Riégo me fut confirmé dans la journée, et je partis aussitôt avec l'infanterie et les dragons pour me porter sur Alhama, mais nous nous trouvâmes à la nuit noire dans des chemins si effroyables que c'eût été compromettre inutilement toute ma colonne et risquer même de la disperser et de la perdre que de continuer notre marche ; je donnai donc quatre heures de repos à ma troupe à la Puebla de Alcancin, et là, un officier du 4* régiment de chasseurs, envoyé au-devant de nous par le comte Molitor, m'en remit une lettre par laquelle il me confirmait l'avis que Riégo se dirigeait rapidement sur les cantonnements occupés par l'armée de Ballesteros, en passant le Génil entre Montefrio et lilora.

Par cette même lettre, le général en chef me donnait l'ordre de me porter à marches forcées sur Riégo afin de le détruire.

conjointement avec les généraux Buchet (1) et Saporta (2), dirigés dans ce but de Grenade sur Alhama.

J'expédiai aussitôt ces nouvelles au général Loverdo, afin qu'il prtt le parti qui lui paraissait le plus convenable dans ces circonstances, en le prévenant que le 9 de grand matin je serais dans cette dernière ville, et j'y envoyai aussi un exprès au colonel Tessier de Marouse, pour lui prescrire de se mettre sur-le-cbamp à la poursuite de Riégo et de le cbarger vigoureusement partout où il pourrait le joindre; je le prévenais en même temps que je m'avançais rapidement pour le soutenir, s'il en était besoin.

J'étais effectivement le 9, à huit heures du matin, à Alhama. d'où je comptais suivre la même direction que le S0« régiment de chasseurs, qui avait marché sur Montefrio, lorsque je reçus un nouvel ordre du comte Molîtor de me rendre le jour même avec toutes les troupes sous mes ordres à la Venta de Huelma et le lendemain à Grenade, ce qui me donna à penser que le général en chef voulait réunir, autant que possible, une forte division pour couvrir cette dernière ville, dans le cas où Riégo, réuni aux troupes de Ballesteros, viendrait Vy attaquer. Je dépêchai donc un exprès au colonel du 20* de chasseurs pour le prévenir du nouveau mouvement que j'avais ordre de faire et lui enjoindre de se réunir à moi dans la nuit même à la Venta de Huelma, afin que ma colonne pût arriver le lendemain tout entière à Grenade.

Mais sur ces entrefaites, le colonel Tessier de Marouse avait exécuté mon premier ordre; il avait joint la troupe de Riégo à Montefrio, et, quoique le terrain fût désavantageux à la cavalerie, il l'avait attaquée très vigoureusement après avoir

(1) Buehii (François-Louis-Julien), né à Ermé (Mayenne) 16 avril 1777, t 3 octobre 1868, novice dans la marine le 9 octobre 1797, sous-lieutanant en 1801, colonel du 6* de ligne le 13 septembre 1813, maréchal de camp le 28 juin 1823, lieutenant général le 31 décembre 1835, cadre de réserve le 17 avril 1845 ; s'est distingué à l'affaire de Lorca le 18 juillet 1823.

(2) De Saporia (Charles-Auguste), né & Goult (Vaucluse) le 19 mars 1873. sous-lieutenant dans Royal-deux-Ponts le 20 avril 1789, émigré; colonel d'état-major le 18 mars 1815, colonel du 1" régiment de ligne le 17 novembre 1820, maréchal de camp le 11 août 1823; disponible le 22 mars 1831 ; retraité le 3 janvier 1841.

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surpris son avant-garde, en avait sabré une partie et fait des prisonniers; cependant l'ennemi, qui avait dans Montefrio environ 3,000 hommes, tant infanterie que cavalerie, s'apercevant qu'il n'avait affaire qu'à une faible reconnaissance de troupes légères, fit sortir du village des forces assez imposantes, et le 20* régiment dut se retirer un peu en arrière pour prendre une position plus favorable à la cavalerie; les Espagnols l'ayant suivi, le colonel Tessier saisit l'occasion de faire une fort belle charge sur l'infanterie et la cavalerie ennemies, qui furent culbutées et rejetées dans le plus grand désordre dans Montefrio, en laissant plusieurs morts sur le champ de bataille; ils emmenèrent en outre un bon nombre de blessés, et nous leur prtmes quinze hommes et autant de chevaux; de notre côté nous eûmes quelques blessés, dont trois officiers (i).

