‹ Mémoires du général Cte de Saint-Chamans, ancien aide de camp du Maréchal Soult, 1802-1832Chapitre 188 sur 218 · SACRE DE CHARLES X · texte numérisé non relu

SACRE DE CHARLES X

plus ancien maréchal de camp prenait le commandement de ces escadrons réunis, ce qui me revenait de droit pour la cavalerie légère; ainsi donc je devais figurer au sacre en remplissant de doubles fonctions, comme o£Bcier de la maison du Roi, et comme général dans la cavalerie de la garde, mais quand tout était convenu et préparé pour le 20 mai (le tailleur de la cour avait même déjà fait le costume à taille), un retard dans les préparatifs à terminer à Reims fit remettre la solennité au 29, et alors j'y assistai seulement comme gentilhomme de bimestre, et non plus comme gentilhomme de semaine, ce qui était une grande différence pour moi, et un peu aussi pour mon remplaçant dans le service de semaine, car il fallut lui passer mon costume, et comme il était beaucoup plus grand que moi, l'habit qui m'avait été destiné n'était plus pour lui qu'une jaquette dans laquelle il avait tout à fait la tournure d'un pet-en-l'air.

Mais par compensation, mes fonctions d'officier général dans la garde se trouvèrent plus étendues qu'elles ne devaient l'être, car le lieutenant général Bordesoulle, qui à la grande revue des troupes devait commander tous les escadrons de cavalerie des deux divisions réunis à Reims, ayant fait, coup sur coup, trois chutes de cheval, dans la dernière desquelles il fallit être broyé sous la roue d'une pièce de canon, il trouva qu'il en avait assez fait comme cela pour témoigner de sa bonne volonté et de son dévouement, et au lieu de venir à la grande revue, il se mit au lit pour faire panser ses contusions. J'étais le plus ancien général de cavalerie de la garde présent à Reims; je fus donc chargé, en cette qualité, d'en commander et d'en faire défiler tous les escadrons réunis, le jour de la revue devant le Roi.

C'était au reste le temps des chutes, et nous aurions pu avoir des iqquiétudes beaucoup plus sérieuses que celles que nous occasionnèrent les culbutes du général comte Bordesoulle, car une batterie d'artillerie ayant été établie sur la route, avant d'arriver à Reims pour saluer le Roi par des salves au moment de son passage, le bruit du canon surprit et effraya les chevaux de la voiture où se trouvaient Sa Majesté et M. le

Dauphin, et même ceux de la voiture de suite occupée par le comte de Cossé, premier maître d'hôtel du Roi, et le duc de Damas-Crux (i), premier menin de M. le Dauphin; ces deux attelages s'emportèrent sans que ni postillons ni cochers pussent les retenir, et le Roi et son fils se trouvèrent pendant quelques instants véritablement en grand danger; mais enfin on parvint à se rendre mattre de ces chevaux, et l'attelage de la voiture du Roi en fut quitte pour quelques harnais brisés. La voiture de suite ne fut pas aussi bien traitée ; la cheville ouvrière ayant sauté, l'avant-train partit tout seul avec les huit chevaux, et cette grosse berline continuant à rouler sur ses roues de derrière, alla verser lourdement dans un champ qui bordait la route et se trouvait beaucoup plus bas que la chaussée ; le vieux duc de Damas en eut une tape à l'œil qui dut nuire beaucoup à l'agrément de sa figure pendant les cérémonies du sacre; quant à M. de Cossé, qui était ordinairement jaune citron, il en resta vert pistache pendant tout le séjour à Reims et devint noir d'ébène pour son retour à Paris, où il reprit enfin sa couleur ordinaire, qui, au fait, fut reconnue, après cette épreuve des trois nuances, être celle qui convenait le mieux à sa figure*

La revue qui eut lieu devant le Roi, les princes et une foule de notabilités françaises et étrangères, fut très belle; le temps nous servit à souhait, et les troupes étaient dans la tenue la plus militaire et la plus soignée qu'on eût vue en France depuis longtemps.

La cour retourna à Paris aussitôt après les cérémonies terminées, et il y eut à cette occasion des fêtes superbes données par le Roi, la ville et les ministres; celle du ministre de la guerre, le marquis deClermont-Tonnerre(2), fut remarquablement belle et bien ordonnée.

(1) Dtu de Damoi'Crux (Étienne-Gharles), né à Grux-le-Chàtel le iO février 1754, 80U8-lieuteiiant dans Limousin-infanterie le 22 février 1770. colonel en second du régiment d'Aquitaine le 3 octobre 1779, mestre de camp le 13 avril 1780, démissionnaire le 21 octobre 1781, JL l'armée des princes; lieutenant général le 25 mars 1814 ; retraité le 20 août 1830.

(2) Clermont^ Tonnerre (Aimé-Marie-Gaspard, duc de), né à Paris le 27 novembre 1779, f le 8 janvier 1865, élève de l'École polytechnique en 1799, aide de camp du roi de Naples de 1808 jusqu'à la cliute de l'Empire,

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