‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 185 sur 218 · VISITES OFFICIELLES · texte numérisé non relu

VISITES OFFICIELLES

m'en donna le commandement par intérim. Cette nouvelle position augmenta encore l'aplomb que je me sentais à cette époque dans l'armée et à la cour; mais elle m'ôtait beaucoup de ma liberté, car il ne m'était plus possible de m' absenter de Paris que pour affaires de service militaire.

Dans le courant de l'été, je me rendis à Compiègne pour passer, comme tous les ans, la revue d'inspection générale des dragons de la garde; le régiment de chasseurs était alors de service à Paris, et je fus forcé d'en remettre l'inspection au mois de septembre, époque à laquelle ce régiment prit la garnison de Melun et le régiment de dragons celle de Fontainebleau.

J'eus l'honneur de présenter au Roi, le 24 août, jour de sa fête, les corps d'officiers des quatre régiments de la division. La vue de ce malheureux prince m'affecta péniblement; déjà accablé par la maladie à laquelle il succomba bientôt après, il voyait et entendait à peine; sa tète tombait sur ses genoux, et quoiqu'il voulût braver l'affaissement qu'il éprouvait dans ses forces physiques et morales et qu'il essayât de parler à chacune des personnes notables qui passaient devant lui, il était facile de s'apercevoir qu'il ne jouissait plus de ses facultés; ainsi quand, à la tète de l'état-major de notre division, je me présentai devant lui, il se persuada que j'étais le général Talon (1) et me parla en conséquence. Le maréchal major général de la garde et le premier gentilhomme de la chambre avaient beau lui crier aux oreilles : « Sire, c'est le général Saint-Chamans >; il n'en voulut pas démordre et continua à me parler dans les termes les plus gracieux de ma sœur, Mme du Cayla, et de la joie qu'elle avait dû éprouver de mon admission dans la garde (2). Je me hAtai de me retirer

(1) Talon (Mathieu-Claire-Denis, vicomte), né à Paris en 1783, f 7 mars 1853, entré au service comme capitaine au régiment de la Tour d*Auyergne le 19 novembre 1805, il entra dans les grenadiers à cheval de la maison du Roi avec le rang de lieutenant-colonel le 19 juillet 1814; commandant des cuirassiers de Berry le 14 septembre 1815, commandant des lanciers de la garde le 15 juin 1816, maréchal de camp en 1818 (22 août); accompagna Charles X à Rambouillet et à Cherbourg ; mis en réforme le 26 avril

(2) Ifme du Cayla jouissait alors du plus grand crédit sur l'esprit de

pour mettre fin à cette scène pénible et je m'attendais que, quand le général Talon allait arriver devant lui à la tête des officiers de sa brigade, Sa Majesté lui parlerait comme s'il avait été le général Saint-Cbamans; mais pas du tout, et elle lui répéta, à peu près mot pour mot, tout ce qu'elle venait de me dire à moi-même.

Toute la cour et les notabilités de la ville et des différents corps de TÉtat jjjgèrent bien qu'il avait peu de temps à vivre; plusieurs même pensaient, d'après l'excessive fatigue que cette nombreuse et longue réception lui avait fait éprouver, qu'il ne passerait pas la semaine.

Cependant ce prince déploya une grande force pour lutter contre la mort qui s'emparait de lui; je commençai mon bimestre comme gentilhomme de la chambre le i«' septembre, et je le trouvai dans le même état que le 24 août; il voulait continuer son rôle de Roi et ne rien changer dans les habitudes de sa journée; je prenais ma semaine de service le 15, et j'éprouvais une vive curiosité de me retrouver près de lui dans les détails d'un service si intime, afin de pouvoir mieux juger de son état, mais quoiqu'il eût annoncé la résolution de ne pas céder à la maladie, et qu'il eût répété plusieurs fois depuis peu de temps qu'un Roi devait mourir debout, il fut enfin forcé de se laisser mettre au lit le 12 ou le 13, et, dans la nuit du 15 au 16, il rendit le dernier soupir.

Tout son service réuni passa cette même nuit dans une des pièces qui précédaient sa chambre à coucher, ainsi qu'une foule de courtisans qui avaient les grandes entrées, et chacun attendait avec anxiété un événement qu'on savait bien ne pas être éloigné, quand vers deux heures du matin, le 16 septembre, les deux battants de ce salon furent ouverts, et l'huis-

Louis XVIIl ; dans riotérieur du ch&teau oo la regardait même comme sa maltresse, autant qu'il était physiquement possible à ce prince d'avoir une maltresse; elle avait eu néanmoins beaucoup de peine à faire arriver son frère, le général Talon, au commandement d'une brigade de la g&rde; ce n'est pas qu'il ne fût bon officier et fort galant homme, mais les usages consacrés pour l'avancement dans la garde s'opposaient à ce qu'U y fût admis à cette époque, et il avait fallu, pour vaincre sur cet article la résistance du ministre de la guerre, une volonté très positive du Koi. (NoU i» VauUur.)

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