‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 183 sur 218 · RENTRÉE EN FRANCE · texte numérisé non relu

RENTRÉE EN FRANCE

Toutes les troupes de la garde royale rentraient en France ; je n'avais plus de commandement dans le 2* corps, qui d'ailleurs allait être dissous; ainsi donc, aussitôt que mes forces me le permirent, je pris congé du général Moiitor et des régiments qui avaient si brillamment servi avec moi à Tavantgar(}e (1), et je partis de Grenade pour m'acheminer à petites journées vers le beau pays de France, en suivant la route de cette ville à Madrid. Je passai par Alcala la Real (2) et Mengibar^ et après avoir traversé le Guadalquivir, au bac, près de ce dernier endroit, je rejoignis à Baylen la grand'route de Séville et de Cadix à Madrid, et je ipe rendis dans cette capitale de l'Espagne par la Caroline, la Sierra Morena et la province de la Manche.

J'étais dans une bonne voiture, bien fermée et bien douce, que j'avais achetée à Grenade, attelée de quatre forts chevaux conduits par mon cocher ; je m'étais pourvu de vivres et de provisions de toute espèce, et mes deux aides de camp ou ofiBciers d'ordonnance m'accompagnaient et allaient d'avance tour à tour faire préparer nos logements dans les lieux d'étapes; aussi je fis ma route commodément, et les forces me revinrent assez pendant ce voyage pour que je ne voulusse m'arrèter à Madrid que le temps nécessaire pour présenter mes devoirs respectueux au duc d'Ângoulème, qui y passait au même moment : Son Altesse Royale m'accueillit remarquablement bien.

Je partis en poste de Madrid pour Rayonne, et afin d'être mieux servi dans les postes, je m'arrangeai pour voyager en

(1) Des trois officiers qui avaient coannandé mes rc^gimeots d'avantgarde dans cette campagne, le marquis de Castries, colonel du 4« de chasseurs» reçut le commandement du régiment de chasseurs de la garde. Le lieutenant-colonel Tessier de Marouse, commandant le 20« régiment de chasseurs, fut noihmé colonel de ce même régiment : et le colonel Levavasseur, commandant le 8* dinfanterie légère, fut promu au grade de maréchal de camp ; ces officiers reçurent en outre de l'avancement dans la Légion d'honneur.

(S)J-appris en arrivant dans cette ville la nomination du général en chef comte Moiitor au grade de maréchal de France; il fut en outre nommé pair : je m'empressai de lui écrire pour fui faire mon compliment sur cette double faveur, et j'en reçus promptement une réponse fort gracieuse.

même temps que le courrier de malle; je courus donc jour et nuit jusqu'à notre frontière, et la plupart du temps sans les deux hommes d'eseorte qui m'avaient été accordés pour toute la route depuis Madrid; je trouvais fort douce cette sécurité avec laquelle nous parcourions l'Espagne, en me rappelant ce qui m'était arrivé douze ans avant sur la même route.

J'éprouvai aussi un vif plaisir en rentrant en France; cette campagne, qui, quelques mois auparavant, nous inspirait de si grandes inquiétudes, avait été glorieuse pour les armes françaises, heureuse pour moi et très courte; c'est ainsi qu'il me les fallait. J'avais été décoré de la plaque de grand officier de la Légion d'honneur et de celle de Saint- Ferdinand d'Espagne : de plus, j'avais ohtenu, par mon entrée dans la garde comme officier général, une position militaire belle et avantageuse, ma charge de gentilhomme de la chambre m'en donnait une i la cour, honorable autant qu'agréable, et les appointements réunis de ces deux emplois, sans compter ou en comptant ma propre fortune, me fournissaient les moyens de me passer i Paris toutes les fantaisies d'un homme qui veut s'y amuser et y vivre très honorablement; il me semblait donc que je n'avais plus qu'à jouir de ce bon temps, en me reposant après vingt-trois ans d'un service très actif, dont quinze ans de guerres continuelles dans les différentes parties de l'Europe : dans ce but je louai un bel appartement que je meublai convenablement; je me fis faire une voiture élégante par le meilleur carrossier de Paris, je me procurai de beaux chevaux de selle et de carrosse et j'arrêtai ce qu'il me fallait de domestiques pour être bien servi, enmemontrantdifficilesurlechoix,cequine m'empêcha pas d'en changer souvent, car cette race est devenue la plus mauvaise de notre méchante espèce humaine»

Mon premier soin, comme c'était mon premier devoir, en arrivant à Paris, fut d'aller présenter mes respects en audience particulière au Roi, à Monsieur, et aux deux princesses. Partout je fus bien reçu, et la conversation fut très animée sur la campagne que nous venions de faire; la famille royale était dans l'ivresse de la joie des succès obtenus par le duc d'Angou-

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