‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 18 sur 218 · A LA POURSUITE DE BLUCHER · texte numérisé non relu

A LA POURSUITE DE BLUCHER

partie d'étrangers; nous lui faisions aussi tous les jours beau* coup de prisonniers. Nous étions le 17 octobre à Nordbausen, le 17 à Halberstadt, et le 21 devant Magdebourg (1); mais ayant été relevé dans cette position par le corps du maréchal Ney, le maréchal Soult alla passer TElbe à Tangermflnde, et le 29 octobre, quinze jours après la bataille d'Iéna, nous étions à Rathenow où nous prîmes un très beau régiment de dragons saxons; ils ne se défendirent point et nous dirent que les troupes saxonnes étaient en ce moment alliées de la France, ce qui, je crois, était vrai; mais le maréchal ne le sachant pas officiellement, ils signèrent une capitulation, et on les laissa retourner chez eux avec leurs chevaux, armes et bagages.

D'après des renseignements qui parvinrent au maréchal en cet endroit, nous nous mîmes aussitôt à la poursuite du général Blûcher qui se retirait avec un corps de 15 à 20,000 hommes d'infanterie et 6,000 de cavalerie : il avait cherché à entrer à Magdebourg, mais nous l'avions prévenu, et je crois qu'il ne savait plus où il allait, car partout il était joint ou devancé par les troupes françaises; il désirait gagner Stettin, mais nous ne lui en laissâmes pas le temps.

Notre cavalerie légère joignit à Wahren son arrière-garde composée de quelques escadrons de cavalerie; je me trouvais en ce moment avec le général Guyot (2) auquel j'étais venu porter des ordres, et qui commandait notre cavalerie d'avant-

(1) En arrivant dcvaDt cette place, le maréchal Soult fut en reconnaître les approches avec son état-major et un détachement d'escorte du 11* régiment de chasseurs; une pièce placée dans un ouvrage avancé fit feu sur ce groupe, et du premier coup de canon, rofficier commandant l'escorte du 11* chasseurs eut son cheval tué. Comme il se promenait de long en la^e auprès de son cheval, qu'il regrettait beaucoup, en se plaignant de ce malheur, un second coup, tiré de la même pièce, le tua lui-même.

Franzier (Laurent), né à Villefranche de l'Aveyron le 22 mai 1770, entré dans l'escadron des mamelucks le 15 fructidor an VIII, sous-lieutenant au 11* régiment de chasseurs le 11 messidor an XII, tué près de la forteresse de Magdebourg le 21 octobre 1806.

(2) Guyoi (Etienne), né le 1*' mai 1767 à Mantoche (Haute-Saône), f le 8 juin 1807, volontaire le 1*' août 1791, aide de camp du général Bourcier, colonel du 9« hussards le 13 nivôse an IX, général de brigade le 3 nivôse an XIV, tué devant le village de Kleinenfeld (Prusse) le 8 juin 1807, après avoir fait exécuter le passage de la Passargue sous le feu de l'ennemi.

garde; il fit sommer cette arrière-garde prussienne de se rendre; ils commencèrent par s'y refuser, mais au moment où nous les chargions, ils crièrent qu'ils se rendaient, et effectivement ils jetèrent leurs armes : ils étaient environ 400 hommes, tous dragons et hussards, et beaucoup d'officiers; ces derniers rejetaient le malheur qui venait de leur arriver sur leur major, vieille bête, disaient-ils, incapable de commander.

Le général Guyot me chargea de les conduire au maréchal; je les y menai effectivement, avec une escorte de nos hussards; leurs propos, pendant que nous cheminions, me donnèrent une bien pauvre idée de ces officiers; au milieu des désastres de leur armée et de la ruine de leur pays, ils ne s'affligeaient que d'une chose : c'était la perte de leurs bagages (pris la veille), et s'ils paraissaient éprouver quelque inquiétude pour l'avenir, c'était qu'on ne leur prît les chevaux sur lesquels ils étaient montés, et auxquels ils paraissaient beaucoup tenir; je les rassurai à cet égard, et ils me parurent au même instant consolés de tout ce qui était arrivé depuis le commencement de la campagne. Le maréchal, à qui je les présentai, ordonna effectivement qu'on leur laissât ces précieux animaux.

Le corps du maréchal Bernadotte, qui poursuivait Blûcher par une autre route, se joignit à celui du maréchal Soult à Wahren, et tous deux de concert attaquèrent le corps prussien qui, serré d'aussi près par des forces supérieures, se jeta dans Lubeck, où le 6 novembre nous entreprîmes de le forcer.

Le prince Murât arriva à franc étrier précisément au commencement de l'action, pour prendre le commandement de ces deux corps d'armée, et se faire honneur d'un succès auquel il n'avait contribué en rien; c'était ainsi que déjà, dans différentes occasions, le Bulldin officiel lui avait attribué plusieurs grands succès auxquels il n'avait pris d'autre part que la peine de crever des chevaux, pour arriver de manière à profiter des dispositions faites par les généraux en chef : cela ne trompait pas les officiers de l'armée, mais on lui fai-

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