DERNIÈRE RÉSISTANCE DE RIË
ayant désarmé la garde qui se trouvait à la porte du logis de Ballesteros, il s'empara de la personne de ce dernier et de tout son état-major en leur déclarant qu'ils étaient ses prisonniers et qu'il allait les envoyer dans un château fort; il prenait des mesures en conséquence, lorsque les troupes de Ballesteros, qui étaient campées et cantonnées aux environs de Priégo, ayant eu promptement connaissance de ce qui venait de s'y passer, accoururent en masse pour délivrer leur général, auquel Riégo (reconnaissant alors qu'il n'était pas le plus fort) s'empressa de rendre toute liberté; il se trouvait d'ailleurs forcé de se remettre précipitamment en route (le il septembre au matin), avec le peu de monde qui lui restait, car il venait d'apprendre qu'une forte colonne de troupes françaises s'avançait à marches forcées pour l'attaquer; effectivement le général Bonnemains, qui commandait cette division, put l'atteindre le 13 dans la ville de Jaen et, après une affaire très vive, il l'en débusqua et lui fit éprouver une grande perte. Riégo se dirigea alors (1) sur Ubeda, où étaient établies les troupes espagnoles aux ordres du général Carondelet (c'était la cavalerie de l'armée de Ballesteros), dans l'espoir d'y recevoir un meilleur accueil et d'y mieux réussir dans ses tentatives qu'à Priégo; mais dans sa marche de Jaen sur Ubeda et près de cette dernière ville, il fut atteint à Jodar et détruit entièrement par le régiment de chasseurs de la garde royale; les charges vigoureuses de ce brave régiment, conduit par son digne colonel, le comte d'Argout, anéantirent les restes de la petite armée de Riégo, et celui-ci se sauva, accompagné seulement de quatre ou cinq officiers, et se réfugia dans la montagne d'Arquillos (faisant partie de la chaîne de montagnes dite la Sierra Morena); mais il fut promptement arrêté par les paysans et conduit prisonnier à Andujar, où il fut remis aux troupes françaises. La régence royaliste, établie à Madrid, le réclama comme étant prisonnier des Espagnols; cette prétention était fondée en droit, et l'infortuné général fut
(1) Les détails ci-dessus, relatifs à ce qui s'est passé à Priégo le 10 sep* tembre et dans la nuit du il, sont extraits du rapport officiel lait par Ballesteros sur ces mêmes événements.
transféré à Madrid, où, après avoir été jugé par la deuxième chambré des alcades, il fut condamné à être pendu.
Le 7 novembre (je me trouvais à cette époque à Madrid), on le traîna sur la claie au lieu du supplice (la place de la Cebada); sa longue détention et les souffrances physiques et morales qu'il avait éprouvées depuis deux mois avaient épuisé ses forces et son courage, et il était à demi mort quand il arriva au pied de Téchafaud; on l'accrocha à une potence d'une élévation démesurée, aux acclamations de joie d'une populace innombrable (qui, un an auparavant, le portait en triomphe) : son corps fut recueilli et^enterré par les soins d'une confrérie religieuse.
Je reprends à présent le cours des événements.
Je rentrai à Grenade le il septembre; cette course rapide sur Malaga n'avait duré qu'environ quinze jours, mais les fatigues de toute espèce que j'avais éprouvées pendant ce temps étaient plus que n'en pouvait supporter ma pauvre santé, surtout à la suite d'une campagne aussi rude que celle qui s'était terminée à Campillo de Arenas ; déjà, en approchant de Grenade, je m'étais trouvé tout à fait mal sur la grand'route et je n'avais attribué cet accident qu'à l'excessive chaleur et aux tracasseries que je venais d'essuyer pendant la dernière partie de cette expédition; mais le lendemain de mon arrivée, je fus forcé de me mettre au lit; cependant je n'eus besoin pour cette première indisposition que d'un repos de quelques jours pour me retrouver à peu près bien.
M. de Saint«-Priest(l), aide de camp du duc d'Angoulème, arriva sur ces entrefaites auprès du général Molitor; je pense qu'il était chargé d'examiner la situation de notre corps d'armée et d'en causer à fond avec le général en chef; ce der-
(1) Saint-Prieit (Emmanuel-Louis-Marie Guignard, vicomte de), né & Paris le 6 décembre 1789, f le 27 octobre 1881 ; suivit sa famille en Russie à rémigration ; sous-offlcier aux chasseurs de la garde russe à Austerlitz, colonel en 1814; fait prisonnier par les Français, les Cosaques interceptèrent l'ordre de le fusiUer envoyé par Napoléon ; maréchal de camp en 1815, gentilhomme d'honneur et menin du duc d'Angoulème, lieutenant général en 1823, ambassadeur à Berlin en 1827, à Madrid en 1828» donna sa démission en 1830; grand d'Espagne et duc d'Almazan; emprisonné à Montbrison à la suite du mouvement royaliste de 1832.