‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 187 sur 218 · ENTRÉE DE CHARLES X A PARIS · texte numérisé non relu

ENTRÉE DE CHARLES X A PARIS

les membres de la commission étaient fort divisés d'opinion, mais enfin le ministère de la guerre, qui désirait conserver le nouveau modèle, et j'étais tout à fait de son avis, sachant que la majorité de la commission paraissait se prononcer en faveur de l'ancien, écrivit à chacun de nous une belle lettre pour nous remercier des lumières et du zèle que nous avions apportés dans la discussion de cette affaire et nous prévenir que, se trouvant suffisamment éclairé par nos sages avis pour prendre le parti le plus avantageux dans l'intérêt du service, la commission, à compter de cet instant, devait se regarder comme dissoute, ce qui fit grand plaisir à tous.

Vers la fin de cette année, je perdis mon frère, le baron de Saint-Chamans, ex-préfet de Toulouse; il mourut des suites d'une chute qu'il avait faite en 1822, en courant la poste dans sa voiture pour les affaires de conscription de son département. Depuis cet accident, sa santé s'était détraquée de jour en jour, et quand nous eûmes le malheur de le perdre, il était retiré depuis un an dans une maison de santé. C'était un très bon administrateur, rempli de moyens, et il aurait parcouru une brillante carrière sans le funeste événement qui le conduisit au tombeau à l'âge de quarante-cinq ans.

Le lieutenant général vicomte Digeon revint d'Espagne dans les premiers jours de cette année, Tarmée d'occupation étant rentrée en France : je lui remis donc le commandement de sa division, et je me trouvai fort aise de jouir de quelque liberté et surtout de pouvoir me livrer à l'exercice de la chasse qui, pour moi, était à cette époque une véritable passion; j'avais conservé, de mes quatre ans de garnison à Melun, beaucoup de bonnes connaissances dans les environs de cette ville, et je pouvais, de château en château, passer tout l'hiver en parties de chasse dans des parcs très giboyeux; je me hâtai donc de reprendre ce plaisir, dont mon commandement par intérim m'avait forcé de me sevrer pendant longtemps.

Le sacre du Roi, pour lequel on faisait d'immenses préparatifs à Reims, fut fixé au mois de mai, époque à laquelle commençait mon bimestre de service de gentilhomme de la chambre; il paraissait même décidé que cette cérémonie aurait lieu du i S au 20 mai, et c'était précisément le moment de ma semaine de service, ce qui était agréable et avantageux, car tout le service du Roi au moment du sacre recevait de la munificence de Sa Majesté un très beau costume et quelques médailles d'or qui devenaient une gratification agréable; d'un autre côté, le ministre de la guerre avait ordonné qu'un escadron de chaque régiment de cavalerie de la garde commandé par le colonel et muni de l'étendard du régiment se rendrait au camp formé à Reims pour cette solennité. Dans chacune des deux divisions de cavalerie, le

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