MORT DE LOUIS XVIII
sier d'une voix retentissante annonça : < Le Roi, messieurs... » C'était nous dire qu'un nouveau règne commençait, et Charles X entrant au même instant, un mouvement spontané et assez tumultueux nous porta tous autour de lui ; le Dauphin et la Dauphine (duc et duchesse d'Angoulème) étaient à ses côtés, tous trois paraissaient vivement émus du spectacle dont ils venaient d'être témoins; le Roi proféra quelques paroles sur la perte immense que la France et la famille royale venaient d'éprouver, mais elles étaient tellement entrecoupées par ses sanglots qu'on l'entendait à peine.
Tout le service du feu Roi prit aussitôt, de droit, les mêmes attributions auprès de son successeur, et Sa Majesté s'étant dirigée vers son ancien appartement, le service l'y accompagna, et son cortège se trouva aussitôt formé des mêmes officiers et dans le même ordre que si nous avions eu à escorter le fauteuil de Louis XYIII.
Rentré dans ses appartements, le Roi reçut sa ci-devant maison civile et militaire qui venait prendre congé de lui. Il fit ensuite appeler l'écuyer commandant et donna l'ordre que tout fût prêt pour le départ de la cour, qui se rendait à Saint- Cloud au point du jour; Sa Majesté se retira ensuite dans son intérieur, où, je crois, les ministres étaient réunis, afin de prendre les mesures nécessaires en pareille circonstance.
Cette semaine à faire à Saint-Cloud me parut fort déplaisante, d'autant plus qu'elle se passa en grandes réceptions et à écouter les discours des chefs de la magistrature, de l'administration et de l'armée; le Roi y répondait avec une grande facilité d'élocution, mais toutes les fois que le nom ou la pensée de son frère se retrouvait dans ses discours, ses larmes coulaient en abondance; je le voyais de trop près pour m' abuser à cet égard, et quoique au fond il fût bien aise de régner, il n'en est pas moins vrai qu'il pleurait de bonne foi la mort de Louis XVIIL
Le séjour de Saint-Cloud était donc cruellement triste, et pour en augmenter encore le désagrément, il survint dans la température un froid très vif qui nous gelait dans nos chambres sans feu. Je courais tout le château pour trouver une cheminée
OU un poêle allumés, mais sans succès, car il est d'étiquette dans le palais du Roi de ne faire de feu qu'au !•' novembre; je crois même qu'il n'y avait pas un morceau de bois dans les bûcbers du cbâteau. Qu'un particulier en ftt venir du dehors pour son usage, c'aurait été une incongruité dont personne n'eût osé se rendre coupable; il fallut donc soufQer dans ses doigts pendant les six jours de service que j'eus à y faire.
Quelque temps après, le Roi fit son entrée dans Paris, qu'il traversa à cheval, malgré une pluie battante qui ne nous quitta pas depuis la porte Maillot, où, comme officier général de service dans la garde royale, j'avais été attendre Sa Majesté avec toutes les autres personnes que leur position appelait à composer son cortège, jusqu'à Notre-Dame, où nous arrivâmes tous bien trempés, et le Roi tout autant que nous; mais il fut néanmoins très satisfait de sa journée, car le peuple de Paris, qui ne l'avait pas encore salué depuis son avènement au trône, et qui était charmé de voir un Roi parcourant à cheval les rues et les boulevards, spectacle dont ce peuple badaud était privé depuis Napoléon, l'accueillit avec des acclamations de joie qui tenaient du délire, et je ne me rappelais pas en avoir jamais entendu de pareilles. Je cheminais dans le cortège à côté du comte Alexis de Noailles, aide de camp du Roi; il ne cessait de s'extasier sur la chaleur de cet accueil, et comme il s'étonnait que je ne répondisse rien à toutes ses phrases sur cet article, je Qnis par lui dire que je trouvais le feu trop vif pour durer longtemps, et il avoua qu'en France les esprits étaient si légers et si changeants, qu'il y avait bien à craindre que mes appréhensions ne fussent bientôt justifiées; c'est ce qui ne manqua pas d'arriver.
Je fus dans la même année nommé par le ministre de la guerre membre d'une commission chargée d'examiner le mousqueton du nouveau modèle (1816) donné depuis peu de temps à la cavalerie et, vu les inconvénients qu'on y avait reconnus, s'il ne serait pas préférable de revenir au mousqueton d'ancien modèle (1786), ainsi que quelques inspecteurs généraux de cavalerie l'avaient proposé; nous écrivîmes et nous parlâmes beaucoup et longtemps sur cette question, car