‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 182 sur 218 · EXÉCUTION DE R1É · texte numérisé non relu

EXÉCUTION DE R1É

nier nous prévint officiellement de l'arrivée de cet aide de camp du prince généralissime, en nous invitant en même temps à lui rendre visite; j'étais encore assez souffrant, cependant j'allai chez lui comme les autres généraux du corps d'armée; je ne le connaissais pas intimement, et notre conversation fut insignifiante, mais j'appris ensuite (par le lieutenant général vicomte Pelleport) que le général Molitor lui avait vivement parlé des services essentiels que j'avais rendus pendant la durée de cette campagne, et notamment à Campillo de Arenas et à Halaga, et qu'il lui avait répété plusieurs fois que, si le prince n'avait pas à me donner le commandement d'une brigade de cavalerie dans la garde royale, il fallait qu'il me nommât lieutenant général, parce qu'il était impossible qu'on me laissât sans avancement.

Le général Loverdo, qui était resté à Malaga dans l'embarras de son artillerie, des prisonniers, de nos malades et de la réorganisation administrative de cette riche province, arriva à Grenade peu de jours après moi; il avait été forcé de suivre pour son retour le même chemin que nous avions pris en partant, car c'est la seule route charretière entre cette ville et Malaga. Une fois rentré à Grenade, je n'étais plus sous ses ordres, mais il ne m'en témoigna pas moins vivement toute sa satisfaction sur ma manière de servir comme général d'avant-garde et sur l'utilité dont je lui avais été dans cette expédition, et je sus qu'il en avait parlé dans le même sens au comte Molitor; je me trouvais donc sur un fort bon pied dans notre corps d'armép, et tout le monde m'y faisait bonne mine, mais je jouis peu de ces succès et je tombai malade pour la seconde fois, et très sérieusement; c'était une violente inflammation du foie, suite des fatigues de la campagne, des fortes chaleurs et du genre de vie si échauffant que j'avais mené depuis six mois, et notamment dans notre course â Malaga. Le médecin en chef de notre corps d'armée voulut me faire l'honneur de me traiter, mais il me semblait qu'il me tuait et qu'il prenait ma maladie tout à rebours; je répugnais donc â ses ordonnances; il s'en aperçut, ce qui lui donna de l'humeur, et ayant trouvé un matin sur ma table de

ouit les drogues qu'il avait prescrites pour la nuit, il s'emporta vivement et voulut me parler comme à ses malades d'hôpital, mais je l'envoyai promener très lestement et je ne le revis plus; mon hôte, le marquis de Lugros, me conseilla de prendre un médecin du pays, qui serait sans doute mieux que nos médecins français au fait de ma maladie, à laquelle l'influence du climat avait pu contribuer, et il fit appeler le meilleur médecin de Grenade; je suivis ses conseils, j'avalai exactement ses potions, je m'en trouvais bien et je commençais à entrer en convalescence, quand je reçus par la poste du grand quartier général un remède qui me fit plus de bien que toutes les ordonnances de la Faculté; c'était une ordonnance du prince généralissime, par laquelle j'étais nommé au commandement de la brigade de cavalerie de la garde royale qui avait fait la campagne d'Espagne sous les ordres du général vicomte Foissac-Latour (i); j'ambitionnais cette position depuis longtemps, elle me convenait sous tous les rapports, et je ressentis un vif plaisir d'y être arrivé par les champs de bataille.

Malgré le bien que j'en éprouvai, la maladie très grave à laquelle je venais d'échapper me laissa longtemps faible et languissant; heureusement, il n'y avait plus d'opérations militaires à entreprendre; la ville de Cadix et l'assemblée révolutionnaire dite les CortèSy qui y avait conduit son roi prisonnier, venaient de se soumettre (le 1* octobre) et de rendre à S. M. Ferdinand VII et à la famille royale leur entière liberté; ce prince vint aussitôt à Puerto-Santa-Maria rejoindre le duc d'Angouléme, et la campagne se trouvant ainsi terminée, le prince généralissime partit pour retourner à Paris, après avoir cependant organisé l'armée qui devait occuper en Espagne les positions militaires importantes jusqu'à ce que l'ordre y fût complètement rétabli.

(1) Foisioe-Latour (Antoine-Henri- Armand- Jules-Élisabeth, vicomte), né À MoUheim le 3 février 1782, f 25 mars 1855, cavalier au 21' régiment de chasseurs le 16 novembre 1795, sous-lieutenant au 9* régiment de hussards le 9 février 1796, colonel du 16* régiment de chasseurs le 26 février 1813, général de brigade dans les gardes du corps du Roi, compagnie de Raguse, le 2 juin 1814, commandant TËcole de Saumur le 25 février 1818, lieutenant général le 8 août 1823; retraité le 11 juin 1832.

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