Après cette belle charge, le 20* régiment de chasseurs établit son bivouac près de Montefrio et poussa sa grand'garde et ses vedettes jusqu'aux portes de cet endroit, que l'ennemi évacua dans la nuit; le colonel Tessier y entra le 10 au point du jour, et il se mettait à la poursuite de Riégo quand il reçut le dernier ordre que je lui avais adressé la veille; il se rendit alors à la Yetita de Huelfna, d'où j'étais parti le matin même, et le 11, il me rejoignit à Grenade. Cette affaire fut fort honorable pour lui et pour son régiment, et elle fut très utile, en ce sens qu'elle augmenta beaucoup la désertion qui commençait à se manifester dans la petite division de Riégo depuis son* départ de Yelez-Malaga.

J'anticiperai sur l'ordre des événements pour en finir tout de suite avec le général révolutionnaire; il arriva le 10 au

(1) MM. de la Moussaye, capitaine; de Losignan, lieutenant; de Montigny« BOUB-lientenant.

De Montigny (Théodore-Louis-Aubin), né à Coudray (Loir-et-Cher), entré au service le 8 janvier 1806, gendarme d'ordonnance le 10 décembre 1800, sous-lieutenant au 9" régiment de hussards le 14 mars 1811, capitaine le 8 janvier 1814, chevalier de Saint-Louis le 21 août 1823, chef d'escadron au 9« cuirassiers le 30 avril 1831 ; retraité le 29 avril 1887.

Lueignan (Couhé de) (René-Louis-Pierre), né & Blois, mousquetaire de la 2* compagnie le 22 juillet 1814, capitaine le 17 mars 1825.

La Mauuaye (Amaury-Eugène), né à Saint-Malo» f 81 décembre 1850 ; élôve de Saint-Cyr en 1809, sous-lieutenant au 9" hussards le 8 février 1812, capitaine le 26 février 1823; retraité le 17 août 1839.

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matin dans les cantonnements qu'occupait l'armée de Ballesteros, et il espérait entraîner ce général et ses troupes à se joindre à lui et à marcher ensuite, tous deux réunis, soit contre le général Molitor, qui occupait Grenade avec peu de monde, soit contre l'armée qui assiégeait Cadix; mais Ballesteros, fidèle aux engagements qu'il avait pris avec nous, s'opposa fermement aux séductions de Riégo, et se mettant lui-même, le 40 septembre au matin, à la tète d'un régiment d'infanterie légère, il engagea contre les soldats de Riégo une affaire de tirailleurs; cependant, après avoir échangé quelques coups de fusil, la paix ayant été faite entre eux, Ballesteros reçut amicalement Riégo à son quartier général de Priégo, et dans un conseil de guerre où assistaient les généraux de leurs deux corps d'armée, ils discutèrent ce qu'il convenait de faire dans les circonstances où ils se trouvaient; Riégo représenta vivement la position avantageuse où la réunion de leurs deux corps les plaçait vis-à-vis de l'armée française, qui était, en ce moment même, totalement disséminée (et cela était vrai), qu'ils pouvaient donc, précisément quand les Français se croyaient vainqueurs et maîtres de l'Espagne, changer tout à coup la face des affaires et délivrer leur patrie du joug de l'étranger; il fit sonner bien haut la gloire qui en rejaillirait sur Ballesteros, auquel il offrait le commandement en chef des deux corps, en lui faisant observer en même temps qu'il ne pouvait pas se croire enchaîné par la convention qu'il avait signée avec le comte Molitor, puisque cette convention ayant été conclue sans la participation du gouvernement national siégeant à Cadix et qui avait refusé de la reconnaître, elle se trouvait annulée par ce seul fait.

Mais à toutes ces raisons, qui étaient vraiment spécieuses, Ballesteros répondit toujours sans hésitation que son honneur était engagé à tenir la convention qu'il avait signée avec l'armée française et les promesses qu'il avait faites au comte Molitor, et qu'ainsi il mourrait plutôt que d'y manquer.

A cette déclaration faite en termes si positifs, Riégo ne répliqua rien, mais, sortant un moment, il revint bientôt après avec un bataillon de ses troupes les plus dévouées, et

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